Le Crédit Rural de Guinée (CRG) a gagné le Prix Européen de la Microfinance, qui cette année récompensera une IMF œuvrant en contexte post-catastrophe et/ou post-conflit. Ce prix salue le remarquable travail accompli par le CRG durant la crise Ebola en Guinée. Retour sur ce défi relevé par le CRG.

Créé à la fin des années 80, pour répondre aux besoins de financement des agriculteurs guinéens, le CRG a su développer un réseau de 120 caisses sur l’ensemble du territoire guinéen, permettant de desservir non moins de 250 000 membres et leurs familles. Le CRG offre à ces populations des services de crédit et d’épargne, mais aussi des programmes d’éducation financière qui apprennent aux communautés à optimiser la gestion de leurs ressources. Cherchant à diffuser une culture du crédit, le CRG a développé une offre de crédits reposant principalement sur des garanties solidaires, qui permettent à un groupe ou même à un village de contracter un emprunt de façon collective, dont la durée est adaptée aux besoins de la communauté. C’est d’ailleurs grâce à une gestion conjointe des caisses locales par les salariés et des membres élus que le CRG a toujours su répondre aux besoins réels de ses membres..

Depuis les attaques de rebelles aux frontières avec le Libéria et la Sierra Leone en 2000, la Guinée connu de nombreux troubles sociopolitiques qui ont profondément perturbé le fonctionnement du CRG et mettent chroniquement en péril les activités de ses membres. Avec l’apparition des premiers cas d’Ebola fin 2013, l’institution s’apprête à vivre un nouvel épisode difficile. L’épidémie qui s’est progressivement étendue à l’ensemble du pays, au Sierra Leone et au Liberia, a eu un impact dramatique pour le CRG qui a dû faire face aux conséquences tant directes qu’indirectes de cette crise. Plusieurs de ses collaborateurs et de ses membres ont notamment succombé au virus. L’institution a de plus dû faire face à la baisse des demandes de crédits, conséquence du ralentissement des activités habituellement financées (fermeture des marchés dans les zones contaminées et des frontières du pays), au recul des remboursements de nombreux crédits ainsi qu’à la chute des dépôts liés aux difficultés croissantes rencontrées par ses membres (ralentissement de la production, baisse des ventes…).

Partenaire depuis 2002 du CRG, la SIDI en est devenue actionnaire à près de 20%  et participe activement à sa gouvernance ainsi qu’aux travaux de réflexion sur son organisation à l’occasion de fréquentes missions de terrain.  Durant la crise Ebola, la SIDI a subventionné l’achat de 180 thermomètres frontaux sans contact afin d’équiper chacune des caisses et permettre le dépistage des personnes atteintes par le virus, ainsi qu’une tournée de sensibilisation.  

Alors que le virus Ebola se propageait à l’ensemble du pays, le CRG a continué d’opérer et a mis en place une série de mesures destinées à endiguer la propagation du virus et à protéger ses clients et son personnel. Le CRG a pour cela équipé l’ensemble de ses caisses de kits sanitaires (savon, chlore et thermomètres sans contact) et formé son personnel aux gestes permettant de limiter la contamination. Surtout le CRG a lancé une campagne de prévention nationale qui a permis de former plus de 4000 personnes capables de relayer ces mesures de prévention dans leurs villages. L’activité de crédit et d’épargne du CRG a dû elle aussi s’adapter afin de permettre : le rééchelonnement des prêts (voire l’annulation de la dette), le maintien de points de retraits pour les épargnants, ou encore la réalisation de certaines transactions par téléphonie mobile. Enfin, afin de soutenir les victimes d’Ebola et leurs familles, le CRG a mis en place et assuré le paiement d’indemnités à plus de 6000 personnes grâce au soutien du Programme Alimentaire Mondial (PAM).

Durement touché par la crise Ebola, qui perdure encore dans certaines zones, le CRG s’est donc efforcé à poursuivre sa mission en s’adaptant aux difficultés rencontrées par ses membres et en les accompagnant pendant, et après, la crise. Ce faisant il aura notamment perdu entre 2014 et 2015, la quasi totalité de ses fonds propres. Il faut aujourd’hui donner au CRG les moyens de contribuer à la reconstruction d’une économie guinéenne profondément affecté par la crise Ebola, notamment par le biais du soutien indispensable qu’il fournit aux petits entrepreneurs et producteurs ruraux guinéens.

 

En savoir plus sur la cérémonie du Prix Européen de la Microfinance

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13 novembre 2015