Il est 16h à Paris,10h à Quito, moi je suis entre les deux. Dans l’avion, de retour de 10 jours bien remplis en Equateur, je me remémore les temps forts de cette mission.

Tout a commencé et fini à Quito, la capitale équatorienne située à plus de 2800m d’altitude. C’est déjà ma 4e mission sur place, mais pourtant à chaque atterrissage sur place, je ressens toujours une sorte de vertige : que vais-je faire, perdue sur cet autre continent, où tout est si différent ? Cela dure quelques instants, et bien vite ma raison reprend le dessus : je représente la SIDI, et je viens visiter nos partenaires et potentiels futurs partenaires. En l’occurrence, je commence cette fois par une semaine à Quito où je vais visiter une institution partenaire ainsi que deux prospects. L’agenda est bien rempli, mais j’ai la chance de loger non loin du siège de toutes ces institutions, dans le quartier de La Floresta, ce qui a le mérite de m’épargner les interminables embouteillages où s’entassent voitures et transports en commun bondés le long des grands boulevards. Des mesures ont pourtant été prises pour tenter de répondre à ce problème chronique : le programme municipal « pico y placa » empêche ainsi les véhicules de circuler en ville un jour par semaine selon le dernier chiffre de leur plaque d’immatriculation. Cette initiative est cependant encore trop timide au regard des chantiers à implémenter pour laisser plus de place aux transports en commun et vélos.

Dès les premières heures de mon arrivée, mon cerveau se met à fonctionner en espagnol, et c’est avec plaisir que je me replonge dans la langue de Cervantès, qui me réserve chaque fois des quiproquos plus ou moins cocasses !

Je passe les premiers jours plongée dans le monde de la « Economia Popular y Solidaria », équivalent équatorien de notre Economie Sociale et Solidaire (ESS). Je rends d’abord visite à notre partenaire la CAAP (Centre Andin d’Action Populaire, une coopérative de coopératives d’épargne-crédit) qui souhaite renouveler son prêt, puis à  l’IMF  Banco Desarrollo qui souhaite que nous devenions actionnaires, et à UVECOOP, une coopérative d’épargne-crédit issue d’une ONG. Pas de « terrain »  mais le nez plongé dans les chiffres et les rapports : je suis contente le week-end venu de m’embarquer en « taxi partagé » (un moyen de transport à mi-chemin entre le covoiturage et le taxi) pour Riobamba, la capitale du Chimborazo.

Là-bas je dois retrouver deux coopératives agricoles partenaires. Avant d’aller les voir, j’en profite pour gravir (jusqu’à 4700m seulement !) le symbole de la région : le Chimborazo, un volcan éteint recouvert d’un glacier culminant à plus de 6200 m d’altitude et « toit de l’Equateur ». C’est dans cet environnement andin que pousse le quinoa, une pseudo-céréale cultivée par notre partenaire la Coprobich. Leur grande usine se trouve hors de la ville, ce qui me laisse le loisir d’admirer les micro-parcelles et zones de pâtures qui constituent l’essentiel de leur environnement. Nous sommes dans la zone la plus « indigène » d’Equateur, et les salariés et administrateurs de Coprobich qui m’accueillent ne dérogent pas à la règle : jupe plissée en laine, tissu coloré sur les épaules et chapeau de feutre pour les femmes, tandis que certains hommes arborent plus sobrement poncho et chapeau. Nous passons la journée à faire le point sur leur situation, leurs besoins et leur stratégie assis face à leurs stocks de quinoa ou autour d’un repas préparé dans la cuisine de l’usine pour tout le personnel. Ils échangent  entre eux en langue quechua, ce qui n’aide pas à ma compréhension de leur fonctionnement ! Pendant que je leur fait signer les originaux  des contrats, ils me parlent de leurs difficultés à vendre leur quinoa biologique sur le marché local à un prix juste, mais aussi de la nécessité de diversifier leur production.

 

 

Le lendemain, je vais visiter notre 2ème partenaire de la région, Jambi Kiwa, une coopérative de « microproducteurs » (ils disposent en général de moins de 2 ha/famille) cultivant et transformant en tisanes des herbes de la pharmacopée traditionnelle. Je m’y rends avec le représentant local d’Ethiquable,  la coopérative française de commerce équitable impliquée en tant qu’acheteur auprès de ces deux organisations de producteurs. Au milieu d’odeurs de menthe, citronnelle et autres herbes andines, nous faisons le point sur la situation de Jambi Kiwa, qui connaît actuellement quelques difficultés.

La gérante, Rosa Guáman, est une femme très occupée : elle préside également le Comité Equatorien pour le Commerce Equitable, ainsi que le Conseil d’Administration du Symbole Producteurs Paysans (un nouveau label équitable créé par et pour les petits producteurs).  Entre deux coups de téléphone, elle nous raconte par exemple les problèmes de fidélisation des membres de sa coopérative et la difficulté à trouver des clients à l’export, avant que l’on ne finisse notre entretien sur l’élaboration commune d’un nouveau calendrier de paiement en raison des retards de livraisons.

Et voilà, c’est déjà le moment de regagner Quito où quelques rendez-vous m’attendent encore, mais surtout un important travail de rédaction, synthèse, traduction, analyse et communication sur tout ce que j’ai eu la chance de voir ici. La visite aux petits producteurs en particulier reste chaque fois dans ma mémoire comme le point le plus saillant de ma mission. Les conditions rudes dans lesquelles ils travaillent comme la qualité de leurs produits me rappellent que c’est à mon tour de travailler dur pour qu’ils accèdent aux services financiers qu’ils méritent. Voilà, j’atterris, adios Ecuador y hasta pronto !

Jeanne METAYER,
Chargée de Partenariats SIDI
P1020146Jeanne avec un groupe de producteurs membres de Coprobich

 

 

 

29 janvier 2016