Le métier d’investisseur solidaire consiste en particulier à s’adapter aux contextes d’intervention. Face au séisme dévastateur dont l’Equateur a été victime, la SIDI a voulu trouver, rapidement, une réponse adaptée aux besoins urgents de l’Organisation de cacaoculteurs FONMSOEAM.

Samedi 16 avril au soir, l’Equateur a été touché par un séisme, le plus puissant depuis 40 ans, qui a entrainé la désolation, avec plus de 600 morts et des dizaines de milliers de familles désormais sans-abri dans tout le quart nord-ouest du pays.

La zone la plus touchée, autour de l’épicentre, est la région côtière du nord-ouest, et notamment les villes, dont les équipements publics, maisons et petits immeubles ont été détruits par milliers ; mais le séisme a aussi des conséquences graves en milieu rural, avec des maisons tout ou partie détruites, et surtout une désorganisation profonde des canaux de circulation et de commercialisation, empêchant ainsi à nombre de paysans de vendre leur production, ce qui leur aurait permis de mieux faire face à l’urgence.

caisses de fermentation FONMSOEAM détruites par le séisme Crédits: AVSF

Partenaire depuis 2013 de la SIDI, l’union de coopératives FONMSOEAM produit, transforme et commercialise une variété locale de cacao à faible rendement mais très recherché sur les marchés internationaux, le Nacional. La production de haute qualité des coopératives, labellisées bio et équitable, assure des revenus viables aux producteurs et leur permet de maintenir durablement leur écosystème.

L’appui financier de la SIDI, sous forme de crédits de campagne, permet à l’organisation de préfinancer la vente de son cacao auprès de l’importateur français du commerce équitable, Ethiquable, et donc de payer les paysans dès la récolte.  

En particulier, l’organisation de cacaoculteurs FONMSOEAM, située tout près de l’épicentre, déplore elle aussi des dégâts importants, outre la dégradation de ses infrastructures propres, chez les producteurs membres. 40 familles ont ainsi totalement perdu leur maison et leurs biens, et 156 autres ont des maisons désormais inhabitables. Dans les deux cas les gens campent à côté de leur maison (pour éviter les vols de ce qu’il resterait d’intact), ou encore dans des refuges communautaires, où la promiscuité fait craindre aux autorités des catastrophes sanitaires (zika, dengue, chikungunya et paludisme déjà sur place..).

Plus d’un mois plus tard, dans cette région assez enclavée, l’aide d’urgence est arrivée au compte-gouttes, et beaucoup des producteurs touchés n’ont reçu d’aide que de FONMSOEAM, la solidarité communautaire palliant les manquements de l’administration : c’est ainsi que l’organisation a décidé de fournir à chaque membre sans abri de quoi rebâtir sa maison. Dans ce contexte, l’organisation s’est tournée vers la SIDI, qui lui octroie des crédits de campagne depuis 2013, afin qu’elle puisse cette année encore préfinancer la production du cacao, et donc payer les producteurs dès la récolte, une année où ils ont un besoin pressant de trésorerie.

Le comité de gérance de la SIDI, considérant l’urgence et la légitimité de la demande, portée par la chargée de mission, a accepté de valider un prêt de 100 000 $, pour la campagne de juin à décembre, et octroyé selon des critères assouplis pour l’occasion. Surtout, reconnaissant le travail mené par l’organisation pour accompagner ses membres en difficulté, la SIDI a accepté, de manière tout à fait exceptionnelle, d’octroyer ce prêt à 0%.

Avec le prêt de la SIDI, avec également l’appui coordonné de ses autres partenaires (Ethiquable, AVSF, Fondation Rabobank, Oikocredit), avec surtout son équipe, FONMSOEAM va relever le défi de maintenir une production de cacao Nacional de haute qualité, certifiée bio et équitable, afin de permettre aux quelque 700 producteurs membres ou simples fournisseurs de relever la tête.

7 junio 2016