L’augmentation de la consommation locale[1], la volonté de passer aux énergies renouvelables[2], l’utilisation croissante du vélo en ville[3]… sont  autant de signes d’une prise de conscience de la nécessité de modifier nos modes de production et de consommation. Cet éveil fait suite à notre enfoncement dans une crise socio-écologique dont il s’agit de sortir la planète, et nous par la même occasion. Dans ce contexte, la transition écologique et sociale (TES) vise à « répondre au changement écologique par le progrès social »[4]. Même si l’aboutissement de cette transition reste encore incertain, elle n’en reste pas moins nécessaire car notre modèle est absolument dévastateur, tant socialement qu’écologiquement.

L’agriculture, priorité pour une transition écologique et sociale

Dans cette situation de crise couplée d’une forte croissance démographique, le défi de l’alimentation est majeur, notamment car nos systèmes de production alimentaire intensifs montrent leurs limites. Dans une perspective TES, l’agriculture prend alors une importance singulière, celle-ci devant être capable de répondre à l’un de nos besoins les plus fondamentaux : se nourrir. L’agriculture doit alors être envisagée de façon intégrée, à la fois comme source de développement économique et comme vecteur d’inclusion sociale. L’impact d’une agriculture durable est total : créations d’emplois, garantie d’une souveraineté alimentaire, partage de compétences intergénérationnelles… Par ailleurs, puisqu’elle est aussi fondamentale, elle constitue réellement un levier de changement, d’où sa capacité à « enclencher des processus de transformation sociale »[5]. De nombreuses organisations sont ainsi impliquées dans le renforcement des capacités des agriculteurs dans le monde mais aussi dans des actions de plaidoyer pour une production agricole durable et saine. C’est le cas par exemple du  CCFD – Terre Solidaire, qui a fait du droit à l’alimentation et à la sécurité alimentaire l’une de ses priorités.

 

Un décalage marqué entre pays développés et en développement

Le concept de transition induit une progression différente par acteur. A l’intérieur d’un pays on peut ainsi trouver des organisations plus ou moins engagées dans cette transition. Par ailleurs il existe aussi des différences entre pays, avec notamment un décalage entre pays riches et pays plus pauvres. En termes d’assainissement de l’eau, 90% de la population dans les pays développés disposent d’installations sanitaires avancées permettant le traitement des eaux usées. Ce traitement apporte une large palette d’avantages en termes de santé et d’environnement, or seulement 30% de la population des pays en développement disposent de telles installations[6]. Ce n’est qu’un exemple car ce décalage se retrouve à de nombreux niveaux, y compris donc dans la production alimentaire.  Il est ainsi visible dans les processus de certification pour les agricultures biologiques et équitables, dont les coûts et le cahier des charges y afférents sont importants et pas toujours adaptés au niveau de revenu moyen des plus petits producteurs des pays en développement car établis par les pays développés. Certains pays riches s’engagent cependant dans l’accompagnement et le soutien d’initiatives TES dans les pays moins riches.

 

Le soutien de chaînes de production engagées dans une perspective de transition écologique et sociale

Pour la SIDI, il est nécessaire de s’orienter vers des modèles alimentaires qui répondent aux besoins de l’Humanité, réduisent leur empreinte carbone, s’adaptent aux changements climatiques et vers des consommations énergétiques durables impliquant de mettre en œuvre des actions concrètes et coordonnées. Il s’agit d’accompagner les circuits alimentaires locaux, ou qui réussissent tout du moins à générer une forte valeur ajoutée locale. La notion de territoire est cruciale dans la TES, qui cherche à valoriser les ressources d’un espace, sans que celui-ci soit considéré simplement comme un « réservoir de ressources ».[7] Il faut regarder cette mise en valeur comme une construction collective participant au développement local du territoire. D’une façon plus concrète : l’utilisation des ressources naturelles du territoire doit être durable et collective, dans un souci de participation de la communauté locale visant à promouvoir le développement du territoire. C’est le cas des organisations de producteurs regroupées sous le label Symbole des Petits Producteurs (SPP) : selon des pratiques respectueuses de l’environnement, ces organisations veillent à la valorisation de ressources locales, dans une démarche équitable, permettant un vrai développement local inclusif[8]. A cette valeur ajoutée locale doit également correspondre une valeur ajoutée sociale, comme par exemple la réponse à une forte demande, l’inclusion d’acteurs marginalisés, ou l’inclusion des femmes. En revanche il n’est pas toujours aisé pour les pays en développement d’accorder temps et argent aux initiatives de TES étant donné que c’est un processus de long terme et que les gouvernements de ces pays ont souvent besoin de résoudre des problèmes de façon plus urgente. Il faut alors mobiliser d’autres ressources financières afin d’accompagner cette transition. Pour le co-directeur de l’Institut Veblen, Wojtek Kalinowski « ce n’est pas l’épargne mondiale qui manque. Le problème se situe plutôt dans le système financier actuel : la transition écologique n’est pas jugée assez ‘rentable’ par les fonds de placement et les investisseurs institutionnels. L’horizon de ces derniers dépasse rarement 10 ans, alors que les amortissements des sommes investies dans la transition doivent s’étaler sur des périodes nettement plus longues »[9]. Le rôle de la SIDI prend tout son sens face à cette situation, par son caractère d’investisseur patient spécialisé dans l’appui au monde rural.

 

L’accompagnement de la TES : quelques exemples

La SIDI soutient 14 partenaires menant des actions socio-écologiques participant à la TES. Ceux-ci sont très divers, à la fois par leur mode opératoire et leurs objectifs. La SIDI souhaite valoriser non seulement les structures qui participent activement à la transition écologique et sociale ; mais aussi les structures qui commencent à s’engager dans cette voie. Ainsi, les partenaires du Portefeuille TES de la SIDI ne sont pas au même niveau quant au degré de satisfaction aux critères constitutifs de la transition[10]. Depuis janvier 2013 le CCFD-Terre Solidaire accorde à la SIDI une ligne de crédit s’élevant à un million d’euro qui a lui a permis de renforcer son soutien aux partenaires qui se trouvent dans cette démarche.

Par ailleurs, la SIDI s’est engagée, aux côtés du CCFD et de l’AFD dans le Programme d’Appui aux Initiatives Economiques contribuant à une Transition Ecologique et Sociale des territoires ruraux (PAIES). Ce programme concerne exclusivement l’Afrique. L’objectif du programme est de  promouvoir un processus de transformation sociale et écologique des territoires ruraux de la région du Sahel et de la région des Grands Lacs, permettant aux populations de ces zones rurales de vivre bien, durablement, tout en étant solidaires d’autres territoires.  Plus concrètement, il s’agit de soutenir les expérimentations locales et les démarches méthodologiques innovantes contribuant à une transformation écologique et sociale des territoires ruraux. Actuellement, 12 partenaires (CCFD et SIDI)  sont impliqués dans ce programme qui vise à améliorer leurs connaissances en agroécologie, mais aussi leurs compétences de gestion administrative et financière ainsi que leurs capacités de suivi.

 

Dans le cadre du PAIES, la SIDI soutient la FCMN Niya, une fédération de coopératives maraîchères nigériennes. Actuellement celle-ci rassemble plus de 26 000 producteurs regroupés en 143 coopératives. Les produits de la fédération s’écoulent sur un marché local, qui tend à se régionaliser, répondant à une vraie demande. C’est un acteur engagé, souhaitant développer ses activités en faveur de la protection de l’environnement, comme la production de compost afin de remplacer les engrais chimiques. La SIDI a ici souhaité accompagner une démarche de progrès, présentant un véritable potentiel de changement écologique et social.

La FCMN-Niya : une fédération nigérienne porteuse de changement

Dans le cadre du PAIES, la SIDI soutient la FCMN Niya, une fédération de coopératives maraîchères nigériennes. Actuellement celle-ci rassemble plus de 26 000 producteurs regroupés en 143 coopératives. Les produits de la fédération s’écoulent sur un marché local, qui tend à se régionaliser, répondant à une vraie demande. C’est un acteur engagé, souhaitant développer ses activités en faveur de la protection de l’environnement, comme la production de compost afin de remplacer les engrais chimiques de synthèse. La SIDI a ici souhaité accompagner une démarche de progrès, présentant un véritable potentiel de changement écologique et social.

CENCOIC : un acteur local très engagé

CENCOIC est une organisation de producteurs colombienne, active dans une région de conflit. L’organisation cherche à sauvegarder la culture et les pratiques indigènes, promouvoir la récupération des semences natives et améliorer les revenus de ses membres en renforçant la production et la commercialisation de café, selon des pratiques équitables et dans un souci de préservation de l’environnement. L’ancrage local très important de la structure, ses principes d’agroécologie et bien entendu sa volonté de promotion de son patrimoine agricole en fait une organisation impliquée dans la TES qu’il est important d’accompagner dans son développement.

CENCOIC est une organisation de producteurs colombienne, active dans une région de conflit. L’organisation cherche à sauvegarder la culture et les pratiques indigènes, promouvoir la récupération des semences natives et améliorer les revenus de ses membres en renforçant la production et la commercialisation de café, selon des pratiques équitables et dans un souci de préservation de l’environnement. L’ancrage local très important de la structure, ses principes d’agroécologie et bien entendu sa volonté de promotion de son patrimoine agricole en fait une organisation impliquée dans la TES qu’il est important d’accompagner dans son développement.

Jambi Kiwa est une coopérative équatorienne de la province du Chimborazo, dont 80% des habitants sont des indiens Puruhaes. Ses activités sont l’achat, la transformation et la commercialisation de plantes médicinales, travaillées selon un savoir-faire ancestral local. Elle est composée de 400 associés, dont la majorité sont des femmes pauvres touchées par la discrimination. C’est par ailleurs une organisation qui a lancé ses activités dans un contexte d’exode rural, afin de permettre aux jeunes qui quittaient le Chimborazo de générer un revenu supplémentaire, pour les encourager à rester sur place. Le but étant de favoriser le dynamisme économique local. Enfin, l’OP mène des actions de reforestation veillant à la protection de l’environnement.

Jambi Kiwa : une coopérative génératrice de bien être-social

Jambi Kiwa est une coopérative équatorienne de la province du Chimborazo, dont 80% des habitants sont des indiens Puruhaes. Ses activités sont l’achat, la transformation et la commercialisation de plantes médicinales, travaillées selon un savoir-faire ancestral local. Elle est composée de 400 associés, dont la majorité sont des femmes pauvres touchées par la discrimination. C’est par ailleurs une organisation qui a lancé ses activités dans un contexte d’exode rural, afin de permettre aux jeunes qui quittaient le Chimborazo de générer un revenu supplémentaire, pour les encourager à rester sur place. Le but étant de favoriser le dynamisme économique local. Enfin, l’OP mène des actions de reforestation veillant à la protection de l’environnement.

Ecolink : le ‘social business’ au service de la transition écologique et sociale

L’organisation d’Ecolink au Vietnam est fondamentalement différente car il s’agit d’une entreprise, et non d’une organisation de producteurs. C’est un ‘social-business’[11] spécialisé dans la production et l’export de thé bio de montagne, au Nord du Vietnam. Le but de l’entreprise est de créer des filières durables et viables, dont tout le monde ressort gagnant – du producteur au consommateur. Ecolink souhaite réellement développer une marque locale de qualité. Ainsi, ce qui peut à première vue sembler être un modèle axé sur la rentabilité financière est bien en fait un modèle axé sur la rentabilité sociale et l’impact environnemental.

Enfin, on peut citer un dernier partenaire TES : Ecolink, au Vietnam. Son organisation est fondamentalement différente car il s’agit d’une entreprise, et non d’une organisation de producteurs. C’est un ‘social-business’[11] spécialisé dans la production et l’export de thé bio de montagne, au Nord du Vietnam. Le but de l’entreprise est de créer des filières durables et viables, dont tout le monde ressort gagnant – du producteur au consommateur. Ecolink souhaite réellement développer une marque locale de qualité. Ainsi, ce qui peut à première vue sembler être un modèle axé sur la rentabilité financière est bien en fait un modèle axé sur la rentabilité sociale et l’impact environnemental.

 

La transition écologique et sociale n’est pas un processus facile à appréhender ni à accompagner. Comme toute phase de changement c’est une dynamique constante dont les indicateurs d’évaluation sont encore à construire. Par sa flexibilité technique, elle reste néanmoins un champ d’innovation crucial, qui peut permettre à l’Humanité de changer de cap. Pour faire de cet objectif une réalité, il faudra impérativement mettre en adéquation  moyens financiers et actions de terrain, notamment dans les pays du Sud.

    Gabrielle Orliange       [1] Selon un sondage IPSOS mené en 2014, 41% des français achètent souvent voire très souvent des produits alimentaires locaux. C’est une tendance à la hausse puisque ce même sondage affirme que plus d’un consommateur de produits locaux sur deux prévoient de consommer davantage de produits locaux dans les six prochains mois : http://www.ipsos.fr/sites/default/files/attachments/les_francais_et_le_consommer_local_12_fevrier_2014.pdf [2] Pour 80% des français, il faut investir dans l’éolien sans attendre que les centrales traditionnelles soient en fin de vie : http://www.csa.eu/multimedia/data/sondages/data2014/opi20140313-les-francais-et-les-energies-renouvelables.pdf [3] Jérémy Courel, spécialiste de la question observe un changement de culture lié à une prise de conscience écologique : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/09/18/les-franciliens-se-deplacent-deux-fois-plus-a-velo-qu-il-y-a-dix-ans_4489935_3244.html [4] Eloi Laurent et Philippe Pouchet, Pour une transition sociale-écologique, quelle solidarité face aux défis environnementaux ?, Les Petits Matins : Paris, 2015 [5] CCFD, Etats des lieux 2015-16 de l’approche agroécologique du CCFD Terre Solidaire en Afrique : pour une Afrique solidaire et fraternelle [6] Intergovernmental panel on climate change : rapport du groupe de travail III – l’atténuation du changement climatique : https://www.ipcc.ch/publications_and_data/ar4/wg3/fr/tssts-10.html [7] IRAM Journée d’Etudes : Développement économique des territoires & développement des filières : comment renouveler les approches et outils d’analyse et intervention au Sud ? : http://www.coordinationsud.org/wp-content/uploads/JE2015-light.pdf [8] http://spp.coop/ [9] Wojtek Kalinowski, « Les instruments économiques de la transition » in Alternatives Economiques, n°61, mars 2013 [10] Ces critères, définis par la SIDI, sont les suivants : 1) Local 2) Viable 3) Durable 4) Modulable et riche en diversité 5) Vision à long terme et réflexion par rapport au territoire 6) Développement de bien être social et ambition de modification de l’environnement sociopolitique au regard du rapport à l’environnement 7) Projet de changement de vision politique en lien avec le territoire. [11] Le but d’un social business est de ne pas accumuler de profit mais de le réinvestir en permanence dans les activités de l’entreprise, pour Yunus, le social business est mu par la cause plutôt que par le profit

14 septiembre 2016