Fondée au lendemain de la guerre civile (1993 -2005), la Confédération des Associations de Producteurs Agricoles pour le Développement (CAPAD) travaille à l’émergence d’une agriculture durable tournée vers des filières porteuses au Burundi. Cherchant à soutenir les petites exploitations familiales, la CAPAD œuvre tant sur le front du partage des techniques et de la mutualisation des outils, que sur celui de l’inclusion financière. Elle s’est ainsi résolument engagée dans la diffusion des Mutuelles de Solidarité (MUSO) avec l’appui de la SIDI. A l’issue de l’assemblée générale de notre association, Annick SEZIBERA, secrétaire exécutive de l’organisation nous a accordé un entretien. Un échange simple et tout à fait cordial.

BURUNDI

Population : 11,5 millions d’hab

Population rurale : 95%

Personne vivant sous le seuil de pauvreté (1,25$/PPA) : 77,7%

Insécurité alimentaire sévère :

IDH : 184ème / 188 pays

(Sources : UNdata, FAOet PNUD)

ESD : Comment avez-vous rencontré la SIDI ?

Annick SEZIBERA : Nous avons rencontré la SIDI en 2007 en la personne du chargé de mission Emmanuel Vuillod. Mais, au préalable, nous étions en lien, depuis 2004,  avec le CCFD Terre Solidaire qui nous a accompagnés durant quelques années.

Nous venions de traverser une période difficile qui nous avait amené à faire face à des pratiques frauduleuses (vols, détournements d’argent…)

La SIDI nous présenté la MUSO qui nous a tout de suite convenu, car elle correspond tout à fait à notre mentalité. Très vite nous avons pu compter sur l’appui d’animateurs bénévoles, issus des villages et des familles concernées, qui ont été formés par CAPAD à cette méthodologie et la diffuse auprès des leurs.

 

ESD : Quel est le « plus » que vous apportent les MUSO ?

AS : Notre contexte politique est difficile. Les familles sont en grande difficulté à cause de l’impunité de certains « chefs » qui n’hésitent pas à organiser des milices. Les tensions ethniques existent depuis plusieurs années.

Les MUSO ont fait disparaître ces problèmes au sein des groupes en recréant du lien entre les gens. Il n’y a pas de différence entre nous, nous pouvons nous parler et nous comprendre. C’est la confiance qui nous rassemble aujourd’hui.

Nous avons cependant opté pour créer des MUSO non mixtes, en particulier un grand nombre de MUSO de femmes, qui peuvent ainsi s’exprimer plus librement et ne pas craindre de voir des hommes s’approprier leurs économies. En particulier dans un contexte où elles n’ont pas droit à l’héritage ! Grâce à la MUSO, elles peuvent gagner en autonomie financière. Elles peuvent également apprendre à lire et à écrire, afin de pouvoir tenir leurs livres de comptes. Leur curiosité et leur désir d’avancer ensemble leur donnent l’énergie nécessaire.

Tout cela est facteur de paix. Tout cela participe du développement global de nos communautés.

ESD : Est-il possible d’avoir quelques exemples ?

AS : Je pense à cette femme qui était complètement démunie et qui, au sein de sa MUSO a pu faire un premier emprunt de l’équivalent de 50 centimes d’euros. Elle a pu acheter un régime de bananes qu’elle a mis en fermentation et dont elle a tiré une bière qu’elle a vendue. Le produit de la vente lui a permis de rembourser son emprunt puis d’acheter un nouveau régime de bananes. Aujourd’hui cette femme transforme elle-même ses bananes grâce à nos unités de transformation et a pu monter un petit commerce de bière. Je vous donne un exemple tout simple, mais ils sont des milliers du même type !

 

ESD : Quelles sont les difficultés à surmonter ? Quels sont les risques auxquels vous êtes confrontés ?

AS : Il n’y a pas de coffre-fort chez nous ! Aussi nous avons le souci de protéger au mieux nos caisses vertes (épargne) et nos caisses rouges (secours), celles qui contiennent les liquidités des « Musonniers » et des « Musonnières ». Il faut les mettre à l’abri des vols, il faut faire preuve d’imagination ! Autre problème récurrent : l’inflation. Celle-ci est permanente, l’instabilité politique en est la première cause, et nous devons sans cesse réajuster nos calculs … L’analphabétisme reste important, particulièrement chez les femmes qui n’ont pas accès à la scolarisation.

 

ESD : Avez-vous un message pour les  actionnaires individuels de la SIDI ?

AS : Oui, je suis tellement heureuse de pouvoir mettre des visages sur ceux qui, chez vous, souhaitent comprendre nos réalités et soutiennent financièrement notre développement.

Nous partageons, vous et nous, les mêmes défis même si nos réalités sont bien différentes. Comme nous, vous savez que le partage est indispensable à notre humanité.

Interview réalisée par Régine Thiriez
16 août 2017