Invitée de l’Assemblée Générale de la SIDI du 23 mai 2017, Annick SEZIBERA, représentante de l’organisation de producteurs burundaise CAPAD a donné une conférence dans laquelle elle a partager son expérience. Ci-après le compte-rendu de cette intervention réalisé par Nicole MACKIEWICZ, administratrice de l’association ESD.

 

Le contexte

Le Burundi est un petit pays très peuplé  situé à coté de la république démocratique du Congo,  au sud du Rwanda. Avec ses 11 millions d’habitants, c’est un pays très dense. La moyenne est de 6,5 enfants par famille. La malnutrition touche 68% des enfants de moins de 5 ans

 Situation politique au Burundi

Depuis 2015, ce pays connaît une situation d’instabilité politique et sociale. La problématique ethnique n’a jamais été  vraiment réglée depuis les massacres de 1972. Le contexte est donc incertain ; les déplacements sont limités ; il n’y a plus d’espaces d ‘expression : des radios sont actuellement fermées.

La situation des petits agriculteurs

Le climat est tropical. Une grande plaine entoure la capital où se pratique la culture du riz  mais cet espace est « mangé »  par l’urbanisation.

56% du PIB est généré par l’agriculture qui occupe la quasi-totalité de la population.  Ce secteur reste cependant marqué par une division traditionnelle du travail femme-homme : aux femmes les cultures vivrières, tandis que les hommes sont employés dans les productions de café et thé. La surface moyenne par famille est de 0, 3 ha alors qu’elle était  auparavant de  0, 5  ha ; si rien n’est fait pour freiner le morcellement des terres, cette surface risque encore de diminuer ! Et les femmes sont «sans terre » car la terre ne se transmet qu’aux hommes.

Par ailleurs on constate une consommation importante de bois ; il y a nécessité de produire du bois de chauffe pour parvenir à nourrir les 8 à 10 bouches de chaque famille.

Le travail se fait à la houe.  Le relief est accidenté ;  la pratique est de faire des cultures associées : on cultive tout ce qu’on peut « mettre ensemble ».

Le cercle vicieux de la pauvreté tient à une faible production, elle-même due à l’absence d’accès aux facteurs de production et  aux prix de vente dérisoires.  La production est essentiellement  familiale  et  les producteurs sont à la merci des usuriers qui achètent les récoltes à vil prix pour remboursement des dettes.

Les coopératives et la CAPAD :

Les producteurs  des campagnes se sont organisés en associations coopératives qui constituent des « campagnes ».  Après la guerre civile à composante ethnique de 1993, les déplacés et les habitants des collines avaient peur les uns des autres  Aujourd’hui des organisations de producteurs existent dans toutes les régions. Qu’est-ce qui s’est passé ?  Un dialogue a eu lieu

La CAPAD existe depuis 2000. A la CAPAD,  dans plus de 70 % des cas,  ce sont des femmes qui représentent les ménages.  48% des  membres  sont analphabètes  dont une majorité de femmes.  Les dirigeants  étaient des hommes  mais une évolution de la mentalité  a permis un changement de statut et l’instauration de la parité au sein de l’organisation.

 Que fait la CAPAD ?

L’intervention des coopératives consiste en un accompagnement des membres  pour l’amélioration de leur production agricole et de leur élevage. La CAPAD touche environ 100 000 personnes.

Depuis 2015,  la CAPAD se consacre moins au  plaidoyer ;  auparavant,  le plaidoyer pour l’agriculture familiale était important  du fait de pressions de l’agrobusiness de la part de la Chine  qui demande qu’on lui cède la plaine pour cultiver du riz ! Mais le plaidoyer continue pour obtenir un financement de l’agriculture familiale et pour la sécurisation foncière (tout Burundais qui a de l’argent  investit dans la terre)

Avec les moyens du bord (compost, biomasse, petit bétail comme le porc…), la CAPAD recherche un modèle agricole adapté, comprenant une sélection positive de semences produites localement.  La diversification des cultures a toujours existé mais la formation à la diversification favorise les meilleures associations ; les cultures fruitières sont encouragées ainsi que plusieurs variétés de bananeraies. Pour lutter contre la malnutrition,  de petits élevages  de chèvres, porcs, poules sont  développés ainsi que des jardins potagers pour les légumes.

La CAPAD accompagne les agriculteurs dans tous les domaines et peu à peu leurs revenus augmentent ; ils restent cependant prisonniers des usuriers  et du marché. La CAPAD a créé des lieux de stockage dans des hangars  pour peser sur les prix mais la majorité de ses membres ne peuvent pas attendre et vendent immédiatement leurs récoltes. La CAPAD a créé aussi  des lieux de transformation pour plusieurs produits, pour vendre par exemple de la farine de maïs, plutôt que du maïs.

Le soutien du CCFD-Terre Solidaire, de la SIDI,
et d’autres  bailleurs …

Le début du  partenariat  avec le CCFD a commencé en 2004 et la mise en relation avec la SIDI  date de 2007 concernant les MUSO. Auparavant, en matière de microcrédits, les paysans avaient connu une période malheureuse de «  bandits » !

Le CCFD et OXFAM ont accompagnée la CAPAD,  l’ont aidé à avoir une bonne gouvernance, à se professionnaliser, à avoir une bonne gestion et de bonnes procédures. Ensuite  elle a obtenu le soutien du PNUD.  Actuellement, les bailleurs apprécient les compétences de gestion de la CAPAD         (coopération belge, FAO, ONG, instituts de recherche…)

CAPAD a eu la chance d’avoir des bailleurs intéressés par la transformation des produits agricoles  et a obtenu des équipements financés par le PNUD : des hangars de stockage et de transformation

Le budget annuel est de la CAPAD de 1, 8 million d’euros

Nos nouveaux défis :

  • Le financement !   Sans  lui, les paysans ne peuvent  acheter ce dont ils ont besoin.  Il existe deux mécanismes :
  • Le microcrédit : les conditions sont souvent difficiles : il est demandé une hypothèque physique, une maison en dur, un titre de propriété. Pour les institutions de microfinance, les montants sollicités  par les producteurs  sont insuffisants et les crédits de campagne proposés ne correspondent pas aux besoins ;  Ou alors les crédits ont débloqués avec retard !

Autre possibilité : les MUSO  (mutuelle de solidarité)  La premirère mission de la SIDI  a été de sensibiliser CAPAD à l’outil MUSO. L’organisation était intéressée mais décidée à avancer prudemment car cela demande de changer de mentalités  (tenir des comptes écrits dans chaque MUSO, outiller la mutuelle ..)  La SIDI a été très patiente ; elle les a accompagné jusqu’à aujourd’hui à son rythme. Les outils de gestion SIDI permettent  aujourd’hui de passer les écritures  et la SIDI a consacré plusieurs années à la formation des animateurs locaux.  La MUSO est un outil d’entraide, de solidarité autour de l’épargne.  La caisse verte sert à financer les projets  qui apporteront une augmentation de la valeur ajoutée et  la caisse rouge sert pour les évènements familiaux (décès, mariages, soins de santé…. Si les hommes cotisent souvent environ 5O centimes par mois, les femmes ont commencé à cotiser à raison de seulement 2 centimes ; aujourd’hui elles sont à 11 centimes en moyenne, bien que frappées par une épidémie de choléra !  La mutuelle est une école pour les adultes et les enfants  Tout se décide en Assemblée générale : les projets, les cotisations,  les capacités à emprunter. C’est donc une activité fédératrice et  formatrice !

L’outil «  mutuelle »  aide aussi  les femmes à être autonomes, à avoir quelque chose qui leur appartienne ; c’est un outil qui responsabilise et qui permet de faire des projets ;  Il permet  par exemple de s’acheter une vache (plus rémunératrice qu’un mouton) ;   cela résout le problème de la sous-alimentation et  produit du compost.

Aujourd’hui 430 mutuelles existent à la CAPAD qui décaissent 100 000 euros par mois .  Elles financent davantage d’activités de type commerce ou élevage que des activités agricoles.

Autre défi  à relever :

25% de la population burundaise a entre 25 et 30 ans et elle rencontre des difficultés à s’intégrer. CAPAD tente de l’intéresser à la production écologique des matériaux  nécessaires à l’élevage : cadres, grillages …

 

Compte-rendu réalisé par Nicole MACKIEWICZ, Administratrive d’ESD.
16 août 2017