Partenaire de la SIDI depuis 2015, le Fondo de Desarrollo Local (FDL) est une IMF qui propose des services financiers adaptés aux besoins des populations rurales au Nicaragua. Fondé en 1992 par l’Université catholique Centre Américaine (UCA), FDL a d’abord été un fonds rotatif[i], créé dans un contexte de manque de liquidités[ii], puis une IMF avec des agences implantées sur le territoire national.

 

Les dates clés de la crise

18 avril : Manifestations contre le projet de réforme des retraites
22 avril : Daniel Ortega annule le projet de réforme des retraites, les opposants (salariés, étudiants, paysans, entrepreneurs…) continuent les manifestations et réclament son départ
12 mai : Dialogue entre le président et l’opposition, sous l’égide de l’Eglise catholique
30 mai : Daniel Ortega annonce qu’il restera au pouvoir
7 juin : Les évêques proposent au gouvernement d’organiser des élections anticipées
14 juin : L’opposition lance une grève générale
7 juillet : Le gouvernement rejette toute élection anticipée
16 juillet : L’ONU, les Etats-Unis et 13 pays d’Amérique Latine réclament la fin de la répression qui a fait plus de 280 morts
(Source : AFP)

Pour lui permettre de se développer et notamment de proposer des services d’épargne, l’association FDL a créé  une société financière régulée en 2016 : Financiera FDL. C’est dans ce contexte, et à la demande de l’association, que la SIDI a investi en capital à hauteur de 917 000 euros, lui permettant de participer à la gouvernance de cette nouvelle structure avec un siège au Conseil d’Administration (CA), partagé avec Alterfin.

Depuis avril 2018, le Nicaragua traverse une crise politique et sociale significative qui a démarré à la suite d’une manifestation contre la réforme des retraites, violemment réprimée par le gouvernement. Cet événement, qui a causé la mort de plusieurs personnes, a fait exploser les mécontentements de nombreuses franges de la population qui demande le départ du président Daniel Ortega et de sa femme, vice-présidente, Rosario Murillo.

A l’occasion de son passage à Paris, le 9 Juillet 2018, Luis Lacayo Debayle, nous a fait part de son témoignage en tant que président du CA de Financiera FDL, vice-président de l’association FDL et citoyen nicaraguayen.

Aviez-vous senti qu’une crise politique et sociale aussi forte allait arriver dans le pays ?

Je ne pourrais pas dire que j’avais anticipé cette crise et surtout la manifestation contre les retraites comme le moment précis de son éclatement, mais je pouvais sentir un mécontentement monter au sein de la population face à différents aspects et mesures prises par le président Daniel Ortega.

Ces dernières années, différents mouvements de contestation ont été fortement réprimés par le gouvernement, par exemple ceux contre la réforme de la sécurité sociale (qui avait un fort impact sur les petites pensions et sur les charges pesant sur les PME, grandes pourvoyeuses d’emplois) ou encore le projet de construction du canal intero-céanique (qui menace d’expropriation de nombreux paysans). En parallèle, Daniel Ortega et sa femme Rosario Murillo ont mené une politique de concentration et de conservation du pouvoir faisant monter un mécontentement global au sein de la population.

Quel a été l’impact de la crise sur les activités de Financiera FDL  ?

Depuis le début de la crise, nous ne prêtons en moyenne que deux à trois millions de dollars par mois contre dix millions habituellement. Le volume de crédit a beaucoup diminué car les personnes empruntent moins en période d’incertitude. Toutefois, le portefeuille global de Financiera FDL n’a pas encore été trop affecté, notamment parce qu’il est assez diversifié. Nous prêtons principalement dans trois secteurs, le secteur urbain (commerce, tourisme) qui est très affecté par la crise, le secteur agricole et d’élevage qui représente plus de 30% de notre clientèle et le logement. Grâce à notre forte implantation dans les zones rurales qui sont pour le moment moins touchées, Financiera FDL espère limiter l’impact sur la rentabilité de ses opérations au titre de l’exercice courant.

Quelles mesures ont été prises par les dirigeants de Financiera FDL pour faire face à la crise ?

Financiera FDL a créé en interne un « Comité de poursuite des affaires » composé des cadres dirigeants de l’institution. Celui-ci a pour but de prendre des décisions rapidement et au jour le jour face à des incidents qui auraient des conséquences sur les employés et les agences dans le pays.

Ce comité a également pris des mesures fortes comme celle ne pas augmenter le taux d’intérêt des clients qui sont en retard dans le remboursement de leur prêt. Financiera FDL prend en charge les difficultés de remboursement exceptionnelles auxquelles sont confrontées certains de nos clients.

Quelle a été la réaction de la SIDI dès le début de la crise dans le suivi et l’accompagnement de Financiera FDL ?

La SIDI a été très présente dès le début de la crise. La première réunion du CA s’est déroulée six jours après les premiers épisodes de violence au Nicaragua (le 24 avril) et, malgré cela, le Chargé de partenariats ainsi que le consultant bénévole (administrateur SIDI-Alterfin au CA) ont pris le risque de se déplacer pour y assister. La SIDI a également décidé de suivre l’augmentation de capital que nous avions lancé malgré la crise. La présence et l’accompagnement de la SIDI pendant cette période d’instabilité forte nous apporte un soutien fort pour le maintien de notre activité et la suite de nos opérations.

Pensez-vous que la situation va durer, voire s’aggraver ?

C’est très difficile de savoir actuellement ce qui va se passer. La situation est selon moi très préoccupante et tragique avec plus de 280 personnes tuées depuis le début de la crise. Si les organisations internationales et l’Eglise catholique nicaraguayenne tentent de pacifier le conflit et d’engager le dialogue avec le gouvernement, Daniel Ortega ne me semble pas aller vers un apaisement. Ses derniers discours ont été assez violents et accusent les manifestants pacifistes des violences que lui-même inflige à une partie de la population. Les forces paramilitaires pro gouvernement augmentent leur présence et leurs actions armées pour démanteler les barrages mis en place par les opposants. La question est également de savoir à quel moment l’armée va décider d’intervenir dans le conflit et de quelle manière.

Cette crise a de toute manière lourdement divisé le pays et amoindrie la capacité des Nicaraguayens à vivre ensemble. Il faudra beaucoup de temps pour démilitariser les groupes paramilitaires et reconstruire une société unie et pacifiée.


[i] Le Fonds rotatif est une source d’argent à partir de laquelle les prêts sont accordés et doivent être remboursés avec intérêt, ainsi le fonds est maintenu et l’argent peut continuer à être prêté.
[ii] Au début des années 90 le Nicaragua était contraint d’adopter des mesures drastiques d’ajustement structurel, ce qui a eu pour effet de diminuer fortement l’offre publique de financement rural, notamment suite à la liquidation de la banque nationale de développement agricole.
20 juillet 2018