Vous ne le savez peut-être pas mais la SIDI a fait l’expérience de recruter une doctorante dans son équipe. L’aventure a commencé le 15 avril 2015. Cette fameuse date où l’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie (ANRT) a envoyé son courrier d’acceptation du projet de Thèse SIDI-Laboratoire interdisciplinaire de Recherches en Innovations Sociétales (LiRIS-EA 7481) de l’Université Rennes 2. Une bonne nouvelle, un peu de joie avant les fiches de lecture, les insomnies, les veillées, les relances répétitives faites aux encadrants, les absences aux soirées et week-end entre amis ou avec la famille, le syndrome de la page blanche…

Vous vous demandez certainement ce que c’est la CIFRe ?

La CIFRe est un dispositif mis en place par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), qui permet aux entreprises de bénéficier d’un appui financier pour recruter en Contrat à Durée Indéterminée (CDI) ou en Contrat à Durée Déterminée (CDD) de jeunes doctorants diplômés d’un Master dont les projets de recherche, menés en liaison avec un Laboratoire de Recherche extérieur, conduiront à la soutenance d’une Thèse et permettront à l’entreprise d’avancer sur une problématique ou de résoudre un problème auquel elle est confrontée. A cette subvention s’ajoute le Crédit Impôt Recherche (CIR).

La SIDI et le Laboratoire LiRIS-EA 7481 de l’Université Rennes 2, m’ont donc accueillie pendant trois années de Thèse, où je passais trois semaines dans les locaux de la SIDI à Paris et une semaine à Rennes au Laboratoire pour participer aux formations de l’Ecole Doctorale Sociétés Temps et Territoires (ED STT), rencontrer mon Directeur de Thèse Pascal Glemain, faire des prêts à la Bibliothèque Universitaire, discuter avec d’autres doctorants, etc. Ce partage du temps m’a permis de bien comprendre les besoins, les enjeux et les spécificités de ces deux mondes. La rigueur du monde scientifique, associée aux contraintes de la solidarité internationale, représentent en effet des défis passionnants.

 

Sur quelle problématique ai-je travaillé ?

La SIDI finance et accompagne en Afrique, en Amérique latine et en Asie 62 IMF et organisations promotrices de la finance communautaire ainsi que 33 OP agricoles, dans une logique d’amélioration du capital social et économique des bénéficiaires. En 2017, la SIDI a accompagné ses partenaires pendant 922 jours contre 1184 jours en 2014. Ces chiffres montrent une baisse du métier d’accompagnement de la SIDI. C’est pour cela qu’en 2016,  la SIDI, a décidé de mener des réflexions approfondies sur cette thématique suite à l’élaboration du Plan stratégique 2017-2020. Il y a néanmoins relativement peu de nouveaux travaux en Sciences de gestion (ma discipline de recherche) sur l’accompagnement, notamment celui des organisations.

Il semblait donc intéressant de se poser la question : comment appréhender et formaliser un modèle d’accompagnement en microfinance, pour permettre aux organismes de développement de mieux répondre aux demandes des IMF ?

 Afin d’apporter une contribution à cette thématique d’accompagnement, j’ai réorienté ma recherche qui portait sur la performance sociale des IMF vers leur accompagnement, compte tenu du fait qu’un accompagnement réussi contribue directement ou indirectement à l’amélioration de leur performance financière, territoriale et sociale.

 

Ne soyez pas étonnés. La problématique de Thèse évolue au fil du temps et peut complètement changer. Il faut juste que le doctorant.e sache rebondir face à ce genre d’imprévu.

Notre recherche vise à appréhender et à formaliser l’accompagnement des IMF dans deux pays d’Afrique subsaharienne, le Burkina Faso et le Sénégal où la SIDI a mené d’importantes missions d’accompagnement de 2013 à 2016, durée de son dernier plan stratégique. Même en faisant une Thèse en entreprise, il fallait respecter les exigences rédactionnelles du document de Thèse en faisant une revue de littérature (mobilisation des travaux existants, définition des différents concepts à utiliser, etc.) sur le sujet de recherche. Ainsi, pour répondre à ma question de recherche, je me suis documentée sur l’historique et les apports des Sciences humaines et sociales notamment des Sciences de l’éducation pour mieux comprendre en quoi consiste l’accompagnement. Cette revue de littérature m’a permis de m’apercevoir qu’on ne peut pas réduire l’accompagnement à un mode uniforme. Il désigne tant une fonction qu’une posture, renvoyant à une relation et à une démarche qui doivent être adaptées à chaque contexte.

Le processus de construction des connaissances adopté pour appréhender et formaliser l’accompagnement technique en microfinance est basé sur la recherche intervention. Cette technique de recherche s’appuie sur une immersion dans l’organisation pour conduire une intervention, c’est-à-dire de susciter une transformation de l’organisation. Elle m’a permis d’être en contact avec les différentes parties prenantes au processus de l’accompagnement des IMF. J’ai mené des entretiens semi-directifs auprès de 15 IMF, de 9 consultants, de 6 structures étatiques et de 3 organismes de développement. Au total, j’ai interviewé individuellement 54 personnes au Burkina Faso, au Sénégal et en France, de juin à octobre 2017.

Avant mon séjour pour les entretiens dans le cadre de ma recherche doctorale, j’avais déjà effectué pour la SIDI deux missions au Burkina Faso, dont une chez Asiena ce qui m’a permis d’avoir quelques repères et contacts. Par contre, c’était la première fois que je me rendais au Sénégal. En étant doctorante salariée, en plus de travailler sur la problématique de Thèse, j’avais aussi des missions d’entreprise à accomplir. Au Sénégal, il m’a fallu un moment pour m’adapter au contexte et gagner la confiance des enquêtés au téléphone pour la prise des RDV d’entretiens. J’ai dû m’adapter aux différentes situations auxquelles j’étais confrontée.

Ce travail de recherche intitulé l’accompagnement technique des institutions de microfinance au Burkina Faso et au Sénégal a conduit à la soutenance de ma Thèse le jeudi 8 novembre 2018 à l’Université de Rennes 2, pour l’obtention du grade de Docteure en Sciences de gestion. Cette recherche a permis à la SIDI de disposer d’éléments pour formaliser son métier d’accompagnement :

  • une définition précise de l’accompagnement et de disposer d’éléments clairs sur ce que peut être son accompagnement pour ses partenaires
  • un canevas pour établir des termes de référence qu’elle pourra utiliser pour ses prochaines missions d’accompagnement technique
  • une grille d’évaluation qui permettra aux chargés de partenariats de collecter des informations plus précises sur l’accompagnement réalisé notamment par un consultant recruté.

Le statut de doctorante salariée a été d’un grand intérêt pour moi, parce qu’il m’a permis d’avoir une expérience professionnelle, tant en matière d’acquisition de compétences, qu’en matière de réactivité face aux difficultés rencontrées. Mon intégration dans ma posture de doctorante salariée s’est faite facilement grâce à toute l’équipe de l’entreprise d’accueil que je remercie beaucoup. Le fait d’avoir travaillé avec plusieurs Chargés de partenariats, d’avoir effectué des missions à l’international, d’avoir eu plusieurs encadrants (professionnel et universitaire), m’a permis de comparer différentes méthodes de travail et de raisonnement. Ces expériences et compétences me permettront de saisir toutes les opportunités qui s’offriront à moi dans le monde de l’entreprise au Canada où je souhaite poursuivre ma carrière.

Même si certains recruteurs voient encore la formation doctorale comme l’aboutissement d’un parcours universitaire, je pense que les dispositifs comme la CIFRe ou la possibilité pour les doctorants de réaliser du conseil en entreprise, tendent à faire évoluer les mentalités. À mon sens, les recruteurs trouveront chez le docteur des compétences nécessaires dans un domaine directement valorisable auprès d’un chef d’entreprise ou d’un entrepreneur. Je recommande à la SIDI de mettre en place une réelle stratégie de recrutement de doctorant(e) par la CIFRe en définissant le contexte de la recherche, pour permettre à la personne recrutée de mieux se projeter dans la structure, d’avoir un cahier de charges bien défini et un accompagnement soutenu avec des suivis réguliers en interne.

Gageons que les voies prometteuses que cette première expérience CIFRe a ouvertes à la SIDI, lui permettront de construire des activités de Recherche et Développement.


Découvrez la note synthétique de la Thèse

26 novembre 2018