Notre partenaire tunisien South Organic était de visite en France à l’occasion d’une mobilisation citoyenne organisée par le CCFD-Terre Solidaire près d’Auxerre. Son fondateur s’est également rendu au siège de la SIDI : l’occasion de lui poser quelques questions sur l’activité de cette entreprise de conditionnement et de commercialisation de dattes bio et fairtrade basée à Kebili. South Organic est partenaire de la SIDI depuis 2022.
Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous en dire plus sur South Organic ?
Je suis Taieb Foudhaili, fondateur de la société South Organic depuis 2001, soit plus de 25 ans maintenant. South Organic est spécialisée dans l’exportation des dattes biologiques en Tunisie. Après la récolte des dattes, South Organic gère la collecte, le triage, le traitement et la transformation pour avoir un produit qui répond aux exigences des clients.
Depuis sa création, South Organic s’engage à promouvoir l’agriculture biologique, le développement socio-économique des habitant·es de la région et la protection de l‘environnement.
Nous collaborons avec plus de 200 petits producteurs de dattes certifiées biologiques et fairtrade dans la région de Kébili. Les oasis de dattes de cette région se composent d’un enchevêtrement de petites parcelles individuelles. Les 227 familles d’agriculteur·ice·s avec lesquelles South Organic travaille exploitent en moyenne des surfaces d’à peine un hectare par famille.
South Organic emploie un nombre important d’employé·es, notamment les femmes, puisqu’elles représentent plus de 90% de nos effectifs. Il y au total entre 100 et 120 employé·es permanents. Selon les périodes de l’année et des besoins en termes d’activités, on peut monter jusqu’à 250 personnes, voire 500 durant les récoltes. Il y a des commandes toute l’année : pour répondre à nos clients, il n’y a donc presque pas de période d’inactivité.
Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés ?
Nous avons traversé des moments difficiles depuis l’année 2020. En effet, il y a eu tout d’abord la crise de la Covid-19 ayant entraîné un ralentissement des exportations. Puis, la crise économique mondiale qui s’en est suivie a entraîné entre autres, une baisse considérable de la demande. Cela a fortement impacté notre activité.
En 2023 est venue s’ajouter une crise environnementale : nous avons subi une forte sécheresse qui a favorisé la multiplication des attaques d’acariens, rendant la production de dattes inexploitables.
Pour pallier ce type de problème lié aux attaques d’acariens en période de sécheresse, South Organic déploie un plan de traitement préventif biologique appliqué deux fois dans l’année. Malheureusement, du fait de l’extrême sécheresse et de la prolifération beaucoup trop importantes des acariens, les plans de traitement préventifs n’ont pas été suffisants. Les producteurs étaient désespérés, c’était un moment très compliqué pour nous.
C’était facile à leur place d’être tentés par le recours aux pesticides. Dans ces moments-là, il est difficile de convaincre les agriculteurs de poursuivre leur activité en bio, car les pesticides peuvent au premier abord apporter une solution rapide et plus simple, malgré tous les effets néfastes qu’ils engendrent à long terme sur la santé et l’environnement.
Ça demande un travail de long terme, pour changer la façon de voir les choses.
Puis en 2024/2025, c’est encore une nouvelle épreuve : la Tunisie est frappée par de très fortes pluies, mettant en péril les récoltes une fois que les dattes sont arrivées à maturité. Après autant de travail, c’est toute une récolte qui peut s’avérer inexploitable. Ici, on n’avait jamais vécu de précipitations aussi élevées depuis 1969 ! Rien qu’en une journée, c’est 70 ml d’eau qui se sont abattues, alors que la moyenne annuelle se situe entre 100 et 150 ml. Une situation exceptionnelle.
Cela a entraîné des difficultés financières puisque nous pré-finançons les récoltes pour sécuriser les revenus des producteurs de dattes biologiques et l’approvisionnement auprès de South Organic. Malheureusement, avec les récoltes abîmées, nous avons à nouveau essuyé des pertes économiques.
En 2025, on a enfin surmonté les principales difficultés, même s’il reste encore beaucoup à faire. Petit à petit, tout notre travail finit par payer.
Comment se déroule le partenariat avec la SIDI ?
La collaboration avec la SIDI ainsi qu’avec son homologue belge Alterfin, également à travers le fonds FEFISOL II nous a aidée à traverser ces différentes épreuves. En effet, depuis la crise du Covid-19, on ne collabore plus avec les banques locales.
Depuis, nous sommes parvenus à diversifier d’une manière remarquable notre portefeuille clients. Auparavant, 65% de la production était exportée : désormais, nous avons atteint 85% d’exportation. Le restant, non exportable, est vendu pour du bétail par exemple.
Quel accompagnement proposez-vous aux producteurs ?
Déjà, il faut savoir que certains d’entre eux travaillent avec nous depuis le lancement de South Organic, en 2001. Nous garantissons toute l’année une assistance et un accompagnement aux producteurs, grâce aux différents services de South Organic (contrôle interne, ingénieurs, techniciens, assistants locaux, contrôleurs, etc.)
Globalement, les producteurs de dattes biologiques bénéficient de deux formations minimum chaque année. Notre responsabilité, c’est d’être au plus proche d’eux.
Depuis le mois de mars, on teste également de nouvelles méthodes d’accompagnement : nous formons des « producteurs-chef » qui vont eux-mêmes accompagner 6 à 10 producteurs, et qui assurent la coordination entre les petits producteurs et le service de contrôle interne. C’est évidemment un travail supplémentaire pour ces « producteurs-chef » qui bénéficieront d’indemnités et de primes. Il y aura aussi une rotation : les producteurs-chef ne seront pas les mêmes chaque année.
La sécheresse semble être un défi particulièrement délicat à relever : il y a-t-il des projets d’adaptation au changement climatique ?
Oui, nous avons travaillé sur un projet ambitieux en matière de système d’irrigation. L’objectif est de faciliter la disponibilité en eau sur les petites parcelles des producteurs avec la mise à disposition de système de cuves.
Pour cela, il faut savoir qu’à South Organic, nous avons des parcelles pilote pour tester les ajustements, adaptations et innovations nécessaires. Nous avons donc réalisé avec l’appui des techniciens, des expériences dans nos propres parcelles.
Chaque producteur aura un bassin de stockage plus ou moins grand selon la superficie de la parcelle. Parfois, les bassins peuvent être collectifs et partagés à plusieurs pour réduire le coût d’investissement de ces installations.
Un des autres objectifs d’adaptation au changement climatique, c’est la diversification, avec des cultures maraîchères notamment, des oliviers dans les palmeraies. On commence pour le moment à faire des tests sur notre parcelle pilote aussi, et on espère pouvoir déployer cela prochainement avec nos producteurs. Mais cela prend du temps à mettre en place.
Quel était l’objectif de votre venue en France ?
Je me suis rendu au Festival du Bien vivre, organisé par le CCFD-Terre Solidaire Bourgogne–Franche-Comté le 30 et 31 mai à l’Abbaye de Pontigny, à côté d’Auxerre.
J’ai été invité à participer à la table-ronde sur la finance solidaire. C’était une belle occasion de m’exprimer sur l’expérience de South Organic avec nos producteurs. Mon objectif était également de mieux comprendre les points de vue des personnes engagées sur ces thématiques ici, en France. J’ai eu l’occasion d’échanger avec pas mal de bénévoles du réseau.
J’ai apprécié d’aller à la rencontre de personnes impliquées dans la finance solidaire. C’est important pour moi de créer ce lien car nous vivons des réalités différentes, où les producteurs de dattes du Sud de la Tunisie semblent loin. Cette participation était pour moi une façon de porter leurs voix et créer un pont entre le « Sud » et le « Nord ».
J’ai été particulièrement touché par l’engagement de toutes les personnes présentes et par la qualité des échanges. Plus globalement d’ailleurs, mon rôle au sein de South Organic rejoint cet objectif de coordination. Faire le lien entre les différents métiers de cette chaîne de travail est important, tout simplement pour « mieux vivre ensemble » et parvenir aux objectifs d’amélioration des conditions de vie et de rémunération des producteurs.
Ces discussions avec des bénévoles ici en France m’apportent de la force et de l’énergie pour continuer de contribuer à un monde meilleur. Ça donne de l’espoir, sincèrement. On en a besoin, car nous avons traversé des périodes vraiment très dures et ce n’est pas facile au quotidien.



























