Interview d’Anne-Sophie Bougouin, la nouvelle Dirigeante de la SIDI

Nairobi, kenya, october 2025 ©philippe lissac/godong

Engagée depuis plus de 20 ans à la SIDI, Anne-Sophie Bougouin en prend aujourd’hui la direction. Parcours, convictions et cap stratégique : elle partage sa vision dans un contexte international complexe et préoccupant.

Mon engagement aux côtés de la SIDI s’inscrit dans un parcours très cohérent. J’ai étudié l’économie du développement avec très tôt la volonté de m’investir sur les enjeux de solidarité internationale. En parallèle, je me suis intéressée à la finance solidaire, notamment à travers le réseau FAIR – Finansol que j’ai rejoints en 1997 pour l’organisation d’un colloque sur le thème “Epargne et Solidarités”. J’ai ensuite travaillé plusieurs années sur les questions d’annulation de la dette au sein d’un collectif d’ONG dans lequel le CCFD-Terre Solidaire et la SIDI étaient impliqués et j’ai participé dans ce cadre au groupe de travail paritaire sur la mise en place des C2D (contrats de désendettement et de développement de l’état français)

J’ai connu la SIDI à cette époque, elle représentait justement précisément cette articulation entre finance solidaire et solidarité internationale. C’est ce qui m’a donné envie de m’y investir.

Tes premières années ont été consacrées à l’accompagnement des partenaires de la SIDI. Qu’en retiens-tu aujourd’hui ?

Elles ont été fondatrices. J’ai d’abord travaillé comme chargée de partenariats en Haïti et au Laos, dans des contextes géographiques très différents, ayant néanmoins un point commun : des partenaires fragiles, implantés dans des zones rurales isolées, où l’inclusion financière était quasi inexistante.

J’ai travaillé avec des mutuelles de solidarité en Haïti, des entreprises agricoles et un réseau de coopératives d’épargne – crédit au Laos. C’est avant tout un travail d’accompagnement dans la durée, pour aider des organisations à se structurer, à gagner en autonomie. C’était une expérience très concrète et très formatrice sur cette relation partenariale, basée sur la confiance et la proximité, qui reste aujourd’hui au cœur de l’action de la SIDI.

Tu as ensuite joué un rôle clé dans la création du fonds FEFISOL. En quoi cette expérience a-t-elle été structurante ?

C’est une aventure majeure dans mon parcours et ça a marqué également une étape importante dans l’histoire de la SIDI. A l’origine, on avait entamé des négociations avec l’Agence Française de Développement pour qu’elle nous appuie sur le financement des partenaires en Afrique. Elle cherchait aussi les moyens de soutenir la SIDI, convaincue de la portée de son action. Nous avons imaginé ensemble un mécanisme innovant de couverture du risque de change, en créant le fonds FEFISOL dédié au financement en Afrique de la microfinance rurale et des petites exploitations agricoles familiales. La création de FEFISOL nous a demandé plusieurs années de travail : structuration juridique, mobilisation des bailleurs, définition de la stratégie d’investissement… J’ai ensuite piloté ce fonds pendant dix ans.

Ce projet nous a permis de changer d’échelle, en embarquant des investisseurs institutionnels autour de notre approche, centrée sur notre mission sociale très forte.

Cela a nécessité une transformation interne importante : renforcer nos pratiques, structurer nos processus, monter en compétences. Mais sans jamais renoncer à ce qui fait notre spécificité.

Pour moi, cela a été une leçon importante : il est possible de se développer et de gagner en impact sans affaiblir notre mission, à condition de rester très clair sur ses principes. Oser penser plus grand, tout en restant fidèle à ses valeurs. FEFISOL a permis à la SIDI de changer d’échelle, de gagner en visibilité, et de démontrer que son approche était non seulement pertinente, mais réplicable.

Quelle est, selon toi, la singularité de la SIDI aujourd’hui ?

La SIDI a cette particularité de toujours faire primer la finalité sociale. Le modèle économique est un moyen, jamais une fin en soit. Celui de la SIDI lui permet d’aller là où les autres ne vont pas , de nous adapter à des contextes très divers, souvent fragiles. C’est une organisation qui prend des risques, et elle le fait avec un très haut niveau de professionnalisme, de technicité, combiné à un engagement très fort des équipes. C’est cette alliance qui nous permet d’agir avec exigence tout en restant fidèles à notre mission. C’est assez unique !

Comment vois-tu les principaux défis pour la SIDI ?

Le premier enjeu, c’est de poursuivre notre développement de façon maitrisée dans un environnement où les risques s’intensifient et se cumulent : instabilités politiques, crises économiques, crises environnementales. Les besoins des partenaires locaux sont immenses mais pour y répondre correctement nous devrons nous adapter et garantir que nous serons en capacité de maitriser et d’assumer ces risques sur la durée. C’est un équilibre délicat.

Le deuxième enjeu est lié aux crises écologiques. Nous devons aller encore plus loin dans notre accompagnement sur les enjeux d’adaptation aux changements climatiques, de préservation des ressources naturelles, biodiversité, eau, et de souveraineté alimentaire dans ces contextes fortement fragilisés. C’est une condition de la pérennité de nos partenaires.

Enfin, nous faisons face en France et en Europe à des contraintes juridiques et réglementaires qui limitent d’une part notre capacité à mobiliser des ressources, notamment citoyennes, avec la fin de l’avantage fiscal octroyé aux souscripteurs dans les ESUS de plus de 10 ans comme la SIDI. Et qui contraint d’autre part notre activité de financement aux partenaires. Adapter notre cadre d’action sera essentiel pour continuer à nous développer.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir aujourd’hui ?

L’espoir vient à la fois de nos actionnaires solidaires et de nos partenaires.

Les actionnaires solidaires, d’abord. Leur engagement est essentiel : au-delà des ressources financières, ils nous apportent une énergie qui nous porte beaucoup. Aujourd’hui, soutenir une structure comme la SIDI est presque un acte de résistance, dans un contexte de repli sur soi. C’est un signal fort. Ils contribuent à faire vivre cette chaîne de solidarité financière, qui est au cœur du projet de la SIDI.

L’espoir vient aussi de nos partenaires. Malgré des conditions souvent extrêmement difficiles, ils continuent à innover, à s’adapter, à avancer. Leur résilience est remarquable et nous inspire.

Enfin, il y a la force du collectif. À la SIDI, nous partageons une même conviction : utiliser au mieux les ressources qui nous sont confiées pour maximiser l’impact de nos activités. C’est cette dynamique collective, tournée vers le long terme, qui nous anime et qui nous porte.

Quel message veux-tu adresser aux actionnaires solidaires ?

De ne pas céder au sentiment d’impuissance.

Même à petite échelle, chaque engagement compte. L’action collective a une force réelle. À travers la SIDI, ils contribuent à soutenir des initiatives concrètes, à faire émerger des alternatives, et à démontrer qu’une autre manière de faire de la finance tournée vers l’utilité sociale est possible.

C’est exactement cela, la SIDI : une chaîne de solidarité qui relie citoyens, équipes et partenaires, au service d’une économie plus juste et plus humaine.

Retour de mission : au Burkina Faso, la SIDI intervient là où peu d’investisseurs s’engagent

Mission Burkina Faso, Bobo Dioulasso, Gebana- Jacques Afetor 2025

Tous les trimestres, la SIDI publie un article qui met en lumière une mission terrain réalisée par l’un·e de ses chargé·es de partenariats. Aujourd’hui, la SIDI partage le récit de Jacques Afetor, chargé de partenariat Afrique de l’Ouest de la SIDI depuis 2023, et basé à Lomé, au Togo. Ces rencontres sur le terrain constituent des moments clé pour rendre compte des réalités locales, prendre la mesure des défis auxquels sont confrontés les acteurs, tout en échangeant sur les perspectives. C’est aussi l’occasion de partager plus largement les accomplissements réalisés par nos partenaires.

J’ai la chance de bien connaître le secteur de la microfinance en Afrique de l’Ouest puisqu’avant de rejoindre la SIDI, j’ai travaillé pendant plus de dix ans au sein d’Assilassimé, une institution de microfinance sociale partenaire de la SIDI. Se retrouver dans la position de financeur apporte une nouvelle dimension, en offrant l’opportunité de soutenir non seulement le développement des activités des institutions de microfinance partenaires, mais également celles des entités agricoles engagées sur différentes filières dans la sous-région.

Etant donné la situation sécuritaire et les informations transmises par le ministère des Affaires Etrangères qui déconseille tout déplacement, mon départ en mission au Burkina Faso demeurait assez incertain.

Toutefois, les échanges avec mes contacts sur place ont permis d’avoir une appréciation plus fidèle du contexte réel dans le pays, facilitant la planification de la mission et la prise de dispositions appropriées pour en limiter les risques.

Burkina Faso : le pays des hommes intègres face à plusieurs défis

Avant de vous parler des visites effectuées auprès de nos partenaires, il me semble important de revenir sur le contexte burkinabé. Le pays est confronté à un climat sécuritaire et politique particulièrement tendu ces dernières années. Bien qu’une amélioration soit observée en 2025 dans la capitale et le sud-ouest du pays, la situation reste très fragile.

En 2023, plus de 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté selon la Banque Mondiale. Le Burkina Faso se classe 186ème sur 193 pays selon l’Indice de Développement Humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le Développement.  Les investisseurs restent peu nombreux et inaccessibles à la plupart des institutions de microfinance comme des petites coopératives agricoles du pays.

Plus de deux millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées hors du pays, soit plus de 10% de la population. Malgré ce contexte, la SIDI reste fidèle à sa mission afin d’accompagner le développement d’activités génératrices de revenus auprès de celles et ceux qui en ont le plus besoin.

A la rencontre d’ACEP : l’Agence de Crédit pour l’Entreprise Privée du Burkina Faso

J’ai commencé ma série de visites par ACEP Burkina dont le siège se trouve à Ouagadougou avec deux de ses 14 agences basées à Bobo Dioulasso, dans l’Ouest du pays. Le cœur de métier de l’institution est le financement des très petites et moyennes entreprises, structures généralement délaissées par les banques.

ACEP Burkina Faso est partenaire de la SIDI depuis 2021. La SIDI est également rentrée au capital d’ACEP en 2022, confirmant son choix de renforcer ce partenariat et d’accompagner au mieux les décisions stratégiques de l’institution de microfinance.

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Acep burkina faso 2025

ACEP rencontre des difficultés de trésorerie liées à la rareté des investissements étrangers au Burkina Faso, ce qui a entraîné un ralentissement dans le développement de ses activités en 2025, comparativement aux prévisions initiales.

Lors de ma visite, j’ai néanmoins été impressionné par la résilience de notre partenaire qui a su développer de nouveaux produits financiers adaptés aux clients individuels et ainsi diversifier ses sources de revenus. En guise d’exemple, ACEP propose des solutions de crédit via le mobile ne nécessitant pas de garantie. Elle met aussi à disposition des automates de dépôt d’argent pour faciliter l’épargne à ses clients et a lancé le déploiement de son nouveau produit d’épargne tontine qui consiste à faire la collecte de la petite épargne régulière auprès de ses clients. Le leadership de l’équipe dirigeante, ainsi que la détermination et l’engagement du personnel, permettent à ACEP de conserver un ancrage solide dans le secteur de la microfinance au Burkina Faso, malgré un environnement particulièrement contraignant. Cette résilience motive en partie la SIDI à poursuivre son accompagnement via son fonds FEFISOL.

Gestion de la performance environnementale et sociale d’ACEP

Depuis ma dernière visite il y a moins de deux ans, ACEP a renforcé son engagement en matière de gestion de sa performance sociale et environnementale, en désignant une personne dédiée à ces enjeux. Elle a aussi réalisé une étude d’impact avec le cabinet 60 decibels ayant permis d’évaluer les effets de ses services financiers auprès de ses clients.

Ainsi 41% d’entre eux déclarent que leur niveau de vie s’est amélioré grâce au développement de leurs activités avec un impact positif sur leur ménage, et 73 % des clients ont bénéficié pour la première fois d’un prêt.

Pour moi, c’est un bon signal : ces résultats confirment l’alignement de la stratégie d’ACEP avec la mission de la SIDI qui vise en priorité des populations exclues des circuits économiques et financiers conventionnels, notamment les populations rurales, les femmes et les jeunes.

Par ailleurs, ACEP accomplit également un travail remarquable avec le financement des acteurs des chaînes de valeur agricole locales, en particulier les PME intervenant dans différentes filières telles que le riz, le coton, le cajou, les fruits et légumes. Le financement de ces PME permet à ACEP de toucher indirectement des milliers de petits producteurs qui contribuent au renforcement de la sécurité alimentaire des populations.

2ème escale pour la visite de Gebana Faso : une révolution agricole 100% biologique au service des communautés locales

J’ai pu rencontrer l’équipe de Gebana Faso, entreprise spécialisée dans la transformation des noix de cajou et des mangues séchées. Gebana Faso est partenaire de la SIDI depuis 2019. Nos deux structures partagent des valeurs fortes en faveur d’une agriculture familiale respectueuse de l’environnement capable de renforcer le tissu économique local avec la création d’emplois pérennes sur les territoires.

Aujourd’hui, 100% de la production est certifiée biologique. Gebana Faso s’approvisionne dans plusieurs régions du pays, essentiellement auprès de plus de 5000 agriculteurs familiaux regroupés dans des coopératives de producteurs.

La « Belle Usine » : concrétisation d’un projet d’ampleur

La construction de la Belle Usine, comme j’aime l’appeler, a été finalisée en début d’année 2026 et j’ai eu la chance de pouvoir la visiter : elle permettra d’accroître les capacités de production, d’augmenter les volumes transformés (de 1500 tonnes de noix brutes transformées dans l’ancienne usine à une capacité de 7000 tonnes dans la nouvelle), de créer plus de 100 nouveaux emplois locaux supplémentaires tout en augmentant le nombre de petits producteurs partenaires de plus de 20%. Pour le séchage des mangues, on comptabilise 60 transformateurs employant plus de 4 000 personnes. En 2026, cette nouvelle usine permettra de prendre en charge une partie de cette activité habituellement externalisée. Au total, l’activité de Gebana Faso génère des revenus pour plus de 1 000 ménages.

Usine Gebana Faso 2026 ©Gebana
Usine gebana faso 2026 1
La Belle Usine Gebana Faso 2025

Une filière économique plus juste pour les producteurs locaux et les salarié·es

Gebana Faso a su développer des chaines d’approvisionnement où les producteurs locaux tiennent une place primordiale. Ils bénéficient par exemple de plusieurs avantages financiers : une prime de 15€ par tonne vendue, une prime d’impact de 75€ ainsi qu’un prix de vente à Gebana Faso supérieur de 10% par rapport aux prix moyens du marché.

Les employé·es de Gebana Faso bénéficient de droits sociaux, de congés payés, et se rendent tous les jours sur le site de production grâce à des navettes spéciales affrétées depuis la ville de Bobo Dioulasso située à une vingtaine de kilomètres.

Réduire l’impact environnemental et climatique

  • Avec sa nouvelle usine, Gebana Faso pourra désormais valoriser la totalité de ses déchets de production (les coques de noix de cajou brutes et la peau des mangues), qui seront utilisés pour la cuisson des noix. Cette pratique contribue à une réduction significative de la pollution atmosphérique, notamment en limitant les émissions de CO₂.
  • En parallèle, Gebana Faso met en place des « champs écoles » qui permettent de former les producteurs aux pratiques de l’agroforesterie, un mode d’exploitation des terres agricoles qui permet une meilleure protection des sols et limite l’impact carbone.
  • Un projet de création d’un centre de compostage d’épluchures de mangue est également en cours de développement avec des tests réalisés qui sont déjà concluants.
  • Des formations en agroécologie sont dispensées auprès des producteurs afin de les accompagner sur le plan technique et opérationnel

A travers ses activités, Gebana Faso démontre qu’il est possible de développer une filière agricole ambitieuse sur le plan économique, social et environnemental, malgré un contexte difficile.

Suite à cette mission terrain et aux différentes analyses effectuées, il a été décidé d’octroyer de nouveaux prêts financiers à hauteur d’1 million d’euros via le fonds FEFISOL II pour Gebana Faso et ACEP, faisant de la SIDI l’unique investisseur étranger à s’engager auprès d’eux.

C’est un gage de confiance qui s’inscrit dans l’ADN de la SIDI : accompagner en faisant preuve de flexibilité, d’audace et d’innovations pour soutenir nos partenaires malgré les risques et le contexte fragile dans lequel ils s’inscrivent.

J’ai vraiment espoir pour le Burkina Faso et sa population car il y a un dynamisme palpable. Lorsque l’on rencontre les personnes sur place, on mesure réellement la forte volonté qui existe de faire bouger les lignes, de créer de la valeur, d’améliorer les conditions de vie des personnes.

Palestine : le défi d’un soutien aux activités économiques en temps de guerre

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La SIDI a fait le choix d’appuyer des partenaires dans les territoires Palestiniens occupés par Israël, depuis 1988 ! Mais rapidement, la SIDI considère que tout investissement dans les micro-entreprises palestiniennes - extrêmement risqué en raison de l’absence de paix juste dans la région -, ne sera viable qu’avec un mécanisme de garantie permettant de sécuriser ces prêts et couvrir les institutions de microfinance des pertes liées à l’occupation.

Comprendre les outils financiers déployés par la SIDI

La SIDI dispose à son arc de plusieurs outils de financements pour soutenir les activités de ses partenaires. Les « prises de participation en capital » consistent pour la SIDI à entrer au capital des entreprises partenaires, afin de renforcer leurs fonds propres et les accompagner dans leur développement sur le long terme.

Les « prêts » quant à eux permettent à nos partenaires, en particulier les organisations de producteurs, de pouvoir préfinancer la récolte de leurs membres.

Mais alors qu’est-ce que Daman ? A travers cet article, nous souhaitons mettre en lumière ce fonds de garantie palestinien, un moyen de résistance financier peu commun et innovant, qui, à son échelle, tente de soutenir des populations civiles les plus vulnérables.

Un peu d’histoire…

Il aura fallu près de 10 ans avant de parvenir à la création de Daman en 2015, une compagnie palestinienne dont l’actionnariat est composé au départ par la SIDI, ACAD Finance et ASALA (ces deux dernières étant des institutions de microfinance palestiniennes partenaires de la SIDI). En 2019, le fonds de garantie Daman est abondé grâce à l’obtention d’un premier cofinancement du gouvernement du Luxembourg et grâce à l’ONG CPJPO[1], ce qui lui permet de changer d’échelle.

Une des principales forces du fonds de garantie Daman est d’avoir identifié le risque « politique », c’est-à-dire les effets délétères de l’occupation violente de la Palestine par l’armée Israélienne, comme le principal risque à couvrir pour les micro-entreprises Palestiniennes.

Bien sûr, les initiateurs de Daman, tant à la SIDI qu‘au sein d’ACAD Finance, n’avaient jamais imaginé qu’après la sanglante et meurtrière attaque du Hamas en 2023[2], la terreur imposée par Israël, qui relève de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et même de risque génocidaire, allait « rayer de la carte » une partie de la population[3] et la totalité des infrastructures[4] de la bande de Gaza.

Le fonds de garantie patiemment construit grâce aux subventions du Luxembourg s’est révélé bien insuffisant pour faire face aux besoins à Gaza mais aussi en Cisjordanie, où la pression conjointe des colons, de la police et de l’armée, conduisent à des événements violents et à un isolement physique des communautés et des villes Palestiniennes. C’est un défi pour Daman et surtout pour son financement futur, mais cela ne l’empêche pas de fonctionner et de « faire sa part » dans un contexte parfois dramatique.

[1] Comite pour une paix juste au Proche Orient – https://paixjuste.lu/

[2] Plus de 1 200 morts, principalement des civils Israéliens

[3] 72 000 morts et 180 000 blessés, en majorité des femmes et des enfants

[4] 92% des bâtiments détruits

Comment fonctionne le fonds de garantie Daman ? 

Chaque année, en fonction des montants disponibles, Daman alloue une somme à chacune des trois institutions de microfinance palestiniennes : ACAD, ASALA et REEF. Ces trois institutions de microfinance informent Daman des prêts en cours qui bénéficieront de cette couverture et qui répondent aux critères de remboursement. Il n’y a aucun transfert d’argent. C’est une somme globale maximale que l’institution de microfinance pourra réclamer au fonds de garantie, si jamais elle démontre que son client n’a pu payer son prêt à cause de l’occupation Israélienne.

Les conditions de remboursement et d’annulation des dettes du fonds de garantie Daman 

Le fonds de garantie Daman ne rembourse pas n’importe quoi et n’importe comment. Les prêts « assurés » doivent être inférieurs à 10 000 US $, d’une durée maximale de 48 mois pour des activités de génération de revenus. Les prêts à la consommation sont exclus. Daman ne rembourse que le capital, c’est-à-dire que les intérêts non payés sont assumés par l’institution de microfinance. Si le client n’a pas pu rembourser son prêt depuis plus d’un an, alors l’institution de microfinance peut se tourner vers le fonds de garantie Daman pour demander un remboursement. Et si le client était déjà en défaut (retards de paiements) avant « l’accident de vie » lié à l’occupation militaire, le prêt n’est pas éligible au remboursement.

De leur côté, les institutions de microfinance apportent une contribution aux frais de Daman de 1,5% du portefeuille garanti.

Sur le terrain, des exemples concrets pour illustrer la situation 

Mohamed H a demandé un prêt de 4 000 US dollars pour son atelier de fabrique de cages qui lui permet d’élever de la volaille. Lors de l’attaque du camp de réfugiés de Tulkarem début 2025, les bulldozers Israéliens ont rasé son atelier. Mohamed H a tout perdu.

Il y a aussi l’histoire d’Assel A qui avait contracté un prêt pour investir dans ses activités de maraîchage avec l’installation d’une serre. Le village où elle habite a été « fermé » par des colons pendant quelques jours. Elle n’a pu y accéder et irriguer les champs. Toute la récolte a été perdue et les bâches ont été lacérées par les colons.

Ces deux clients sont dans l’incapacité de payer leur prêt et illustrent concrètement les difficultés colossales rencontrées par les Palestinien.nes afin de maintenir une activité génératrice de revenus dans ce contexte de guerre.

L’institution de microfinance à l’origine de l’octroi du prêt peut alors présenter une demande de remboursement auprès du fonds de garantie Daman en préparant un dossier. Si la demande est recevable, Daman mandate un « expert » pour vérifier la véracité des faits. Si le rapport est favorable, Daman peut alors verser ces fonds à l’institution de microfinance et annuler la dette du client. Environ 85% des dossiers présentés par les institutions de microfinance au fonds de garantie Daman sont acceptés.

Les institutions de microfinance palestiniennes peuvent ainsi se reposer plus facilement sur ce mécanisme qui couvre une partie des risques financiers engagés.  En rassurant les institutions de microfinance palestiniennes, ce sont finalement les populations vulnérables qui bénéficient plus facilement de prêts pour investir dans des activités génératrices de revenus, malgré la guerre.

En 2024 (annus horribilis vu les pertes totales enregistrées à Gaza), ce sont 332 623 dollars de 386 client.es des trois institutions de microfinance que Daman a pu compenser[1]. Pour conclure cédons la parole à l’évaluateur missionné par :

L’évaluation du projet montre qu’en dépit de toutes les contraintes liées au contexte, Daman est resté opérationnel et a joué un rôle de stabilisateur en faisant bénéficier des IMF de sa couverture du risque. Cela permis à ces dernières de prêter à des clients très vulnérables, ce qui n’aurait sans doute pas été possible si Daman n’avait pas été là[2].

Le grand défi demeure : comment capitaliser Daman durablement pour faire face aux besoins très spécifiques d’une zone de guerre et d’occupation comme la Palestine ? C’est ce à quoi Daman et ses actionnaires doivent s’atteler !

[1] 634 000 US $ depuis le début de l’opération de Daman

[2] Projet evaluation of Daman for SME’s by MFR

 

Kitagata : une coopérative ougandaise au service d’une agriculture résiliente

Kitagata farmers cooperative

Qui est Kitagata ?

Dans le sud-ouest de l’Ouganda, la coopérative Kitagata Mixed Farmers joue un rôle essentiel pour renforcer la sécurité alimentaire et les revenus des petits producteurs. Créée en 2013 à l’initiative des agriculteurs eux-mêmes, elle répond à un besoin fondamental : disposer d’un espace commun pour partager les défis rencontrés sur le terrain, construire des solutions collectives et peser davantage face aux acteurs économiques locaux. La SIDI soutient ce partenaire à travers sa filière implantée à Kampala, Soluti finance. Kitagata commercialise principalement du millet et des haricots à destination des Ougandais.

Une offre diversifiée au service des membres

Initialement active dans le district de Sheema, Kitagata s’est progressivement étendue aux districts voisins de Bushenyi, Mitoma et Rubirizi, avec une logique simple : mutualiser les efforts, augmenter les volumes de production collectés, et mieux défendre les intérêts de ses membres. Sa vision est claire : promouvoir la production alimentaire locale et lutter contre la faim, dans un contexte de plus en plus contraint par les dérèglements climatiques.

Outre l’accès au marché, la coopérative a développé une offre de service diversifiée pour répondre au mieux aux besoins de ses membres : des sessions d’alphabétisation, des formations en gestion financière, ou encore l’aide à la structuration de petits groupes villageois d’épargne et
de crédit. Depuis 2024, Kitagata a également commencé à octroyer des avances de trésorerie aux producteurs, leur permettant de faire face aux besoins de la campagne agricole.

Kitagata est fortement impliqué dans la promotion de l’égalité de genre. Les femmes représentent 66% des bénéficiaires de la coopérative, et des programmes spécifiques sont mis en place pour répondre au mieux à leurs besoins : c’est notamment le cas de certains groupes de veuves, qui sont un public très vulnérable en Ouganda, et à qui la coopérative fournit des services supplémentaires.

Faire face aux défis climatiques

Ces dernières années, les producteurs accompagnés par Kitagata ont particulièrement souffert des aléas liés au changement climatique : saisons imprévisibles, sécheresses, baisse de la fertilité des sols. Ces chocs affectent fortement la production de cultures vivrières comme le millet, le maïs ou les haricots. Face à cette réalité, la coopérative a choisi de s’engager activement dans la promotion de pratiques agricoles plus durables, adaptées aux conditions locales.

Grâce à la présence de deux techniciens agronomes dans son équipe, Kitagata sensibilise ses membres aux enjeux environnementaux et les accompagne dans la mise en œuvre de techniques agroécologiques : rotation des cultures, interculture, utilisation de fumier organique, paillage, gestion responsable des zones humides, récupération et stockage de l’eau de pluie. Cet accompagnement se fait soit de manière individuelle, pour répondre à des besoins spécifiques des producteurs, soit de manière collective, dans des terrains spécifiquement dédiés aux formations, appelés « demo gardens ».

 

Un projet structurant avec la SIDI

En 2024, la SIDI a accompagné la coopérative dans le renforcement de son engagement social et environnemental grâce à un programme structurant financé par le SSNUP, conçu autour de plusieurs volets complémentaires :

Volet économique et social : pour diversifier les revenus des producteurs et renforcer leur résilience face au changement climatique, la coopérative a mis en place une formation à la culture du manioc, une filière émergente à fort potentiel et adaptée aux conditions climatiques locales.

Volet genre : une formation de formateurs à la méthodologie participative GALS (Gender Action Learning System) a été organisée. Cette approche communautaire vise à renforcer l’autonomie des femmes et des hommes, et à combattre les inégalités de genre dans les foyers comme au sein des organisations.

Volet environnemental : la coopérative a lancé un programme de formation en agroécologie, spécifiquement appliqué à la culture du manioc, à destination de ses petits producteurs.

Quelques chiffres clés à propos de Kitagata

Chiffres clés kitagata ouganda - 582 producteurs membres
Chiffres clés kitagata ouganda - 831 femmes
Chiffre clé Kitagata Ouganta - Chiffre d'Affaires 2024
Chiffres clés Kitagata Ouganda - ventes locales
Chiffres clés Kitagata Ouganda - 283 producteurs formés en 2025
Chiffre clés Kitagata Ouganda - 13 personnes formées égalité genre
Chiffre clés Kitagata Ouganda - 329 producteurs agroécologie manioc
Chiffres clés Kitagata Ouganda - 26 jardins de démonstration installés

FEFISOL II en vidéo

Aperçu vidéo fefisol ii 2025

Découvrez la nouvelle vidéo FEFISOL II, notre fonds d’investissement solidaire dédié au financement de la microfinance rurale et des petites exploitations agricoles familiales en Afrique.

Retrouvez les témoignages de plusieurs acteurs du fonds FEFISOL II qui permet le financement et l’accompagnement technique de plus de 40 coopératives agricoles et institutions de microfinance dans 17 pays africains. L’objectif est de répondre à des défis majeurs :

  • Accélérer la transition écologique
  • Soutenir des systèmes agroalimentaires durables
  • Créer des emplois décents dans les communautés rurales
  • Favoriser l’égalité de genre, par exemple en améliorant l’accès des femmes à des emplois de qualité et à des postes de direction

Fefisol II comprend des financements à fort impact dans des secteurs agricoles clés, telles que la vanille à Madagascar, ou le café au Rwanda et en Afrique de l’Est.

Depuis sa création, FEFISOL II a déjà soutenu les organisations à hauteur de plus de 41 millions d’euros et engagé plus de 468 millions d’euros en assistance technique.

Les équipes de SIDI et Alterfin remerciement l’ensemble des acteurs qui soutiennent l’initiative :  la Banque Européenne d’InvestissementBIO, ProparcoBRS – Belgian Raiffeisen Foundation, Banque Alternative Suisse, SOS Faim, Banca Etica, Groupe Caisse des Dépôts, et Crédit Coopératif.

Retour de mission : en Bolivie, améliorer l’impact social et environnemental de la microfinance

Mission Bolivie SIDI Idepro IFD- 2025

Chaque trimestre, un membre de l’équipe opérationnelle de la SIDI nous partage une mission réalisée auprès de partenaires et de leurs bénéficiaires. Cristina Alvarez, Responsable des opérations en Amérique latine, nous raconte sa mission en Bolivie auprès de l’institution de microfinance Idepro IFD (Institution Financière de Développement). Une mission centrée sur l’accompagnement, pilier stratégique de la mission de la SIDI.

Je suis partie en Bolivie en juillet 2025 à la rencontre de nos partenaires. Cette fois-ci, c’était une mission centrée sur l’accompagnement de notre partenaire Idepro IFD, importante institution de microfinance du pays qui compte plus de 45 000 emprunteurs.

C’est une situation particulière. Idepro IFD a absorbé en mai 2024, après une fusion, notre ancien partenaire, Sembrar Sartawi. Cette organisation avait la particularité de faire plutôt des prêts en milieu rural et agricole tandis qu’Idepro IFD s’enracine davantage en milieu urbain, sur des activités de commerce et de service.

La SIDI, déjà actionnaire de Sembrar Sartawi, a encouragé la fusion. Elle est restée actionnaire, ainsi que prêteuse de Idepro IFD, au même titre qu’elle l’était de Sembrar Sartawi. Notre présence, en tant qu’actionnaire institutionnel solidaire, marque une nouveauté pour l’organisation, qui avait jusque-là compté uniquement sur des entrepreneurs sociaux locaux.

Fin 2024, Idepro IFD commence à travailler sur l’élaboration d’un nouveau plan stratégique auquel la SIDI est associée en tant qu’actionnaire. L’organisation définit de nouveaux objectifs de mission, organisationnels et financiers.

Parmi ces objectifs, figure l’amélioration de la mesure de sa performance sociale et environnementale, afin de renforcer l’impact que son offre de produits et services financiers a sur ses clients, leurs familles et l’environnement. Nos échanges donnent naissance à ce projet d’accompagnement destiné à les aider à définir une stratégie de gestion des performances sociales et environnementales, et à en identifier les indicateurs de mesure.

Il faut savoir qu’à la SIDI, un de nos axes d’intervention dans l’accompagnement est de renforcer spécifiquement l’appui à nos partenaires sur ces enjeux.

Nous commençons à travailler ensemble à distance, avec ma collègue Ariane Bevierre, chargée de mission Performance sociale et environnementale (PSE). Puis nous organisons notre mission pour qu’elle coïncide avec plusieurs réunions de gouvernance organisées par Idepro IFD, notamment la réunion de leur Conseil d’administration.

Dès le lendemain de notre arrivée à La Paz, nous participons au Comité d’impact, tout récemment créé, pour présenter le projet préparé avec leurs équipes.

Pour nous, être aux instances de gouvernance et introduire ce nouveau sujet auprès de nos partenaires est toujours un accomplissement. Parfois, certains considèrent que la performance sociale et environnementale est un sujet annexe, non prioritaire.

Au contraire, lors de nos réunions de travail au Comité, puis au Conseil d’administration, où nous présentons le projet, je suis frappée par leur intérêt. Les membres interviennent avec de nombreuses questions, réflexions et même remises en question de certains points : « Comment aller plus loin que la définition des objectifs ? comment mesurer concrètement notre impact social et environnemental ? Comment l’intégrer auprès de nos clients ? » Leur implication est particulièrement motivante pour nous.

Découverte de leurs innovations technologiques

Le lendemain, leur Responsable du système d’information et de gestion nous présente tout un projet autour de la gestion de la data. Nous apprenons qu’Idepro IFD est en train de créer une énorme base de données qui va permettre à chacun des pôles de faire remonter leurs informations et d’identifier les traitements nécessaires pour leurs opérations quotidiennes.

Pour ma collègue Ariane Bevierre, c’est une excellente nouvelle. L’existence de ce projet constitue un atout essentiel pour améliorer la mesure de la performance sociale et environnementale et même d’anticiper certaines situations à risque. Par exemple faire apparaitre la fragilité d’une culture au changement climatique et proposer à ses clients une formation à l’agroécologie pour qu’ils puissent diversifier leurs cultures ou optimiser leurs ressources en eau.

La visite des clients qui bénéficient de prêts d’Idepro IFD 

Les jours suivants, nous partons pour El Alto, une ville perchée à 4149 mètres d’altitude ! Elle est très impressionnante avec ses rues et ses maisons à perte de vue. Nous rencontrons plusieurs clients d’Idepro IFD et découvrons une autre facette de son avancée technologique. Parmi eux, une jeune femme qui travaille dans le textile. C’est grâce à l’application d’épargne développée par l’institution qu’elle a pu commencer à épargner. En Bolivie, la plupart des jeunes ont un téléphone portable, mais peu ont accès à des services bancaires. Pouvoir épargner chaque mois avec son téléphone s’est avéré très pratique pour elle, et elle a pu développer une nouvelle activité grâce à cet argent. Idepro IFD parvient ainsi à toucher un public jeune, très largement dans l’économie informelle.

En se rendant sur le terrain, on voit clairement l’impact social sur les bénéficiaires des prêts avec une amélioration des conditions de vie et aussi la possibilité d’épargner, et pas seulement d’emprunter.

Mais on ne peut pas toujours être sur le terrain. C’est pourquoi, accompagner un partenaire dans la mise en place d’un suivi de sa performance sociale et environnementale, donne une nouvelle dimension à son impact : le mesurer, le qualifier et l’appréhender à grande échelle grâce à une analyse structurée de ses données.

De retour en France, ma collègue Ariane et moi échangeons sur le déroulement de la mission. Satisfaites du travail auprès de la gouvernance, nous repartons motivées pour améliorer encore le projet grâce aux contributions du partenaire. Et on se projette aussi avec les partenaires qui pourront bénéficier de notre retour d’expérience.

Propos recueillis par Anne-Isabelle Barthélémy

 

Pour aller plus loin, rendez-vous sur la page “Tout comprendre à la mesure de la performance sociale et environnementale

Au Kenya, notre partenaire Yehu Impact Limited récompensé par l’agence internationale MicroFinanza Rating

Yehu, kenya, octobre 2025 ©philippe lissac/godong pour sidi

Au Kenya, Yehu Impact Limited, partenaire de Soluti, filiale de la SIDI pour l’Afrique de l’Est, a récemment obtenu la certification de son engagement en matière de protection des clients vulnérables.

Quel rôle jouent les agences de notations internationales ?

Depuis la fin des années 2000, des agences de notation se sont développées, sur le modèle de leur alter ego de la finance classique, afin d’assurer des pratiques de gestion raisonnées de la part des institutions de microfinance. En effet, dans un contexte de besoins massifs de services financiers par les petits entrepreneurs du secteur informel, certains acteurs ont pu y voir un marché immense et donc des potentiels de profits plus que d’impact… en témoignent les scandales récurrents dans certains pays dont les médias se sont fait l’écho.

Aussi, ces agences, dont MicroFinanza Rating, leader et pionnier basé à Milan, jouent un rôle important puisqu’elles analysent en détail les données et les pratiques des institutions de microfinance permettant d’aboutir à une notation indépendante. Et plus important encore, elles contribuent à faire circuler les bonnes pratiques dans le secteur, jusqu’à permettre l’élaboration de standards reconnus au niveau international. Ces standards sont ensuite fixés par une ONG regroupant les acteurs, la Social Performance Task Force.

Protection des clients : de quoi parle-t-on exactement ?

Un des enjeux majeurs de ces bonnes pratiques consiste à protéger les clients. Les populations vulnérables, souvent peu éduquées en matière financière, peuvent facilement tomber dans des spirales de sur-endettement, voire être la cible d’escroquerie. Ces standards vont donc s’assurer que l’institution de microfinance prendra toutes les mesures en son pouvoir pour éviter qu’un bénéficiaire se surendette.

De même, les institutions de microfinance doivent s’assurer que les clients puissent comprendre parfaitement les conditions des prêts (taux et diverses commissions, procédures en cas d’arriérés, etc.) qu’ils vont contracter. Les institutions de microfinance proposent par exemple des contrats en langues locales, avec des explications à l’oral et pas seulement par écrit. Cet ensemble de bonnes pratiques est réuni dans un standard reconnu et appelé “Client Protection Pathway”.

Au Kenya, Yehu Microfinance récompensée pour ses efforts en faveur des populations les plus marginalisées

Le Kenya constitue la première économie d’Afrique de l’Est. Il s’agit d’un leader en matière d’innovations technologiques pour permettre l’inclusion financière des populations marginalisées avec l’invention du “Mobile Banking”, c’est à dire la possibilité de payer ou d’épargner avec un simple téléphone portable, et ce bien avant l’arrivée des smartphones. Aussi, la microfinance s’y est développée de façon très dynamique depuis plus de 20 ans mais sans réel cadre réglementaire.

En obtenant le niveau argent de la « Certification Protection Client », Yehu Impact Limited démontre qu’elle a satisfait et dépassé un ensemble de critères rigoureux sur la qualité et l’éthique de ses pratiques pour protéger ses clients. Cette reconnaissance vient ainsi renforcer la crédibilité de Yehu Impact Limited en matière d’impact social : l’argent investi sert le développement et l’autonomie des communautés vulnérables, leur insertion économique.

Qui est Yehu Microfinance ?

Yehu Impact Limited est une institution de microfinance fondée en 1998 au Kenya, par Choice Humanitarian, une ONG internationale. Elle a débuté ses activités en organisant des groupes de femmes et en facilitant leur accès à l’épargne. Aujourd’hui, Yehu Impact Limited touche plus de 70 000 bénéfiaires, principalement des femmes en milieu rural, dans le but d’autonomiser leurs communautés grâce à des microcrédits abordables, durables et socialement responsables.

Yehu Impact Limited déploie des activités d’éducation financière auprès des populations les plus vulnérables à travers une série de formations sur la gestion financière. L’institution de microfinance soutient ainsi la création d’activités génératrices de revenus dans l’agriculture, les énergies vertes, la micro-assurance, etc.

La SIDI est particulièrement fière de l’engagement des équipes de Yehu Impact Limited en faveur d’une finance inclusive. Cette certification en matière de protection clients participe à la reconnaissance des efforts de cette institution de microfinance en faveur de l’autonomisation des communautés les plus marginalisées en milieu rural au Kenya.

5 bonnes raisons de devenir actionnaire solidaire de la SIDI

Burundi, IMF Ishaka 2025 ©philippe lissac/godong pour SIDI

Et si votre argent contribuait directement à bâtir une économie plus juste et plus durable ?

Être actionnaire solidaire, c’est participer, au capital d’une entreprise de l’économie sociale et solidaire en achetant des actions[1].

À l’occasion de la Semaine de la finance solidaire, découvrez 5 bonnes raisons de devenir actionnaire solidaire de la SIDI et de donner du sens à votre épargne.

 

  1. Soutenir des projets à fort impact social et environnemental

Être actionnaire solidaire, c’est vouloir que son argent ait avant tout une utilité sociale et environnementale.

À la SIDI, votre épargne finance des initiatives qui favorisent la transition écologique, économique et sociale dans les pays du Sud : agriculture familiale et durable, entrepreneuriat local, accès aux services financiers.

En 2024, le capital apporté par les plus de 2 000 actionnaires solidaires de la SIDI représentait 35,2 millions d’euros, investis dans des projets là où les besoins sont les plus forts, mais où les investisseurs interviennent peu ou pas.

Plus de 10 millions de personnes ont bénéficié in fine du soutien de la SIDI à travers ses 127 partenaires dans 33 pays.

  1. Donner aux populations les moyens de vivre dignement

Devenir actionnaire solidaire, c’est offrir à des femmes et des hommes les moyens de développer leurs activités économiques, d’assurer un revenu stable et de faire vivre leurs communautés.

Votre épargne renforce des coopératives de producteurs, des institutions de microfinance et des petites entreprises ancrées dans des zones rurales souvent jugées trop risquées par les financeurs classiques.

En soutenant ces acteurs essentiels, vous contribuez directement à lutter contre la pauvreté et les inégalités économiques, et à bâtir une économie locale plus juste et durable.

  1. Bénéficier d’une épargne disponible à tout moment

Depuis notre création il y a plus de 40 ans, la SIDI a montré la pertinence de son action et la stabilité de son modèle économique. Les actionnaires ont continuellement décidé de réinvestir l’intégralité du résultat de l’année au profit de l’activité sur le terrain afin d’en maximiser l’impact.

En contrepartie, les actionnaires solidaires peuvent demander, à tout moment, le rachat de leur action à sa valeur initiale (152€), sans frais.

  1. Agir, concrètement

Les crises économiques, climatiques, sociales et géopolitiques dans le monde, nous donnent trop souvent l’impression d’être des spectateurs impuissants.

Elles montrent à quel point notre monde est devenu interdépendant : ce qui se passe au Nord a un impact au Sud et vice-versa. Pourtant les espaces de coopération internationale et de solidarité ne cessent de se réduire. Il est vital de continuer à financer celles et ceux qui se battent pour construire une économie au service de l’humain et respectueuse des équilibres vitaux de la planète.

Être actionnaire solidaire, c’est reprendre le contrôle sur votre argent et participer activement au monde que vous avez envie de voir advenir.

  1. Prouver qu’une autre finance est possible

La SIDI incarne un modèle économique plus humain à travers une finance basée sur la transparence, qui accompagne ses partenaires sur le long terme et avec patience. Même en cas de crise, nous restons à leurs côtés. Nous leur apportons un soutien financier mais également un accompagnement sur-mesure pour renforcer leurs activités de manière pérenne.

Votre argent contribue ainsi à une structuration durable du tissu économique local.

 

Et maintenant ?

Devenir actionnaire solidaire est une démarche simple et accessible, en quelques clics sur notre site internet ou par courrier ou téléphone pour celles et ceux qui le préfèrent.

Vous aussi, donnez du sens à votre épargne et rejoignez une communauté d’actionnaires engagés portée par la SIDI.

👉 Découvrez comment devenir actionnaire solidaire sur la page dédiée

Contact : c.vidal[at]sidi.fr / 01 40 46 70 00

 

[1] Être actionnaire solidaire peut aussi se faire sous forme de parts sociales, ou de titres participatifs selon les formes juridiques des organisations

Voyage SIDI en Tunisie, des solutions locales face aux défis globaux

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Plongée au cœur des initiatives qui transforment les défis économiques et sociaux du pays en opportunités concrètes.

Début novembre, un groupe d’épargnants et actionnaires solidaires de la SIDI s’est rendu en Tunisie pour découvrir de quelles façons leurs investissements prennent vie sur le terrain. Ce voyage leur a permis de rencontrer les partenaires locaux de la SIDI et de découvrir les projets soutenus, incarnant ainsi la chaine de solidarité financière qui unit épargnants ici, et micro-entrepreneurs ou petits producteurs là-bas.

La Tunisie fait face à des crises multiples : transition démocratique à l’arrêt, services publics dégradés, inflation galopante, chômage très élevé en particulier chez les jeunes, émigration d’ampleur vers l’Europe et le Canada, immigration illégale en provenance d’Afrique sub-saharienne etc. A ces défis politiques, économiques et sociaux, s’ajoute la question environnementale et en particulier la crise hydrique exacerbée par les sécheresses récurrentes. Dans ce contexte, les partenaires de la SIDI, qu’ils se situent dans les filières agricoles durables tels que Beni Ghreb et South Organic, ou dans le secteur de la microfinance comme Enda Tamweel, jouent un rôle crucial pour soutenir les communautés vulnérables dans leur développement économique et l’amélioration de leurs conditions de vie.

Enda Tamweel : la microfinance au service de l’émancipation

Enda Tamweel est devenue la première Institution de Microfinance (IMF) du pays : 472 000 clients pour un pays de 11 millions d’habitants. La SIDI en est partenaire depuis sa création en 2015, date à laquelle elle est entrée au capital de l’IMF. Enda Tamweel propose des petits prêts destinés à soutenir les micro-entrepreneurs et petits agriculteurs dans leurs activités économiques. Elle cible en priorité le secteur informel (59% de ses clients vivent en dessous du seuil de pauvreté), les femmes et les jeunes, et le secteur rural avec un soutien stratégique à l’agriculture. L’IMF est ainsi aujourd’hui le premier financeur de la petite agriculture tunisienne.

Lors de nos visites, nous avons pu échanger avec des bénéficiaires dont les parcours inspirants illustrent l’impact de cette organisation. Dans un quartier populaire de Tunis, nous avons rencontré Amina, commerçante et cliente d’Enda depuis des années. Amina en est à son 12e cycle de prêt avec Enda, ce qui lui a permis d’agrandir son activité, avoir un stock suffisant, et dès lors scolariser ses enfants et sécuriser son avenir. Dans un autre quartier, un atelier de couture soutenu par Enda depuis plus de 20 ans emploie aujourd’hui sept femmes, démontrant que la microfinance peut être un levier de développement durable à long terme. À Kairouan au centre du pays, un autre bénéficiaire nous a impressionnés par son petit élevage de vaches laitières. Ce projet, démarré avec l’achat d’une seule vache grâce à un microcrédit, a progressivement évolué pour compter sept vaches et une étable équipée. Avec l’appui continu de son conseiller spécialisé, il répond désormais aux normes strictes de la laiterie locale, qui collecte son lait.

De l’éleveur ayant débuté avec une vache à l’artisane qui confectionne des robes de soirée et emploie désormais sept couturières, ces initiatives témoignent de l’impact durable de la microfinance. Ce soutien va bien au-delà du financier. En effet, Enda propose à tous ses clients des formations gratuites et un accompagnement de proximité, garantissant d’une part une relation de confiance très forte entre agent de crédit et bénéficiaire, et d’autre part la pérennité des projets et une véritable inclusion sociale. Ces initiatives transforment non seulement des vies individuelles mais aussi des communautés entières.

South Organic et Beni Ghreb : l’innovation face à la crise de l’eau

Dans le sud de la Tunisie, la gestion de l’eau est un défi quotidien pour les agriculteurs et notamment les producteurs de dattes. Direction l’oasis d’Hazoua, à la frontière algérienne, où une famille de producteurs a créé et gère une petite entreprise de commercialisation et exportation de dattes Beni Ghreb. L’entreprise est adossée au Groupement pour le Développement de l’Agriculture en Biodynamie qui regroupe une centaine de producteurs de l’oasis. Les dattes produites sont de la variété Deglet Nour dont la qualité est excellente. Assister à la récolte des dattes sur la parcelle d’un des producteurs est un moment magique. Nous avons pu voir le système d’irrigation mis en place, par aspersion, qui permet d’économiser 70% de la consommation d’eau, et qui permet de faire pousser d’autres cultures entre les dattiers, notamment des arbustes fruitiers. Puis nous avons visité l’unité de conditionnement qui emploie une centaine de jeunes femmes du village. Beni Ghreb lutte pour maintenir son autonomie dans un contexte économique très fragile. L’émotion était palpable lorsque le fondateur a rappelé que, grâce à l’appui financier de la SIDI, et donc de ses actionnaires, la communauté avait surmonté des crises majeures comme la sécheresse, les infestations d’insectes, et surtout la crise du Covid qui avait stoppé les exportations. « Ce projet c’est la vie pour Hazoua ! » a-t-il insisté.

South Organic, autre PME de conditionnement et exportation de dattes partenaire de la SIDI, située à Kebili à une centaine de kilomètres plus à l’Est, s’attaque également à la problématique de l’eau avec des solutions innovantes. South Organic travaille avec 200 producteurs certifiés en bio, et emploie un peu plus de 500 salariés, majoritairement des femmes. Accompagnés par le directeur, la responsable du contrôle qualité, nous avons visité leur verger pilote Al Wahaat où l’ingénieure hydraulique en charge du projet nous a expliqué le système d’irrigation mis en place. Ce dispositif réduit drastiquement le gaspillage d’eau en ciblant les besoins exacts des cultures, en stockant l’eau, et en alternant les techniques d’irrigation selon les périodes de l’année. Avec cette gestion optimale de l’eau, les étages de culture sous les dattiers (légumineuses, arboriculture etc.) sont rétablis et peuvent assurer aux producteurs des revenus complémentaires tout en favorisant la biodiversité locale. Le verger pilote est ouvert à tous les agriculteurs de la région ; ils sont invités à visiter la parcelle et à s’approprier ces nouvelles techniques, amplifiant ainsi son impact à l’échelle locale.

Un message universel

Chaque étape de ce voyage a illustré la force d’une solidarité internationale concrète et efficace. Les projets rencontrés, qu’ils concernent la microfinance ou l’agriculture durable, incarnent les valeurs que défend la SIDI : persévérance, solidarité et respect de l’humain. Pour les participants, ce séjour a non seulement permis de voir l’impact de leurs investissements, mais aussi de nourrir leur engagement en faveur d’un développement plus juste et durable.