Retour de mission : en Bolivie, améliorer l’impact social et environnemental de la microfinance

Mission Bolivie SIDI Idepro IFD- 2025

Chaque trimestre, un membre de l’équipe opérationnelle de la SIDI nous partage une mission réalisée auprès de partenaires et de leurs bénéficiaires. Cristina Alvarez, Responsable des opérations en Amérique latine, nous raconte sa mission en Bolivie auprès de l’institution de microfinance Idepro IFD (Institution Financière de Développement). Une mission centrée sur l’accompagnement, pilier stratégique de la mission de la SIDI.

Je suis partie en Bolivie en juillet 2025 à la rencontre de nos partenaires. Cette fois-ci, c’était une mission centrée sur l’accompagnement de notre partenaire Idepro IFD, importante institution de microfinance du pays qui compte plus de 45 000 emprunteurs.

C’est une situation particulière. Idepro IFD a absorbé en mai 2024, après une fusion, notre ancien partenaire, Sembrar Sartawi. Cette organisation avait la particularité de faire plutôt des prêts en milieu rural et agricole tandis qu’Idepro IFD s’enracine davantage en milieu urbain, sur des activités de commerce et de service.

La SIDI, déjà actionnaire de Sembrar Sartawi, a encouragé la fusion. Elle est restée actionnaire, ainsi que prêteuse de Idepro IFD, au même titre qu’elle l’était de Sembrar Sartawi. Notre présence, en tant qu’actionnaire institutionnel solidaire, marque une nouveauté pour l’organisation, qui avait jusque-là compté uniquement sur des entrepreneurs sociaux locaux.

Fin 2024, Idepro IFD commence à travailler sur l’élaboration d’un nouveau plan stratégique auquel la SIDI est associée en tant qu’actionnaire. L’organisation définit de nouveaux objectifs de mission, organisationnels et financiers.

Parmi ces objectifs, figure l’amélioration de la mesure de sa performance sociale et environnementale, afin de renforcer l’impact que son offre de produits et services financiers a sur ses clients, leurs familles et l’environnement. Nos échanges donnent naissance à ce projet d’accompagnement destiné à les aider à définir une stratégie de gestion des performances sociales et environnementales, et à en identifier les indicateurs de mesure.

Il faut savoir qu’à la SIDI, un de nos axes d’intervention dans l’accompagnement est de renforcer spécifiquement l’appui à nos partenaires sur ces enjeux.

Nous commençons à travailler ensemble à distance, avec ma collègue Ariane Bevierre, chargée de mission Performance sociale et environnementale (PSE). Puis nous organisons notre mission pour qu’elle coïncide avec plusieurs réunions de gouvernance organisées par Idepro IFD, notamment la réunion de leur Conseil d’administration.

Dès le lendemain de notre arrivée à La Paz, nous participons au Comité d’impact, tout récemment créé, pour présenter le projet préparé avec leurs équipes.

Pour nous, être aux instances de gouvernance et introduire ce nouveau sujet auprès de nos partenaires est toujours un accomplissement. Parfois, certains considèrent que la performance sociale et environnementale est un sujet annexe, non prioritaire.

Au contraire, lors de nos réunions de travail au Comité, puis au Conseil d’administration, où nous présentons le projet, je suis frappée par leur intérêt. Les membres interviennent avec de nombreuses questions, réflexions et même remises en question de certains points : « Comment aller plus loin que la définition des objectifs ? comment mesurer concrètement notre impact social et environnemental ? Comment l’intégrer auprès de nos clients ? » Leur implication est particulièrement motivante pour nous.

Découverte de leurs innovations technologiques

Le lendemain, leur Responsable du système d’information et de gestion nous présente tout un projet autour de la gestion de la data. Nous apprenons qu’Idepro IFD est en train de créer une énorme base de données qui va permettre à chacun des pôles de faire remonter leurs informations et d’identifier les traitements nécessaires pour leurs opérations quotidiennes.

Pour ma collègue Ariane Bevierre, c’est une excellente nouvelle. L’existence de ce projet constitue un atout essentiel pour améliorer la mesure de la performance sociale et environnementale et même d’anticiper certaines situations à risque. Par exemple faire apparaitre la fragilité d’une culture au changement climatique et proposer à ses clients une formation à l’agroécologie pour qu’ils puissent diversifier leurs cultures ou optimiser leurs ressources en eau.

La visite des clients qui bénéficient de prêts d’Idepro IFD 

Les jours suivants, nous partons pour El Alto, une ville perchée à 4149 mètres d’altitude ! Elle est très impressionnante avec ses rues et ses maisons à perte de vue. Nous rencontrons plusieurs clients d’Idepro IFD et découvrons une autre facette de son avancée technologique. Parmi eux, une jeune femme qui travaille dans le textile. C’est grâce à l’application d’épargne développée par l’institution qu’elle a pu commencer à épargner. En Bolivie, la plupart des jeunes ont un téléphone portable, mais peu ont accès à des services bancaires. Pouvoir épargner chaque mois avec son téléphone s’est avéré très pratique pour elle, et elle a pu développer une nouvelle activité grâce à cet argent. Idepro IFD parvient ainsi à toucher un public jeune, très largement dans l’économie informelle.

En se rendant sur le terrain, on voit clairement l’impact social sur les bénéficiaires des prêts avec une amélioration des conditions de vie et aussi la possibilité d’épargner, et pas seulement d’emprunter.

Mais on ne peut pas toujours être sur le terrain. C’est pourquoi, accompagner un partenaire dans la mise en place d’un suivi de sa performance sociale et environnementale, donne une nouvelle dimension à son impact : le mesurer, le qualifier et l’appréhender à grande échelle grâce à une analyse structurée de ses données.

De retour en France, ma collègue Ariane et moi échangeons sur le déroulement de la mission. Satisfaites du travail auprès de la gouvernance, nous repartons motivées pour améliorer encore le projet grâce aux contributions du partenaire. Et on se projette aussi avec les partenaires qui pourront bénéficier de notre retour d’expérience.

Propos recueillis par Anne-Isabelle Barthélémy

 

Pour aller plus loin, rendez-vous sur la page “Tout comprendre à la mesure de la performance sociale et environnementale

SICSA, un acteur clé de la finance inclusive en Amérique Centrale

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Depuis 2015, la SIDI soutient SICSA, un acteur engagé aux côtés des institutions de microfinance en Amérique Centrale

SICSA est une institution de refinancement en microfinance enregistrée au Panama mais dont les bureaux sont basés au Honduras. Créée en 2006 à l’initiative du réseau centroaméricain de microfinance REDCAMIF, elle joue un rôle clé dans le soutien du secteur de la microfinance en Amérique Centrale. Cette région, marquée par de fortes inégalités et une instabilité politique chronique, reste très vulnérable au monde face aux chocs économiques et climatiques. Le rôle de la microfinance y est essentiel pour permettre aux populations exclues des circuits bancaires classiques de développer une activité et de renforcer leur résilience. 

Aujourd’hui active dans six pays, SICSA propose une gamme diversifiée de produits et services financiers à une trentaine de petites institutions de microfinance (IMF) de la région. Sa valeur ajoutée réside notamment dans sa capacité à servir d’intermédiaire pour ces IMF, qui ne sont généralement pas d’une taille suffisante pour attirer des fonds d’investisseurs internationaux. 

En soutenant financièrement ces IMF, SICSA touche les populations les plus vulnérables, contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté à travers le levier de l’inclusion financière. Son action se concentre en particulier sur les femmes, les jeunes et les communautés rurales. L’objectif est d’encourager leur autonomisation le long-terme en finançant des activités génératrices de revenus comme le commerce et l’agriculture. 

SICSA attache une importance particulière à la qualité de son offre et à la satisfaction des IMF partenaires, évaluée régulièrement via des enquêtes. Elle s’assure également que ces institutions partagent ses valeurs et ambitions sociales. Signataire de la Déclaration Conjointe sur la protection des clients, elle promeut activement les meilleures pratiques en la matière. En parallèle, SICSA intègre une dimension environnementale dans sa mission en accompagnant ses clients dans le développement de produits financiers verts.  

Un partenariat stratégique et durable 

Le partenariat entre SICSA et la SIDI a débuté en 2015 et s’est renforcé au fil des ans grâce à la stabilité et à l’engagement social de SICSA. En 2019, la SIDI est entrée au capital de l’institution, marquant ainsi une volonté d’inscrire cette collaboration dans la durée. Depuis, un consultant SIDI siège au conseil d’administration de SICSA et participe aux décisions stratégiques, notamment sur les enjeux sociaux et environnementaux. 

En 2022, sous l’impulsion de la SIDI, le comité de direction de SICSA a bénéficié d’une session de sensibilisation à la performance sociale et environnementale. Cet atelier a mis en lumière les bonnes pratiques déjà existantes au sein de l’institution et a souligné la nécessité de les formaliser pour mieux valoriser leur impact. 

À la suite de la planification stratégique de SICSA en 2023, la SIDI a proposé un accompagnement dédié pour structurer et mettre en avant l’engagement social et environnemental de l’organisation. Pendant un an, le pôle PSE de la SIDI a collaboré avec l’équipe de SICSA afin d’établir un cadre formel comprenant des objectifs sociaux et des indicateurs de suivi. L’ensemble de l’équipe de SICSA a été impliquée dans ce projet, qui a généré des échanges enrichissants sur la mission, les pratiques et les ambitions futures de l’organisation. 

Une fois les objectifs et indicateurs définis, un travail approfondi a été mené sur les outils de collecte et de consolidation des données pour assurer un suivi efficace de la performance sociale et environnementale sur le long terme. Après un premier test de ces nouveaux outils, et une collecte des données menée avec succès par l’équipe de Sicsa, le pôle PSE a continué son accompagnement en soutenant l’organisation dans l’élaboration de leur premier bilan social. 

Un engagement renforcé pour l’avenir 

Cette dynamique a débouché sur  un résultat concret : un premier bilan social qui illustre clairement le positionnement et l’impact social de SICSA en Amérique Centrale. Plus qu’un simple exercice de formalisation, ce travail a permis d’ancrer son engagement social et environnemental comme un axe stratégique central de son activité. 

Nous sommes fiers de soutenir SICSA dans cette démarche et convaincus que cet effort de structuration contribuera à renforcer son impact sur le terrain. Un grand merci à toute l’équipe de SICSA pour son engagement et sa vision, nous avons hâte de poursuivre cette belle collaboration ! 

Vahatra, un nouvel élan pour l’inclusion financière à Madagascar

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Etape cruciale dans notre partenariat stratégique initié en 2015 pour lutter contre la pauvreté rurale

Depuis cinq ans, la SIDI accompagne l’institution de microfinance (IMF) VahatraRacines en malgache – dans sa transformation institutionnelle. Cette année marque une étape décisive : son passage d’une ONG de microcrédit à une société anonyme (SA) réglementée par la commission bancaire de Madagascar. Ce changement, fruit de plusieurs années de préparation, permet à Vahatra de consolider son modèle et de renforcer ses capacités pour mieux servir ses 20 000 clients. Ces bénéficiaires, majoritairement issus des zones rurales entre Tananarive, Antsirabé et Ampefy, vivent souvent sous le seuil d’extrême pauvreté, dans un pays où 80 % de la population subsiste avec moins de 1,90 USD par jour et où la vulnérabilité face au changement climatique est une des plus fortes au monde.

Pour marquer cette transition, Joan Penche, responsable Afrique de l’Est et Australe de la SIDI, et Gabrielle Orliange, chargée de partenariats pour Madagascar, ont effectué une mission sur place. Ils ont échangé avec les équipes de Vahatra, visité ses agences rurales et rencontré une dizaine de clients pour mieux comprendre leur réalité et les services fournis par l’institution.

L’institutionnalisation : un levier pour l’impact social et financier

L’institutionnalisation de Vahatra représente bien plus qu’un changement administratif. Ce processus a impliqué une transformation complète : mise à jour des systèmes d’information, refonte des processus, préparation d’un dossier d’agrément auprès de la commission bancaire, mise en place d’une nouvelle gouvernance. La SIDI a accompagné cette évolution en apportant un soutien technique d’une part pour le processus légal d’obtention de l’agrément ainsi que la migration vers un nouveau système d’information, et stratégique d’autre part , notamment par la participation active de la chargée de partenariats au comité de pilotage de cette transition.

Pour pérenniser ce partenariat, la SIDI devient actionnaire de la société nouvellement créée, à hauteur de 23% (130 000 EUR) et obtient ainsi deux postes d’administrateur. Elle continue également à soutenir Vahatra via une garantie permettant à l’institution de contracter un prêt auprès d’une banque locale. Ce double engagement reflète l’importance stratégique de cette institution pour le développement rural malgache.

Une vision holistique au service des populations vulnérables

Si la SIDI met autant de moyens au service de la transformation de Vahatra, c’est bien parce que le partenariat avec cette petite IMF revêt un sens particulier.  Vahatra se distingue en effet par une approche intégrée qui combine services financiers et accompagnement technique et social sur mesure à ses clients, qu’elle appelle ses partenaires. Possédant une grande expérience dans le financement de l’agriculture, elle a su développer une méthodologie de prêt adaptée aux besoins des producteurs et éleveurs qu’elle finance. En parallèle des services financiers, Vahatra offre des services techniques et des formations : par exemple pour les éleveurs de porcs financés (filière représentant 35% du portefeuille de l’IMF), Vahatra propose systématiquement une assistance technique sur les mesures permettant de limiter les risques de fièvre porcine. De plus, Vahatra a également mis en place un système de mutuelle de santé obligatoire pour l’ensemble de ses clients partenaires. Ce service a été développé suite au double constat qu’en cas d’accident, les frais médicaux engendrés représentaient souvent des montants trop importants pour les foyers ciblés par Vahatra : cela les menait à devoir faire un choix entre se soigner ou rembourser leur crédit. La mutuelle couvre l’ensemble du foyer du bénéficiaire pendant la durée du crédit. Enfin, forte de sa vision développementale, Vahatra propose également des services sociaux et environnementaux additionnels, notamment des sessions de sensibilisation à la santé infantile et maternelle ; de coaching à l’obtention de papiers d’identité ; et de fourniture de plants issus de pépinières gérées par l’IMF. Ces actions renforcent la résilience des communautés tout en promouvant des pratiques durables.

Des outils innovants pour mesurer l’impact et limiter les risques

L’innovation sociale est au cœur de l’approche de Vahatra. L’institution se distingue ainsi également par les outils d’analyse qu’elle utilise pour évaluer et suivre ses clients bénéficiaires. A l’heure où le secteur de la microfinance dédie un intérêt grandissant à la mesure de l’impact et des résultats (« outcome measurement »), Vahatra est déjà en avance sur la thématique. Depuis plusieurs années, elle utilise la « photo de famille », une grille d’analyse qui permet de mesurer la pauvreté multidimensionnelle de ses bénéficiaires à travers des critères tels que le logement, la nutrition ou l’accès à l’eau. Cet outil évalue également l’évolution des conditions de vie des clients sur plusieurs cycles de crédit.

En parallèle, l’IMF a développé des grilles d’analyse spécifiques pour chaque filière agricole qu’elle finance (porcine, riz, pommes de terre). Ces outils permettent aux agents de crédit d’identifier les risques propres à chaque exploitation et de proposer des solutions adaptées. Par exemple, pour les éleveurs de porcs, la grille évalue des éléments tels que la qualité de l’alimentation, des abris et l’accès aux soins vétérinaires.

Un modèle pour l’avenir

Face aux défis réglementaires et opérationnels, l’institutionnalisation de Vahatra marque un tournant stratégique. En séparant les activités de microfinance des volets sociaux et de santé, la nouvelle société anonyme gagne en efficacité tout en conservant sa mission sociale forte désormais portée par l’ONG.

Le partenariat entre la SIDI et Vahatra témoigne de l’impact que la finance solidaire peut avoir sur des communautés vulnérables. En alliant expertise technique et engagement humain, ce projet démontre qu’il est possible de concilier viabilité économique et impact social durable. Grâce à cette transformation, Vahatra est mieux armée pour répondre aux défis complexes de la pauvreté et du changement climatique, contribuant ainsi à bâtir un avenir plus prometteur pour les populations rurales de Madagascar.