Maintenir le cap malgré le conflit : le témoignage d’Al Majmoua à l’Assemblée Générale de la SIDI

Al majmoua ag sidi 2026

Comment une institution de microfinance peut-elle poursuivre ses activités lorsque son environnement économique s’effondre et que le pays est en guerre ? À l’occasion de l’Assemblée générale de la SIDI en juin, le Directeur général d’Al Majmoua, Youssef Fawaz, accompagné de Mira Meinmneh, Directrice Administrative et Financière, est revenu sur le parcours de son organisation dans le contexte de crise profonde que traverse le Liban depuis 2019.

Son témoignage met en lumière les conditions très concrètes de la continuité d’une institution financière dans un pays confronté à une crise économique dramatique, à la pandémie de Covid-19 puis à un conflit armé récurrent. Il illustre également les choix nécessaires pour maintenir la mission au service des populations.

Al Majmoua : une institution au service des vulnérables

Créée en 1994 par l’ONG Save the Children, Al Majmoua s’est progressivement spécialisée dans la microfinance, en combinant services financiers et accompagnement non financier.

Comme le souligne son directeur général Youssef Fawaz : « Offrir des services financiers n’est pas nécessairement le seul outil pour permettre aux petits entrepreneurs de développer leur activité et d’augmenter leurs revenus. » L’accompagnement des entrepreneurs et entrepreneuses constitue un levier complémentaire et essentiel. Cette mission est parfaitement alignée avec celle de la SIDI qui mise également sur une forme d’intervention spécifique dans le milieu de la finance à impact social : un appui financier grâce auquel les partenaires peuvent se développer, et le déploiement d’un accompagnement leur permettant de construire leur autonomie institutionnelle et financière.

Al Majmoua est devenue l’une des principales institutions de microfinance au Liban. Son action se concentre en particulier sur les zones rurales et sur les publics les plus vulnérables, notamment les femmes et les jeunes, qui représentent la majorité de sa clientèle.

L’institution accompagne également des populations étrangères présentes au Liban depuis parfois des décennies : Tous ont en commun d’être engagés dans des activités économiques de petite échelle. Son mandat est clair : accompagner toute personne « ayant besoin de créer une activité économique, quelle qu’elle soit ».

Une histoire de survie face à la « la descente aux enfers »

Depuis 2019, le Liban traverse une crise économique et financière majeure, à laquelle se sont ajoutés la pandémie de Covid-19 puis la guerre ouverte avec Israël à partir de 2024. Dans ce contexte, plusieurs institutions de microfinance ont dû cesser leurs activités.

Al Majmoua a été fortement touchée. Son portefeuille de crédits est passé, en 4 ans, de 45 à 3 millions de dollars. Ses effectifs ont été réduits de plus de moitié. Malgré ces immenses difficultés, Al Majmoua est parvenue à s’adapter et à maintenir en partie ses activités. Youssef Fawaz a qualifié ce parcours de « descente aux enfers » : « c’est une histoire difficile, mais aussi une histoire de survie, de persévérance, et enfin de continuité ».

« Nos atouts internes n’étaient pas suffisants »

La résilience de l’institution a été facilité par des facteurs internes et externes. La continuité de l’activité repose d’abord sur des facteurs internes : capacité d’adaptation de l’équipe, connaissance fine du terrain, relation de proximité et de confiance avec les clients.

Elle repose aussi sur des choix humains forts, une loyauté sans faille des équipes dont une partie a accepté de rester en poste malgré des réductions de salaire très importantes, permettant à l’institution de maintenir un socle minimal d’activité.

Mais ces éléments internes n’auraient pas suffi à eux seuls. « Les atouts internes étaient importants, mais clairement pas suffisants » souligne le Directeur Général. La situation financière d’Al Majmoua s’est rapidement tendue, avec une dette significative et des liquidités inaccessibles. Dans ce contexte, la question de la restructuration est devenue centrale.

La SIDI a été le premier investisseur à envisager un effacement partiel de dette, considérant que la situation exceptionnelle du pays et la très forte mission sociale d’Al Majmoua justifiaient une approche adaptée. Cette position a ensuite contribué à ouvrir la voie à une restructuration plus large impliquant tous les autres investisseurs.

Le projet Tariq Akhdar : maintenir une capacité d’action sur le terrain

Au plus fort de la crise, une autre question se posait : comment continuer à accompagner les clients lorsque l’activité de crédit est fortement réduite ?

C’est dans cette optique qu’est né le projet Tarik Akhdar, porté par la SIDI et coordonné par l’ADIE. Le programme a été cofinancé par l’AFD et la Fondation ACTES, et mené en collaboration avec un autre partenaire de la SIDI, Fair Trade Lebanon. Le projet vise à soutenir les petits agriculteurs dans leur transition agroécologique. Il combine plusieurs dimensions : des formations techniques, un accès au financement via une ligne de microcrédit développée avec Al Majmoua, ainsi que du soutien à la commercialisation des produits.

Pour Youssef Fawaz, le projet a permis de maintenir une dynamique d’accompagnement à un moment où de nombreux entrepreneurs et producteurs faisaient face à un manque de ressources, de débouchés et de perspectives. Une manière de continuer à agir malgré un contexte particulièrement dégradé.

Continuer à faire exister la microfinance pour les populations

Cette renaissance est encore fragile dans le contexte de la guerre. Néanmoins, malgré la fermeture de deux de ses bureaux en raison du conflit, Al Majmoua a pu maintenir une partie de son réseau et poursuivre ses activités dans d’autres régions du pays. L’institution observe aujourd’hui une nette amélioration de la qualité de son portefeuille et une reprise graduelle de son activité de crédit en direction des petits producteurs agricoles et des micro-entrepreneurs.

Interrogé sur les perspectives, Youssef Fawaz insiste sur la nécessité de maintenir les institutions en fonctionnement, même dans des contextes très dégradés. Après plus de vingt ans d’existence, Al Majmoua a développé une capacité d’adaptation qui lui permet d’envisager des cycles de crise longs. Tôt ou tard, la crise et la guerre prendront fin. La pérennité d’institutions financières telles qu’Al Majmoua est cruciale pour les Libanais, qui n’ont pas accès aux banques depuis 2018.

Comme le conclut le Directeur Général, maintenir une institution capable de servir 500 000 clients et ayant prouvé sa résilience « vaut la peine, économiquement et financièrement ». Avec ce témoignage, Al Majmoua rappelle que la microfinance est avant tout une histoire d’humains, de confiance et de persévérance.

**Le modèle SIDI, la force de l’investisseur patient**

Pour la SIDI et ses actionnaires solidaires, ce témoignage nous rappelle l’importance d’être un investisseur patient, capable d’accompagner ses partenaires sur le long terme, et d’aller « là où les autres ne vont pas » par peur du risque.

La SIDI a cette capacité à prendre du risque – mesuré – grâce à l’engagement de ses actionnaires solidaires. Depuis sa création, ils lui demandent de privilégier un impact social durable plutôt que de chercher un rendement financier immédiat. Le modèle d’intervention de la SIDI repose également sur un mécanisme de garantie propre à la SIDI : le Fonds d’incitation au Développement (FID) qui est abondé par la SIDI elle-même et par quelques-uns de ses actionnaires fondateurs. Il fonctionne comme une réserve de sécurité pour la SIDI et permet d’absorber les chocs et de protéger les partenaires en temps de crise.

Ces ressources de long terme donnent à la SIDI cette liberté d’aller le plus loin possible dans l’accompagnement des partenaires, dans les bons et les mauvais moments.

Interview – A la rencontre de South Organic

20260530 Festival Bien Vivre Pontigny

Notre partenaire tunisien South Organic était de visite en France à l’occasion d’une mobilisation citoyenne organisée par le CCFD-Terre Solidaire près d’Auxerre. Son fondateur s’est également rendu au siège de la SIDI : l’occasion de lui poser quelques questions sur l’activité de cette entreprise de conditionnement et de commercialisation de dattes bio et fairtrade basée à Kebili. South Organic est partenaire de la SIDI depuis 2022.

Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous en dire plus sur South Organic ?

Je suis Taieb Foudhaili, fondateur de la société South Organic depuis 2001, soit plus de 25 ans maintenant. South Organic est spécialisée dans l’exportation des dattes biologiques en Tunisie. Après la récolte des dattes, South Organic gère la collecte, le triage, le traitement et la transformation pour avoir un produit qui répond aux exigences des clients.

Depuis sa création, South Organic s’engage à promouvoir l’agriculture biologique, le développement socio-économique des habitant·es de la région et la protection de l‘environnement.

Nous collaborons avec plus de 200 petits producteurs de dattes certifiées biologiques et fairtrade dans la région de Kébili. Les oasis de dattes de cette région se composent d’un enchevêtrement de petites parcelles individuelles. Les 227 familles d’agriculteur·ice·s avec lesquelles South Organic travaille exploitent en moyenne des surfaces d’à peine un hectare par famille.

South Organic emploie un nombre important d’employé·es, notamment les femmes, puisqu’elles représentent plus de 90% de nos effectifs.  Il y au total entre 100 et 120 employé·es permanents. Selon les périodes de l’année et des besoins en termes d’activités, on peut monter jusqu’à 250 personnes, voire 500 durant les récoltes.­­ Il y a des commandes toute l’année : pour répondre à nos clients, il n’y a donc presque pas de période d’inactivité.

Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés ?

Nous avons traversé des moments difficiles depuis l’année 2020. En effet, il y a eu tout d’abord la crise de la Covid-19 ayant entraîné un ralentissement des exportations. Puis, la crise économique mondiale qui s’en est suivie a entraîné entre autres, une baisse considérable de la demande. Cela a fortement impacté notre activité.

En 2023 est venue s’ajouter une crise environnementale : nous avons subi une forte sécheresse qui a favorisé la multiplication des attaques d’acariens, rendant la production de dattes inexploitables.

Pour pallier ce type de problème lié aux attaques d’acariens en période de sécheresse, South Organic déploie un plan de traitement préventif biologique appliqué deux fois dans l’année.  Malheureusement, du fait de l’extrême sécheresse et de la prolifération beaucoup trop importantes des acariens, les plans de traitement préventifs n’ont pas été suffisants. Les producteurs étaient désespérés, c’était un moment très compliqué pour nous.

C’était facile à leur place d’être tentés par le recours aux pesticides. Dans ces moments-là, il est difficile de convaincre les agriculteurs de poursuivre leur activité en bio, car les pesticides peuvent au premier abord apporter une solution rapide et plus simple, malgré tous les effets néfastes qu’ils engendrent à long terme sur la santé et l’environnement.

Ça demande un travail de long terme, pour changer la façon de voir les choses.

Puis en 2024/2025, c’est encore une nouvelle épreuve : la Tunisie est frappée par de très fortes pluies, mettant en péril les récoltes une fois que les dattes sont arrivées à maturité. Après autant de travail, c’est toute une récolte qui peut s’avérer inexploitable. Ici, on n’avait jamais vécu de précipitations aussi élevées depuis 1969 !  Rien qu’en une journée, c’est 70 ml d’eau qui se sont abattues, alors que la moyenne annuelle se situe entre 100 et 150 ml. Une situation exceptionnelle.

Cela a entraîné des difficultés financières puisque nous pré-finançons les récoltes pour sécuriser les revenus des producteurs de dattes biologiques et l’approvisionnement auprès de South Organic. Malheureusement, avec les récoltes abîmées, nous avons à nouveau essuyé des pertes économiques.

En 2025, on a enfin surmonté les principales difficultés, même s’il reste encore beaucoup à faire.  Petit à petit, tout notre travail finit par payer.

Comment se déroule le partenariat avec la SIDI ?

La collaboration avec la SIDI ainsi qu’avec son homologue belge Alterfin, également à travers le fonds FEFISOL II nous a aidée à traverser ces différentes épreuves. En effet, depuis la crise du Covid-19, on ne collabore plus avec les banques locales.

Depuis, nous sommes parvenus à diversifier d’une manière remarquable notre portefeuille clients. Auparavant, 65% de la production était exportée : désormais, nous avons atteint 85% d’exportation. Le restant, non exportable, est vendu pour du bétail par exemple.

Quel accompagnement proposez-vous aux producteurs ?

Déjà, il faut savoir que certains d’entre eux travaillent avec nous depuis le lancement de South Organic, en 2001. Nous garantissons toute l’année une assistance et un accompagnement aux producteurs, grâce aux différents services de South Organic (contrôle interne, ingénieurs, techniciens, assistants locaux, contrôleurs, etc.)

Globalement, les producteurs de dattes biologiques bénéficient de deux formations minimum chaque année. Notre responsabilité, c’est d’être au plus proche d’eux.

Depuis le mois de mars, on teste également de nouvelles méthodes d’accompagnement : nous formons des « producteurs-chef » qui vont eux-mêmes accompagner 6 à 10 producteurs, et qui assurent la coordination entre les petits producteurs et le service de contrôle interne. C’est évidemment un travail supplémentaire pour ces « producteurs-chef » qui bénéficieront d’indemnités et de primes. Il y aura aussi une rotation : les producteurs-chef ne seront pas les mêmes chaque année.

La sécheresse semble être un défi particulièrement délicat à relever : il y a-t-il des projets d’adaptation au changement climatique ?

Oui, nous avons travaillé sur un projet ambitieux en matière de système d’irrigation. L’objectif est de faciliter la disponibilité en eau sur les petites parcelles des producteurs avec la mise à disposition de système de cuves.

Pour cela, il faut savoir qu’à South Organic, nous avons des parcelles pilote pour tester les ajustements, adaptations et innovations nécessaires. Nous avons donc réalisé avec l’appui des techniciens, des expériences dans nos propres parcelles.

Chaque producteur aura un bassin de stockage plus ou moins grand selon la superficie de la parcelle. Parfois, les bassins peuvent être collectifs et partagés à plusieurs pour réduire le coût d’investissement de ces installations.

Un des autres objectifs d’adaptation au changement climatique, c’est la diversification, avec des cultures maraîchères notamment, des oliviers dans les palmeraies. On commence pour le moment à faire des tests sur notre parcelle pilote aussi, et on espère pouvoir déployer cela prochainement avec nos producteurs. Mais cela prend du temps à mettre en place.

Quel était l’objectif de votre venue en France ?

Je me suis rendu au Festival du Bien vivre, organisé par le CCFD-Terre Solidaire Bourgogne–Franche-Comté le 30 et 31 mai à l’Abbaye de Pontigny, à côté d’Auxerre.

J’ai été invité à participer à la table-ronde sur la finance solidaire. C’était une belle occasion de m’exprimer sur l’expérience de South Organic avec nos producteurs. Mon objectif était également de mieux comprendre les points de vue des personnes engagées sur ces thématiques ici, en France. J’ai eu l’occasion d’échanger avec pas mal de bénévoles du réseau.

J’ai apprécié d’aller à la rencontre de personnes impliquées dans la finance solidaire. C’est important pour moi de créer ce lien car nous vivons des réalités différentes, où les producteurs de dattes du Sud de la Tunisie semblent loin. Cette participation était pour moi une façon de porter leurs voix et créer un pont entre le « Sud » et le « Nord ».

J’ai été particulièrement touché par l’engagement de toutes les personnes présentes et par la qualité des échanges. Plus globalement d’ailleurs, mon rôle au sein de South Organic rejoint cet objectif de coordination. Faire le lien entre les différents métiers de cette chaîne de travail est important, tout simplement pour « mieux vivre ensemble » et parvenir aux objectifs d’amélioration des conditions de vie et de rémunération des producteurs.

Ces discussions avec des bénévoles ici en France m’apportent de la force et de l’énergie pour continuer de contribuer à un monde meilleur. Ça donne de l’espoir, sincèrement. On en a besoin, car nous avons traversé des périodes vraiment très dures et ce n’est pas facile au quotidien.

Interview d’Anne-Sophie Bougouin, la nouvelle Dirigeante de la SIDI

Nairobi, kenya, october 2025 ©philippe lissac/godong

Engagée depuis plus de 20 ans à la SIDI, Anne-Sophie Bougouin en prend aujourd’hui la direction. Parcours, convictions et cap stratégique : elle partage sa vision dans un contexte international complexe et préoccupant.

Mon engagement aux côtés de la SIDI s’inscrit dans un parcours très cohérent. J’ai étudié l’économie du développement avec très tôt la volonté de m’investir sur les enjeux de solidarité internationale. En parallèle, je me suis intéressée à la finance solidaire, notamment à travers le réseau FAIR – Finansol que j’ai rejoints en 1997 pour l’organisation d’un colloque sur le thème “Epargne et Solidarités”. J’ai ensuite travaillé plusieurs années sur les questions d’annulation de la dette au sein d’un collectif d’ONG dans lequel le CCFD-Terre Solidaire et la SIDI étaient impliqués et j’ai participé dans ce cadre au groupe de travail paritaire sur la mise en place des C2D (contrats de désendettement et de développement de l’état français)

J’ai connu la SIDI à cette époque, elle représentait justement précisément cette articulation entre finance solidaire et solidarité internationale. C’est ce qui m’a donné envie de m’y investir.

Tes premières années ont été consacrées à l’accompagnement des partenaires de la SIDI. Qu’en retiens-tu aujourd’hui ?

Elles ont été fondatrices. J’ai d’abord travaillé comme chargée de partenariats en Haïti et au Laos, dans des contextes géographiques très différents, ayant néanmoins un point commun : des partenaires fragiles, implantés dans des zones rurales isolées, où l’inclusion financière était quasi inexistante.

J’ai travaillé avec des mutuelles de solidarité en Haïti, des entreprises agricoles et un réseau de coopératives d’épargne – crédit au Laos. C’est avant tout un travail d’accompagnement dans la durée, pour aider des organisations à se structurer, à gagner en autonomie. C’était une expérience très concrète et très formatrice sur cette relation partenariale, basée sur la confiance et la proximité, qui reste aujourd’hui au cœur de l’action de la SIDI.

Tu as ensuite joué un rôle clé dans la création du fonds FEFISOL. En quoi cette expérience a-t-elle été structurante ?

C’est une aventure majeure dans mon parcours et ça a marqué également une étape importante dans l’histoire de la SIDI. A l’origine, on avait entamé des négociations avec l’Agence Française de Développement pour qu’elle nous appuie sur le financement des partenaires en Afrique. Elle cherchait aussi les moyens de soutenir la SIDI, convaincue de la portée de son action. Nous avons imaginé ensemble un mécanisme innovant de couverture du risque de change, en créant le fonds FEFISOL dédié au financement en Afrique de la microfinance rurale et des petites exploitations agricoles familiales. La création de FEFISOL nous a demandé plusieurs années de travail : structuration juridique, mobilisation des bailleurs, définition de la stratégie d’investissement… J’ai ensuite piloté ce fonds pendant dix ans.

Ce projet nous a permis de changer d’échelle, en embarquant des investisseurs institutionnels autour de notre approche, centrée sur notre mission sociale très forte.

Cela a nécessité une transformation interne importante : renforcer nos pratiques, structurer nos processus, monter en compétences. Mais sans jamais renoncer à ce qui fait notre spécificité.

Pour moi, cela a été une leçon importante : il est possible de se développer et de gagner en impact sans affaiblir notre mission, à condition de rester très clair sur ses principes. Oser penser plus grand, tout en restant fidèle à ses valeurs. FEFISOL a permis à la SIDI de changer d’échelle, de gagner en visibilité, et de démontrer que son approche était non seulement pertinente, mais réplicable.

Quelle est, selon toi, la singularité de la SIDI aujourd’hui ?

La SIDI a cette particularité de toujours faire primer la finalité sociale. Le modèle économique est un moyen, jamais une fin en soit. Celui de la SIDI lui permet d’aller là où les autres ne vont pas , de nous adapter à des contextes très divers, souvent fragiles. C’est une organisation qui prend des risques, et elle le fait avec un très haut niveau de professionnalisme, de technicité, combiné à un engagement très fort des équipes. C’est cette alliance qui nous permet d’agir avec exigence tout en restant fidèles à notre mission. C’est assez unique !

Comment vois-tu les principaux défis pour la SIDI ?

Le premier enjeu, c’est de poursuivre notre développement de façon maitrisée dans un environnement où les risques s’intensifient et se cumulent : instabilités politiques, crises économiques, crises environnementales. Les besoins des partenaires locaux sont immenses mais pour y répondre correctement nous devrons nous adapter et garantir que nous serons en capacité de maitriser et d’assumer ces risques sur la durée. C’est un équilibre délicat.

Le deuxième enjeu est lié aux crises écologiques. Nous devons aller encore plus loin dans notre accompagnement sur les enjeux d’adaptation aux changements climatiques, de préservation des ressources naturelles, biodiversité, eau, et de souveraineté alimentaire dans ces contextes fortement fragilisés. C’est une condition de la pérennité de nos partenaires.

Enfin, nous faisons face en France et en Europe à des contraintes juridiques et réglementaires qui limitent d’une part notre capacité à mobiliser des ressources, notamment citoyennes, avec la fin de l’avantage fiscal octroyé aux souscripteurs dans les ESUS de plus de 10 ans comme la SIDI. Et qui contraint d’autre part notre activité de financement aux partenaires. Adapter notre cadre d’action sera essentiel pour continuer à nous développer.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir aujourd’hui ?

L’espoir vient à la fois de nos actionnaires solidaires et de nos partenaires.

Les actionnaires solidaires, d’abord. Leur engagement est essentiel : au-delà des ressources financières, ils nous apportent une énergie qui nous porte beaucoup. Aujourd’hui, soutenir une structure comme la SIDI est presque un acte de résistance, dans un contexte de repli sur soi. C’est un signal fort. Ils contribuent à faire vivre cette chaîne de solidarité financière, qui est au cœur du projet de la SIDI.

L’espoir vient aussi de nos partenaires. Malgré des conditions souvent extrêmement difficiles, ils continuent à innover, à s’adapter, à avancer. Leur résilience est remarquable et nous inspire.

Enfin, il y a la force du collectif. À la SIDI, nous partageons une même conviction : utiliser au mieux les ressources qui nous sont confiées pour maximiser l’impact de nos activités. C’est cette dynamique collective, tournée vers le long terme, qui nous anime et qui nous porte.

Quel message veux-tu adresser aux actionnaires solidaires ?

De ne pas céder au sentiment d’impuissance.

Même à petite échelle, chaque engagement compte. L’action collective a une force réelle. À travers la SIDI, ils contribuent à soutenir des initiatives concrètes, à faire émerger des alternatives, et à démontrer qu’une autre manière de faire de la finance tournée vers l’utilité sociale est possible.

C’est exactement cela, la SIDI : une chaîne de solidarité qui relie citoyens, équipes et partenaires, au service d’une économie plus juste et plus humaine.

Comment lever les barrières au financement des organisations agro-alimentaires dans les pays du Sud

Biotan

Dans les pays du Sud, le financement des activités agricoles représente un défi majeur, souvent sous-estimé.

Par Johan Thuard, chargé de partenariats Afrique de l’Ouest

Dans les pays du Sud, le financement des activités agricoles représente un défi majeur, souvent sous-estimé. Selon ISF Advisors, seulement 34% des 160 milliards de dollars nécessaires chaque année pour soutenir les 220 000 petites et moyennes entreprises agricoles en Asie du Sud-Est et en Afrique sub-saharienne, sont couverts par des financements formels [1]. Ce manque de financement crée un déficit annuel de 106 milliards de dollars, avec des conséquences graves sur le dynamisme du secteur. Notamment sa capacité à relever les défis de sécurité alimentaire, de création d’emplois et de baisse de vulnérabilité pour les 1,3 milliards de personnes qui dépendent de l’agriculture dans ces régions [2].

Ce déficit est colossal ; pour mieux en comprendre l’ampleur, il équivaut presque aux 113 milliards de dollars alloués aux énergies fossiles par les principales banques de l’Union européenne en 2023 [3]. Cette situation critique ne pourra pas être résolue par le seul marché.

Mais qu’est ce qui explique un tel déficit ? A la SIDI, à travers notre expérience d’investisseur solidaire actif depuis plus de 40 ans, nous cherchons à éclaircir cette question. Pour contexte, la SIDI finance des coopératives et des PME agro-alimentaires dans les pays du sud. Ces organisations travaillent avec des petits producteurs en soutien d’une agriculture familiale, tant en amont — en facilitant leur production et leur transition vers une agriculture durable — qu’en aval – en développant des débouchés à travers la transformation et la commercialisation des productions agricoles.

Nous identifions trois barrières majeures qui entravent la mobilisation de financement par les organisations agricoles : des problèmes d’identification, de préparation, et un déséquilibre entre le risque et la rentabilité des transactions. Les barrières touchent particulièrement les organisations de plus petite taille, ou celles qui sont moins matures. Ces organisations se retrouvent dans le « missing middle », tout en étant pas non plus adaptées aux exigences de financeurs formels (banques commerciales, financeurs internationaux, bailleurs, etc.).

Cet article se penche sur ces trois barrières, en se concentrant spécifiquement sur le financement en dette, et propose des solutions pour les surmonter.

Mieux s’identifier entre organisations agro-alimentaires et financeurs

Pour les organisations agro-alimentaires, notamment celles peu expérimentées dans la mobilisation de fonds, il peut être difficile de déterminer quels financeurs solliciter tant l’écosystème est fragmenté. Chaque financeur a ses propres priorités stratégiques, critères d’investissements, zones d’opérations, qui peuvent être très spécifiques et peu lisibles à l’externe.

De même, pour les internationaux, identifier de nouvelles opportunités non encore financées par d’autres acteurs peut s’avérer complexe, surtout lorsqu’il s’agit d’organisations qui ne sont pas membres de réseaux d’entrepreneuriat ou qui opèrent dans des zones reculées.

Trouver de nouvelles opportunités de financement nécessite une connaissance approfondie du tissu économique local. Cela représente un défi pour les chargés d’investissement car les zones à couvrir sont vastes. Pour illustrer, à la SIDI chaque chargé d’investissement s’occupe de trois à quatre pays ; approfondir la connaissance des acteurs locaux se fait donc graduellement, dans la durée.

Pour enrichir notre compréhension du terrain, nous collaborons régulièrement avec des organisations alliées, qu’elles soient locales ou non. Par exemple, la SIDI investit dans des fonds locaux de I&P, tel que SINERGI au Burkina Faso, qui se concentrent principalement sur les filières agricoles. Nous avons également établi un partenariat avec la coopérative Ethiquable pour financer et appuyer certaines de leurs coopératives fournisseuses, et entretenons des liens étroits avec des organisations spécialisées dans les chaines de valeur agricoles, comme Nitidæ. En parallèle, nous renforçons notre présence locale avec l’ouverture de deux bureaux à Lomé et Kampala, depuis lesquels nous conduisons une grande partie de notre activité en Afrique subsaharienne.

Le défi de la préparation à la mobilisation de fonds

La mobilisation de fonds est un processus complexe qui demande des ressources et des compétences spécifiques. Parfois, un écart existe entre les prérequis que peuvent avoir des financeurs pour valider une transaction et la capacité d’organisations locales à y répondre. Cet écart devient particulièrement problématique lorsqu’il touche aux fondamentaux – opérations, impact sociaux et environnementaux (en particulier pour les financeurs à impact), finances,  équipe, marché, ou encore fiabilité des données.

Il est fréquent que les coopératives et PME en développement ne soient pas équipées pour répondre à ces attentes. Cela est particulièrement vrai pour les organisations ayant une croissance organique et qui manquent d’une équipe de gestion étoffée. On remarque aussi que ces organisations peuvent avoir du mal à identifier elles-mêmes leurs points d’amélioration, ni n’arrivent à les surmonter seules.

Pour pallier ces insuffisances, il est important pour les organisations d’avoir accès à des accompagnements spécifiques en vue de leur préparation au financement. C’est dans ce cadre que l’offre de la SIDI, qui combine financement et accompagnement, prend toute sa valeur. A partir du diagnostic d’un chargé d’investissement, la SIDI peut non seulement proposer un financement, mais aussi de l’accompagnement sur mesure en fonction des besoins de l’organisation. La SIDI travaille notamment avec plusieurs facilités dont la Fondation ACTES, le programme SSNUP et la facilité AT du fonds FEFISOL II pour subvenir aux besoins d’accompagnement d’organisations, qu’elles soient des prospects ou déjà partenaires.

Il existe aussi des programmes de préparation à l’investissement qui vont renforcer les fondamentaux tout en soutenant les organisations dans la préparation de leur demande de financement – analyse de marché, création de business plans ou autres documents destinés aux investisseurs. Certains vont aussi faire de la prospection et mettre en lien organisations et financeurs. Ces programmes sont nombreux, souvent financés par des bailleurs et mis en œuvre par des cabinets de conseil. A titre d’exemple citons, les programmes Activ’Invest au Sénégal, Invest Salone en Sierra Leone, ou le cabinet CrossBoundary qui aide des entreprises agroalimentaires dans leur levée de fonds dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne.

Le déséquilibre entre risque et rentabilité du financement de filières agricoles

Une étude menée par Dalberg sur 3 500 prêts accordés à des PME agroalimentaires par des financeurs internationaux révèle que la moitié des prêts entre 250 000 et 500 000 euros ne sont pas rentables.

L’une des principales raisons de ce déséquilibre est le coût du risque, qui est élevé et ne cesse d’augmenter. On observe notamment de plus en plus de tensions sur les productions agricoles du fait de leur exposition croissante aux dérèglements climatiques. Par ailleurs, les organisations agroalimentaires opèrent souvent sur des marchés où l’offre et la demande de produits ne sont pas systématiquement corrélées. Ainsi certaines filières connaissent des crises cycliques qui mettent les opérateurs sous tension et augmentent le risque de défaut.

Ce risque crispe le marché qui se concentre alors sur certains segments bien définis :

  • Organisations avec un profil de risque moins élevé, généralement des organisations plus matures, plus grosses, avec un historique de financement solide et/ou pouvant offrir des garanties
  • Financements de court terme, souvent sous forme de fonds de roulement, au lieu de prêt moyen terme pour le financement d’équipements ou investissements
  • Tickets de financement élevés afin de couvrir les coûts de transaction

En conséquence, le marché reste relativement statique, avec un nombre limité d’organisations déjà connues du secteur et financées, et peu d’ouverture vers de nouveaux partenariats.

Pour un financeur comme la SIDI, dont la mission est d’être additionnel, notamment en intervenant comme premier investisseur  international auprès de certains partenaires, la gestion de ce risque est un enjeu essentiel. Cela se fait à travers plusieurs approches : d’une part, la diversification du portefeuille sur différents secteurs (tels que la microfinance et l’agriculture) ainsi que sur des organisations plus ou moins matures;  d’autre part, le modèle économique de la SIDI lui permet une plus grande prise de risque, du fait de son actionnariat philanthropique et d’accès à certains outils de garantie.

Ces éléments sont essentiels pour « intervenir là où d’autres ne vont pas » et ainsi soutenir des organisations, filières, régions à haut risque. Cela nous donne également la possibilité de financer des organisations particulièrement risquées et/ou de ne pas être rentable sur certaines transactions lorsque cela est justifié par une forte additionnalité et un impact social ou environnemental important. De cette expérience, il ressort la nécessité d’avoir accès à des mécanismes de garantie ou des subventions pour que les financeurs puissent être plus additionnels, avoir plus d’impact et ainsi rendre le secteur plus dynamique.

Des solutions efficaces existent déjà, à commencer par le programme Programme Aceli actif en Afrique de l’Est. Ce programme dédié au financement du secteur agricole offre aux financeurs des subventions pour alléger les coûts de transaction, et des garanties pour réduire le coût du risque. L’intérêt de ce programme réside aussi dans sa capacité à minimiser les distorsions de marché tout en incitant les financeurs à soutenir les entreprises les moins bien desservies :  les aides ne couvrent qu’une partie des coûts, et sont plus importantes pour les entreprises qui n’ont jamais mobilisé de fonds institutionnels ou ayant un impact social ou environnemental plus élevé. C’est le genre d’exemple qui mériterait d’être mieux étudié et répliqué dans d’autres régions tant il a prouvé son efficacité.

Dans un contexte où la vulnérabilité des producteurs et les enjeux de sécurité alimentaire sont de plus en plus pressants, il est crucial d’œuvrer à réduire les barrières au financement des organisations agro-alimentaires dans les pays du Sud. Au-delà de poser quelques pistes de réflexion, cet article se veut une invitation à tous ceux qui souhaitent collaborer et développer des solutions concrètes en faveur d’un secteur plus dynamique, socialement plus juste et écologiquement plus durable.

Johan Thuard, chargé de partenariats Afrique de l’Ouest

[1] ISF Advisors, The state of the agri-SME sector – Bridging the finance gap, 2022

[2] ISF Advisors estime que cela concerne 260 millions de ménages – ~1,3 milliard de personnes – considérant l’agriculture familiale comme une partie intégrante de leurs moyens de subsistance en Asie du Sud-Est et en Afrique sub-saharienne

[3] Banking on Climate Finance Chaos, Fossil Fuel Finance Report, 2024

Découvrez le rapport social et environnemental 2023 de la SIDI

Couverture Rapport social et environnemental 2023

Chaque année, la SIDI publie son rapport social et environnemental ; il restitue tout le travail de mesure de l'impact de l'activité de la SIDI ainsi que de celle de ses partenaires

En 2023, la SIDI a célébré ses 40 ans d’engagement en faveur de la finance solidaire et de la transition écologique et sociale. Tout au long de l’année, l’organisation a poursuivi sa mission de soutenir les acteurs économiques locaux dans les régions les plus vulnérables du monde, en maximisant son impact social et environnemental à travers une approche centrée sur l’additionnalité et l’accompagnement de partenaires diversifiés.

L’additionnalité au cœur de la stratégie d’impact

La SIDI a en effet, grâce à ses ressources solidaires, confirmé son additionnalité par rapport aux investisseurs traditionnels, en continuant à soutenir ses partenaires dans des contextes pays difficiles et dans des régions reculées, peu desservies par le système bancaire. La diversité de ses produits financiers et la grande variété de son offre d’accompagnement ont été cruciales pour s’adapter aux besoins de chaque partenaire et aux réalités du terrain. En outre, l’année 2023 a été marquée par le développement de nouveaux partenariats cruciaux, comme celui avec Ethiquable, qui forgeront la valeur ajoutée de la SIDI dans le futur.

Promouvoir l’égalité économique

L’année a été marquée par des résultats significatifs au niveau des partenaires, illustrant les effets concrets des stratégies de la SIDI sur les territoires où elle intervient. Le premier objectif de la SIDI, promouvoir l’égalité économique, a permis de soutenir des organisations qui créent des emplois formels et stables, particulièrement dans les zones rurales où l’accès aux financements et aux marchés reste un défi majeur. Les coopératives agricoles et les entreprises locales ont joué un rôle crucial en améliorant la sécurité alimentaire, et en offrant des opportunités de transformation locale, ajoutant ainsi de la valeur aux productions agricoles.

Favoriser la réduction de la pauvreté

En ce qui concerne la réduction de la pauvreté, la SIDI a renforcé ses actions en faveur de l’inclusion financière des populations les plus démunies. En collaborant avec des IMF ciblant des populations vulnérables, la SIDI a facilité l’accès à des services financiers adaptés, tels que des microcrédits et des produits d’épargne, qui sont essentiels pour améliorer les conditions de vie et l’autonomisation économique des femmes et des habitants des zones rurales. En 2023, le nombre de bénéficiaires finaux a atteint 10 millions de personnes, dont 52 % sont des femmes et 42 % vivent en milieu rural, témoignant de l’impact de ces initiatives.

Soutenir l’atténuation et l’adaptation au changement climatique

Parallèlement, la SIDI a continué de soutenir l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, un pilier essentiel de sa stratégie de développement. Les efforts de développement de la finance verte ont été renforcés, notamment par le financement de projets d’énergie renouvelable et l’accompagnement des partenaires dans la mise en œuvre de pratiques agricoles durables. Ces initiatives visent à contribuer non seulement à réduire les émissions de gaz à effet de serre de nos partenaires, mais aussi à augmenter la résilience des communautés face aux impacts du changement climatique.

En somme, les résultats de la SIDI pour l’année 2023 montrent un engagement fort et une capacité d’adaptation constante aux défis du développement durable. Alors que la SIDI entre dans sa cinquième décennie, elle reste déterminée à poursuivre cette mission avec la même passion et le même dévouement, en cherchant toujours à maximiser son impact social et environnemental en combinant soutiens financiers et assistances techniques, pour construire un monde plus équitable et durable.

L’IMF ALIDé, nouveau partenaire de la SIDI au Bénin.

Image de présentation article alidé

La SIDI est ravie de partager son nouveau partenariat avec ALIDé (Association de Lutte pour la promotion des Initiatives de Développement), une institution de microfinance béninoise.

Le développement de la SIDI en Afrique de l’Ouest

Le déploiement de la SIDI au Bénin entre dans sa stratégie de développement. L’ouverture d’un bureau régional de la SIDI à Lomé au Togo en 2023 renforce la proximité avec ses partenaires en Afrique de l’Ouest et facilite la création de nouveaux partenariats. Cette proximité géographique permet davantage de souplesse pour la réalisation des missions, dont celles de prospection. C’est dans le cadre d’une de ces missions au Bénin que la SIDI a tissé des liens avec ALIDé, débouchant aujourd’hui sur ce nouveau partenariat.

ALIDé, un partenaire aligné avec la SIDI, dans un contexte béninois difficile

Grâce à ses 17 points de services, dont 10 agences et ses 85 agents, l’Institution de microfinance ALIDé œuvre à améliorer les conditions de vie des populations vulnérables et à faible revenu sur toute l’étendue du territoire béninois. Créé en 2006, ALIDé dessert à ce jour environ 50 000 clients, en proposant des services financiers essentiels. Cela leur permet de réaliser des projets tant personnels que professionnels.

En 2022, ALIDé a renforcé ses engagements sociaux autour de valeurs fortes dans le cadre de la révision de sa stratégie sociale. L’engagement principal concerne les femmes, avec l’objectif de les soutenir davantage pour favoriser leur inclusion sociale et économique. Des indicateurs clairs et mesurables ont été définis à cet effet.

L’Association accompagne des projets dans différents secteurs, dont l’agriculture, par des services non-financiers et des produits financiers dédiés. Une ambition que la SIDI soutient, dans un contexte général d’aggravation de risques dans le secteur agricole et d’une situation économique impactée par des fortes décisions politiques au niveau local depuis 2023. En effet, les évolutions de la situation politico-économique au Bénin sont marquées par une timide reprise des transactions commerciales avec le Niger (80% du transit sur le port de Cotonou provient du Niger) malgré la décision prise par les pays membres de la CEDEAO, dont le Bénin de reprendre les échanges commerciaux avec le Niger et la réouverture des frontières avec ce pays. En outre, en 2023, l’intervention de l’État dans la fixation des prix dans certaines filières comme le soja a quelque peu impacté le bon déroulement de la campagne pour certains producteurs d’ALIDé

Ainsi, le travail d’ALIDé est essentiel à la fois comme financeur et surtout comme conseiller pour garantir la continuité des activités de ses membres dans un environnement en perpétuel changement.

Les objectifs du partenariat

Le partenariat entre la SIDI et ALIDé aura une double dimension conformément à la stratégie de la SIDI : apport financier et accompagnement technique. Plusieurs domaines d’intervention et axes d’accompagnement ont été identifiés pour appuyer le développement des activités et la finalisation de son processus de digitalisation amorcé depuis 2018. Ces domaines seront définis et prioriser de commun accord entre l’association et la SIDI.

Ce partenariat permet ainsi à ALIDé d’augmenter sa capacité de financement à moyen terme. En même temps, il marque le retour des activités de la SIDI au Bénin, où celle-ci ne comptait plus de partenariat actif en fin d’année 2023. La SIDI s’inscrivant toujours dans des partenariats de long terme, entend poursuivre son déploiement dans ce pays, en appuyant des acteurs engagés dans la réalisation de leur mission sociale comme ALIDé.

Mieux comprendre comment Abakundakawa, coopérative de café rwandaise, contribue à changer la vie de ses membres

Productrice de café de la coopérative abakundakawa

La SIDI contribue au Farmer Thriving Index pour évaluer l'impact des coopératives sur les petits producteurs de café rwandais. L'étude révèle les effets positifs de la coopérative Abakundakawa sur les conditions de vie et les pratiques agricoles de ses membres.

Le Farmer Thriving Index, une nouvelle initiative visant à mieux évaluer les changements dans la vie des petits producteurs agricoles.

Le Farmer Thriving Index (FTI), ou Indice de Prospérité des Agriculteurs, a été créé par 60Decibels, entreprise spécialisée dans la mesure d’impact social. Le FTI est une évaluation visant à mieux comprendre les changements apportés par les coopératives à leurs membres, tels qu’ils sont perçus par les petits producteurs agricoles eux-mêmes. Il prend en compte plusieurs dimensions du bien-être économique, social et environnemental, permettant ainsi de fournir une évaluation globale de leur qualité de vie et de la durabilité de leurs activités.

En Afrique de l’Est, le FTI s’est intéressé spécifiquement aux petits producteurs de café. Pour cela, un groupe témoin est interviewé formé de 1026 petits producteurs qui ne sont affiliés à aucune coopérative ou entreprise agricole.  Leurs situations et leurs réponses sont ensuite comparées à celles des producteurs de café membres de coopératives.

La SIDI a contribué à cette étude en cofinançant, avec notre partenaire Aceli Africa, et avec la fondation ACTES, l’évaluation de la situation des petits producteurs de café membres d’Abakundakawa, coopérative située au nord du Rwanda dans les régions pauvres de Rushashi et de Minazi. En tout, 282 fournisseurs d’Abakundakawa ont été interrogés dans le but de mieux comprendre leur situation et les effets de l’appartenance à la coopérative sur leur vie.

Abakundakawa, une coopérative rwandaise soutenue depuis plus de dix ans par la SIDI

Abakundakawa est une organisation de producteurs créée en 1999 sur l’initiative de 367 producteurs de café rwandais dans le but de mieux valoriser leur production. Dès le début, l’organisation s’est dédiée à l’achat et à la transformation de cerises de café arabica en café vert de haute qualité pour la commercialisation à l’international.

Depuis 25 ans, Abakundakawa n’a cessé de se développer et compte aujourd’hui plus de 2100 membres actifs, dont 44% de femmes, 23 employés permanents et 175 employés saisonniers. Elle exporte près de 19 conteneurs de café chaque année. Les activités d’Abakundakawa répondent à une mission sociale forte. En effet, l’amélioration du niveau de vie de ses membres est au cœur de l’activité de la coopérative. Pour remplir cet objectif, elle pratique des prix d’achat supérieurs au prix minimum fixé par le gouvernement. L’organisation est notamment certifiée Commerce Équitable depuis 2005 et a ainsi pu augmenter son impact sur le développement social et local à travers des projets d’adduction d’eau, d’amélioration des dessertes agricoles, de paiement des mutuelles de santé, etc.

L’étude décrit des producteurs aux conditions de vies particulièrement fragiles

Les producteurs ayant répondu à l’enquête sont pour deux tiers des hommes, propriétaires de leurs terres, âgés de 48 ans en moyenne. Les familles sont grandes et très peu éduquées ; pour 37%, l’école primaire est le niveau d’éducation le plus élevé dans la famille. Ils possèdent en moyenne un terrain de 2,7 hectares, dont 44% est consacré à la culture de l’arabica pour l’export, le reste aux cultures de pois, de maïs et de bananes.  Pour la moitié des interrogés, la production de café est leur source principale de revenu. L’évaluation de leurs comportements montrent que 60% des interrogés ont des revenus inférieurs au « Living Income Reference Value », une estimation du montant minimal nécessaire pour vivre de façon décente dans la région. Cependant, presque tous les fermiers interrogés souhaitent continuer à produire du café et espèrent que leurs enfants le feront également.

Ce qu’Abakundakawa apporte à ses producteurs

La coopérative s’efforce de fidéliser ses membres grâce à des formations régulières dispensées par des agronomes et des agents de terrain : 71% sont en contact régulier avec ces agents, qu’ils rencontrent trois fois par an en médiane. D’ailleurs, les pratiques agricoles des interviewés sont globalement plus vertueuses que celles du groupe témoin, puisque tous mettent en place des bonnes pratiques agricoles et deux tiers font de l’agroforesterie. Abakundakawa facilite l’accès à des outils adaptés (houe, scie, sécateurs) ainsi qu’à des vaches pour promouvoir la fertilisation naturelle des parcelles. Elle mène également des actions spécifiques en faveur des jeunes et des femmes, et propose un service d’épargne. Grâce à ce dernier, 53% des répondants déclarent épargner chaque mois, comparé à seulement 25% des producteurs du groupe témoin.

Ces actions sont les principaux moteurs de la très bonne satisfaction des fournisseurs concernant la coopérative, qui obtient un excellent résultat sur le Net Promoteur Score, un indicateur qui compare le nombre de promoteurs d’une organisation (c’est-à-dire le nombre de personnes qui recommanderaient cette organisation à leurs proches) au nombre de détracteurs (personnes qui ne recommanderaient pas l’organisation à leurs proches). Abakundakawa obtient un très bon score (NPS de 51), gage de la forte satisfaction et loyauté de ses membres.

Ceux-ci témoignent notamment :

« Ils nous apprennent à faire du café, à faire du compost, à pailler, à tailler, à désherber et à rénover le champ. Toutes ces choses que nous enseigne la coopérative sont très importantes pour un cultivateur de café, car elles lui permettent d’améliorer ses méthodes de culture de manière professionnelle. Je pense que c’est quelque chose d’unique que notre coopérative possède et qui peut être bénéfique à tous les producteurs de café. »
Femme, 61 ans

« J’apprécie la façon dont ils valorisent leurs membres et proposent des formations afin que nous puissions améliorer la quantité et la qualité de nos produits. Ils offrent également des primes et fournissent des vaches pour l’élevage afin que nous puissions obtenir facilement du fumier. »
Femme, 62 ans

Comme dans la majorité des enquêtes de satisfaction liées à la fourniture de services, le seul sujet d’insatisfaction reste le prix payé, en l’occurrence ici pour le café. 62% des interrogés sont ainsi insatisfaits des prix payés par Abakundakawa. Cependant 62% déclarent également avoir réalisé un profit sur la dernière récolte, et la moitié d’entre eux ont remarqué une amélioration par rapport à l’année dernière en termes de revenus reçus.  En effet, Abakundakawa paie un prix supérieur à celui du marché et les primes issues des certifications bio et commerce équitable permettent en outre le paiement d’un bonus en fin de campagne.

Conscients des apports cruciaux fournis par la coopérative, 80% des interrogés prévoient donc de continuer à investir et développer leur production de café. Il y a fort à parier qu’ils continueront longtemps à fournir Abakundakawa en café équitable d’excellente qualité.

Le rapport d’activité 2023 de la SIDI est en ligne

Couv RA SIDI 2023 fr

2023 a été une année très spéciale pour la SIDI : nous avons fêté 40 ans d’existence.

  • 40 ans que la SIDI met la finance au service des acteurs du développement économique local dans les pays du Sud
  • 40 ans que la SIDI finance et accompagne des acteurs économiques locaux qui se mobilisent pour améliorer les conditions de vie des populations vulnérables et favoriser des pratiques écologiques vertueuses.
  • 40 ans d’un modèle d’intervention innovant qui repose sur le principe d’une chaine de solidarité financière, reliant des citoyens qui veulent donner du sens à leur épargne, aux organisations partenaires et leurs bénéficiaires.

Malgré les crises multi-factorielles qui se combinent, la SIDI parvient à mener sa mission en plaçant l’additionnalité au cœur de sa stratégie d’impact, et en travaillant sur trois grands objectifs de mission :

  • Promouvoir l’égalité économique
  • Favoriser la réduction de la pauvreté
  • Soutenir la lutte contre le changement climatique

Continuons ensemble à investir pour une transition juste.

Excellente nouvelle pour le fonds FEFISOL II

Photo usaidxprosperafricaxfefisol 2024

La SIDI a le plaisir d’annoncer que USAID – l’agence des Etats-Unis pour le développement international – et Prosper Africa – l’initiative du gouvernement américain pour les échanges et les investissements avec les pays africains – ont approuvé une subvention pour FEFISOL II afin d’aider le fonds à mitiger le risque de change sur son portefeuille en monnaie locale.

FEFISOL II est le fonds d’investissement soutenu par la SIDI et l’investisseur belge Alterfin. Géré par la société de gestion Inpulse Investment Manager, FEFISOL II est dédié au financement d’institutions de microfinance rurales africaines et d’entités agricoles s’approvisionnant auprès de petits producteurs en Afrique.

FEFISOL II est un fonds à forte additionnalité dédié à l’Afrique subsaharienne, ciblant les régions les plus pauvres et les plus inégalitaires, souvent jugées trop risquées par les investisseurs traditionnels. Il vise à soutenir les populations vulnérables, en particulier les femmes et les populations des zones rurales, en finançant des institutions de microfinance afin d’améliorer l’inclusion financière, de réduire la pauvreté et de créer des emplois. Le fonds soutient également les petites entités agricoles afin de renforcer les chaînes de valeur agricoles et d’améliorer la sécurité alimentaire. FEFISOL II offre des produits de dette flexibles pour répondre à divers besoins financiers et fournit une assistance technique pour renforcer les capacités organisationnelles et soutenir la transition écologique et sociale de ses partenaires.

Cette subvention fournie par l’USAID et Prosper Africa permettra au fonds de continuer à développer son portefeuille microfinance en Afrique et de soutenir la levée de fonds pour le troisième et dernier closing, qui permettra d’atteindre une taille de fonds de 30 millions d’euros. Avec cette subvention, l’USAID, Prosper Africa et FEFISOL II visent à améliorer les échanges, l’investissement et l’environnement des affaires sur le continent africain en renforçant les chaînes de valeur agricoles, en créant des emplois ruraux, en soutenant les filières locales à valeur ajoutée, en réduisant la vulnérabilité au changement climatique et, en fin de compte, en contribuant au développement durable du continent.

La contribution de l’USAID et de Prosper Africa complète d’autres mécanismes de “blending” sécurisés par le fonds en 2023 avec la Société de financement du développement international des États-Unis DFC  et le programme Aceli Africa. Compte tenu de l’amplification et de la superposition des risques en Afrique, il est essentiel de s’appuyer sur de tels mécanismes de partage des risques pour un fonds dédié au financement de la microfinance rurale et des organisations de petits producteurs.