Palestine : le défi d’un soutien aux activités économiques en temps de guerre

Acadsidi2018 071

La SIDI a fait le choix d’appuyer des partenaires dans les territoires Palestiniens occupés par Israël, depuis 1988 ! Mais rapidement, la SIDI considère que tout investissement dans les micro-entreprises palestiniennes - extrêmement risqué en raison de l’absence de paix juste dans la région -, ne sera viable qu’avec un mécanisme de garantie permettant de sécuriser ces prêts et couvrir les institutions de microfinance des pertes liées à l’occupation.

Comprendre les outils financiers déployés par la SIDI

La SIDI dispose à son arc de plusieurs outils de financements pour soutenir les activités de ses partenaires. Les « prises de participation en capital » consistent pour la SIDI à entrer au capital des entreprises partenaires, afin de renforcer leurs fonds propres et les accompagner dans leur développement sur le long terme.

Les « prêts » quant à eux permettent à nos partenaires, en particulier les organisations de producteurs, de pouvoir préfinancer la récolte de leurs membres.

Mais alors qu’est-ce que Daman ? A travers cet article, nous souhaitons mettre en lumière ce fonds de garantie palestinien, un moyen de résistance financier peu commun et innovant, qui, à son échelle, tente de soutenir des populations civiles les plus vulnérables.

Un peu d’histoire…

Il aura fallu près de 10 ans avant de parvenir à la création de Daman en 2015, une compagnie palestinienne dont l’actionnariat est composé au départ par la SIDI, ACAD Finance et ASALA (ces deux dernières étant des institutions de microfinance palestiniennes partenaires de la SIDI). En 2019, le fonds de garantie Daman est abondé grâce à l’obtention d’un premier cofinancement du gouvernement du Luxembourg et grâce à l’ONG CPJPO[1], ce qui lui permet de changer d’échelle.

Une des principales forces du fonds de garantie Daman est d’avoir identifié le risque « politique », c’est-à-dire les effets délétères de l’occupation violente de la Palestine par l’armée Israélienne, comme le principal risque à couvrir pour les micro-entreprises Palestiniennes.

Bien sûr, les initiateurs de Daman, tant à la SIDI qu‘au sein d’ACAD Finance, n’avaient jamais imaginé qu’après la sanglante et meurtrière attaque du Hamas en 2023[2], la terreur imposée par Israël, qui relève de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et même de risque génocidaire, allait « rayer de la carte » une partie de la population[3] et la totalité des infrastructures[4] de la bande de Gaza.

Le fonds de garantie patiemment construit grâce aux subventions du Luxembourg s’est révélé bien insuffisant pour faire face aux besoins à Gaza mais aussi en Cisjordanie, où la pression conjointe des colons, de la police et de l’armée, conduisent à des événements violents et à un isolement physique des communautés et des villes Palestiniennes. C’est un défi pour Daman et surtout pour son financement futur, mais cela ne l’empêche pas de fonctionner et de « faire sa part » dans un contexte parfois dramatique.

[1] Comite pour une paix juste au Proche Orient – https://paixjuste.lu/

[2] Plus de 1 200 morts, principalement des civils Israéliens

[3] 72 000 morts et 180 000 blessés, en majorité des femmes et des enfants

[4] 92% des bâtiments détruits

Comment fonctionne le fonds de garantie Daman ? 

Chaque année, en fonction des montants disponibles, Daman alloue une somme à chacune des trois institutions de microfinance palestiniennes : ACAD, ASALA et REEF. Ces trois institutions de microfinance informent Daman des prêts en cours qui bénéficieront de cette couverture et qui répondent aux critères de remboursement. Il n’y a aucun transfert d’argent. C’est une somme globale maximale que l’institution de microfinance pourra réclamer au fonds de garantie, si jamais elle démontre que son client n’a pu payer son prêt à cause de l’occupation Israélienne.

Les conditions de remboursement et d’annulation des dettes du fonds de garantie Daman 

Le fonds de garantie Daman ne rembourse pas n’importe quoi et n’importe comment. Les prêts « assurés » doivent être inférieurs à 10 000 US $, d’une durée maximale de 48 mois pour des activités de génération de revenus. Les prêts à la consommation sont exclus. Daman ne rembourse que le capital, c’est-à-dire que les intérêts non payés sont assumés par l’institution de microfinance. Si le client n’a pas pu rembourser son prêt depuis plus d’un an, alors l’institution de microfinance peut se tourner vers le fonds de garantie Daman pour demander un remboursement. Et si le client était déjà en défaut (retards de paiements) avant « l’accident de vie » lié à l’occupation militaire, le prêt n’est pas éligible au remboursement.

De leur côté, les institutions de microfinance apportent une contribution aux frais de Daman de 1,5% du portefeuille garanti.

Sur le terrain, des exemples concrets pour illustrer la situation 

Mohamed H a demandé un prêt de 4 000 US dollars pour son atelier de fabrique de cages qui lui permet d’élever de la volaille. Lors de l’attaque du camp de réfugiés de Tulkarem début 2025, les bulldozers Israéliens ont rasé son atelier. Mohamed H a tout perdu.

Il y a aussi l’histoire d’Assel A qui avait contracté un prêt pour investir dans ses activités de maraîchage avec l’installation d’une serre. Le village où elle habite a été « fermé » par des colons pendant quelques jours. Elle n’a pu y accéder et irriguer les champs. Toute la récolte a été perdue et les bâches ont été lacérées par les colons.

Ces deux clients sont dans l’incapacité de payer leur prêt et illustrent concrètement les difficultés colossales rencontrées par les Palestinien.nes afin de maintenir une activité génératrice de revenus dans ce contexte de guerre.

L’institution de microfinance à l’origine de l’octroi du prêt peut alors présenter une demande de remboursement auprès du fonds de garantie Daman en préparant un dossier. Si la demande est recevable, Daman mandate un « expert » pour vérifier la véracité des faits. Si le rapport est favorable, Daman peut alors verser ces fonds à l’institution de microfinance et annuler la dette du client. Environ 85% des dossiers présentés par les institutions de microfinance au fonds de garantie Daman sont acceptés.

Les institutions de microfinance palestiniennes peuvent ainsi se reposer plus facilement sur ce mécanisme qui couvre une partie des risques financiers engagés.  En rassurant les institutions de microfinance palestiniennes, ce sont finalement les populations vulnérables qui bénéficient plus facilement de prêts pour investir dans des activités génératrices de revenus, malgré la guerre.

En 2024 (annus horribilis vu les pertes totales enregistrées à Gaza), ce sont 332 623 dollars de 386 client.es des trois institutions de microfinance que Daman a pu compenser[1]. Pour conclure cédons la parole à l’évaluateur missionné par :

L’évaluation du projet montre qu’en dépit de toutes les contraintes liées au contexte, Daman est resté opérationnel et a joué un rôle de stabilisateur en faisant bénéficier des IMF de sa couverture du risque. Cela permis à ces dernières de prêter à des clients très vulnérables, ce qui n’aurait sans doute pas été possible si Daman n’avait pas été là[2].

Le grand défi demeure : comment capitaliser Daman durablement pour faire face aux besoins très spécifiques d’une zone de guerre et d’occupation comme la Palestine ? C’est ce à quoi Daman et ses actionnaires doivent s’atteler !

[1] 634 000 US $ depuis le début de l’opération de Daman

[2] Projet evaluation of Daman for SME’s by MFR

 

Kitagata : une coopérative ougandaise au service d’une agriculture résiliente

Kitagata farmers cooperative

Qui est Kitagata ?

Dans le sud-ouest de l’Ouganda, la coopérative Kitagata Mixed Farmers joue un rôle essentiel pour renforcer la sécurité alimentaire et les revenus des petits producteurs. Créée en 2013 à l’initiative des agriculteurs eux-mêmes, elle répond à un besoin fondamental : disposer d’un espace commun pour partager les défis rencontrés sur le terrain, construire des solutions collectives et peser davantage face aux acteurs économiques locaux. La SIDI soutient ce partenaire à travers sa filière implantée à Kampala, Soluti finance. Kitagata commercialise principalement du millet et des haricots à destination des Ougandais.

Une offre diversifiée au service des membres

Initialement active dans le district de Sheema, Kitagata s’est progressivement étendue aux districts voisins de Bushenyi, Mitoma et Rubirizi, avec une logique simple : mutualiser les efforts, augmenter les volumes de production collectés, et mieux défendre les intérêts de ses membres. Sa vision est claire : promouvoir la production alimentaire locale et lutter contre la faim, dans un contexte de plus en plus contraint par les dérèglements climatiques.

Outre l’accès au marché, la coopérative a développé une offre de service diversifiée pour répondre au mieux aux besoins de ses membres : des sessions d’alphabétisation, des formations en gestion financière, ou encore l’aide à la structuration de petits groupes villageois d’épargne et
de crédit. Depuis 2024, Kitagata a également commencé à octroyer des avances de trésorerie aux producteurs, leur permettant de faire face aux besoins de la campagne agricole.

Kitagata est fortement impliqué dans la promotion de l’égalité de genre. Les femmes représentent 66% des bénéficiaires de la coopérative, et des programmes spécifiques sont mis en place pour répondre au mieux à leurs besoins : c’est notamment le cas de certains groupes de veuves, qui sont un public très vulnérable en Ouganda, et à qui la coopérative fournit des services supplémentaires.

Faire face aux défis climatiques

Ces dernières années, les producteurs accompagnés par Kitagata ont particulièrement souffert des aléas liés au changement climatique : saisons imprévisibles, sécheresses, baisse de la fertilité des sols. Ces chocs affectent fortement la production de cultures vivrières comme le millet, le maïs ou les haricots. Face à cette réalité, la coopérative a choisi de s’engager activement dans la promotion de pratiques agricoles plus durables, adaptées aux conditions locales.

Grâce à la présence de deux techniciens agronomes dans son équipe, Kitagata sensibilise ses membres aux enjeux environnementaux et les accompagne dans la mise en œuvre de techniques agroécologiques : rotation des cultures, interculture, utilisation de fumier organique, paillage, gestion responsable des zones humides, récupération et stockage de l’eau de pluie. Cet accompagnement se fait soit de manière individuelle, pour répondre à des besoins spécifiques des producteurs, soit de manière collective, dans des terrains spécifiquement dédiés aux formations, appelés « demo gardens ».

 

Un projet structurant avec la SIDI

En 2024, la SIDI a accompagné la coopérative dans le renforcement de son engagement social et environnemental grâce à un programme structurant financé par le SSNUP, conçu autour de plusieurs volets complémentaires :

Volet économique et social : pour diversifier les revenus des producteurs et renforcer leur résilience face au changement climatique, la coopérative a mis en place une formation à la culture du manioc, une filière émergente à fort potentiel et adaptée aux conditions climatiques locales.

Volet genre : une formation de formateurs à la méthodologie participative GALS (Gender Action Learning System) a été organisée. Cette approche communautaire vise à renforcer l’autonomie des femmes et des hommes, et à combattre les inégalités de genre dans les foyers comme au sein des organisations.

Volet environnemental : la coopérative a lancé un programme de formation en agroécologie, spécifiquement appliqué à la culture du manioc, à destination de ses petits producteurs.

Quelques chiffres clés à propos de Kitagata

Chiffres clés kitagata ouganda - 582 producteurs membres
Chiffres clés kitagata ouganda - 831 femmes
Chiffre clé Kitagata Ouganta - Chiffre d'Affaires 2024
Chiffres clés Kitagata Ouganda - ventes locales
Chiffres clés Kitagata Ouganda - 283 producteurs formés en 2025
Chiffre clés Kitagata Ouganda - 13 personnes formées égalité genre
Chiffre clés Kitagata Ouganda - 329 producteurs agroécologie manioc
Chiffres clés Kitagata Ouganda - 26 jardins de démonstration installés

Au Kenya, notre partenaire Yehu Impact Limited récompensé par l’agence internationale MicroFinanza Rating

Yehu, kenya, octobre 2025 ©philippe lissac/godong pour sidi

Au Kenya, Yehu Impact Limited, partenaire de Soluti, filiale de la SIDI pour l’Afrique de l’Est, a récemment obtenu la certification de son engagement en matière de protection des clients vulnérables.

Quel rôle jouent les agences de notations internationales ?

Depuis la fin des années 2000, des agences de notation se sont développées, sur le modèle de leur alter ego de la finance classique, afin d’assurer des pratiques de gestion raisonnées de la part des institutions de microfinance. En effet, dans un contexte de besoins massifs de services financiers par les petits entrepreneurs du secteur informel, certains acteurs ont pu y voir un marché immense et donc des potentiels de profits plus que d’impact… en témoignent les scandales récurrents dans certains pays dont les médias se sont fait l’écho.

Aussi, ces agences, dont MicroFinanza Rating, leader et pionnier basé à Milan, jouent un rôle important puisqu’elles analysent en détail les données et les pratiques des institutions de microfinance permettant d’aboutir à une notation indépendante. Et plus important encore, elles contribuent à faire circuler les bonnes pratiques dans le secteur, jusqu’à permettre l’élaboration de standards reconnus au niveau international. Ces standards sont ensuite fixés par une ONG regroupant les acteurs, la Social Performance Task Force.

Protection des clients : de quoi parle-t-on exactement ?

Un des enjeux majeurs de ces bonnes pratiques consiste à protéger les clients. Les populations vulnérables, souvent peu éduquées en matière financière, peuvent facilement tomber dans des spirales de sur-endettement, voire être la cible d’escroquerie. Ces standards vont donc s’assurer que l’institution de microfinance prendra toutes les mesures en son pouvoir pour éviter qu’un bénéficiaire se surendette.

De même, les institutions de microfinance doivent s’assurer que les clients puissent comprendre parfaitement les conditions des prêts (taux et diverses commissions, procédures en cas d’arriérés, etc.) qu’ils vont contracter. Les institutions de microfinance proposent par exemple des contrats en langues locales, avec des explications à l’oral et pas seulement par écrit. Cet ensemble de bonnes pratiques est réuni dans un standard reconnu et appelé “Client Protection Pathway”.

Au Kenya, Yehu Microfinance récompensée pour ses efforts en faveur des populations les plus marginalisées

Le Kenya constitue la première économie d’Afrique de l’Est. Il s’agit d’un leader en matière d’innovations technologiques pour permettre l’inclusion financière des populations marginalisées avec l’invention du “Mobile Banking”, c’est à dire la possibilité de payer ou d’épargner avec un simple téléphone portable, et ce bien avant l’arrivée des smartphones. Aussi, la microfinance s’y est développée de façon très dynamique depuis plus de 20 ans mais sans réel cadre réglementaire.

En obtenant le niveau argent de la « Certification Protection Client », Yehu Impact Limited démontre qu’elle a satisfait et dépassé un ensemble de critères rigoureux sur la qualité et l’éthique de ses pratiques pour protéger ses clients. Cette reconnaissance vient ainsi renforcer la crédibilité de Yehu Impact Limited en matière d’impact social : l’argent investi sert le développement et l’autonomie des communautés vulnérables, leur insertion économique.

Qui est Yehu Microfinance ?

Yehu Impact Limited est une institution de microfinance fondée en 1998 au Kenya, par Choice Humanitarian, une ONG internationale. Elle a débuté ses activités en organisant des groupes de femmes et en facilitant leur accès à l’épargne. Aujourd’hui, Yehu Impact Limited touche plus de 70 000 bénéfiaires, principalement des femmes en milieu rural, dans le but d’autonomiser leurs communautés grâce à des microcrédits abordables, durables et socialement responsables.

Yehu Impact Limited déploie des activités d’éducation financière auprès des populations les plus vulnérables à travers une série de formations sur la gestion financière. L’institution de microfinance soutient ainsi la création d’activités génératrices de revenus dans l’agriculture, les énergies vertes, la micro-assurance, etc.

La SIDI est particulièrement fière de l’engagement des équipes de Yehu Impact Limited en faveur d’une finance inclusive. Cette certification en matière de protection clients participe à la reconnaissance des efforts de cette institution de microfinance en faveur de l’autonomisation des communautés les plus marginalisées en milieu rural au Kenya.

Retour de mission : en Côte-d’Ivoire, nos partenaires face à la baisse de production du cacao

Plants cacao 5 Cote d'Ivoire

Retour de mission : chaque trimestre, un membre de l’équipe opérationnelle de la SIDI nous partage une mission réalisée auprès des partenaires et de leurs bénéficiaires.

Avez-vous remarqué l’envolée du prix de votre chocolat préféré ces derniers temps ? La hausse des cours représente de nombreux défis pour nos partenaires impliqués dans la filière cacao en Côte d’Ivoire, un pays qui représente à lui seul près de 40% de la production mondiale. De retour de mission, Junior Tombe, chargé de partenariats, nous apporte son éclairage.

Depuis septembre 2023, je suis en charge du suivi des partenaires de la SIDI dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest. C’est ainsi que j’ai découvert la Côte-d’Ivoire, un des pays d’intervention de la SIDI. Les mutations que connait le secteur agricole dans ce pays rendent chaque mission passionnante.

Cette fois-ci ma mission concernait la filière cacao. Nous accompagnons principalement des coopératives certifiées qui achètent directement aux producteurs des fèves séchées et fermentées et revendent ensuite aux exportateurs, souvent filiales des grandes multinationales du chocolat.

Il faut savoir qu’aujourd’hui la Côte-d’Ivoire représente entre 35 à 40% de la production mondiale de cacao (plus de 50% avec le Ghana). Toute évolution de la production y influence donc directement le marché mondial.

La vente à terme du cacao face à l’envol des cours mondiaux

La particularité intéressante de la Côte-d’Ivoire est d’avoir un marché du cacao très encadré. L’État, à travers le Conseil Café Cacao (CCC) fixe le prix du cacao à chaque début de campagne :  du 1er octobre au 31 mars de l’année suivante pour la grande traite, et du 1er avril au 30 septembre pour la petite traite. Ainsi, un barème de prix définit le prix de vente à tous les niveaux de la chaîne de commercialisation, du planteur à l’exportateur. Le prix « bord champ » est celui payé aux producteurs par les coopératives. En principe, nul ne peut acheter en dessous ou au-dessus sous peine de sanctions.

Cette politique de stabilisation des prix, adoptée après les excès constatés de la libéralisation, garantit un prix minimum aux producteurs et permet de sécuriser les ventes futures via des contrats à terme, à des prix négociés six-douze mois avant la campagne. Mais la dernière campagne (2023/24) et la grande traite de la campagne 2024/25 ont été marquées par une baisse de la production : moins 25 à 30% en 2023-2024 et baisse des livraisons pour la campagne en cours. Causée par le dérèglement climatique -les « sécheresses » alternent avec des trop fortes pluies -, la baisse de la production couplée à la spéculation boursière a contribué à la flambée historique des cours sur le marché international (la tonne de cacao passait de 4k$ à 12k$ entre fin 2023 et avril 2024).

Étant donné que la grande partie de la production de cacao ivoirien est vendue anticipativement à des prix négociés à l’avance, la flambée des prix a donc creusé l’écart entre le prix bord champs payé aux producteurs et le prix sur le marché, mettant finalement en tension la politique de stabilisation des prix. Cela pose de nouveaux défis aux coopératives.

Des partenaires matures capables d’anticiper les évolutions de la production

J’ai été impressionné lors de ma mission par la maturité de nos coopératives partenaires face à ces défis. Elles ont ainsi réussi à livrer 80% de leurs contrats aux acheteurs sur la grande traite 2024/25.

Cela démontre leur niveau de connaissance du terrain ainsi que l’efficacité de leurs stratégies de fidélisation des producteurs. Dans un contexte de baisse de production du cacao pouvant intensifier la concurrence, les avantages que nos partenaires fournissent à leurs membres sont déterminants pour sécuriser le stock : fourniture d’intrants, prêts scolaires, formations, dons d’outils, etc.

En plus d’avoir misé sur les services non commerciaux, nos partenaires ont anticipé l’augmentation de leur besoin de financement. C’est ainsi qu’ils ont obtenu des montants plus importants de préfinancements des acheteurs, en plus du relèvement des montants de leurs prêts négociés à la SIDI (+1,1 M€ de prêts en 2024 par rapport à 2023).

Contrairement aux avances des acheteurs, remboursées à la livraison et aux prêts des banques souvent amortis mensuellement, les prêts SIDI offrent un fonds de roulement flexible car ils sont remboursés sur les dernières livraisons.

L’exemple d’ECAM, un partenaire emblématique de la SIDI depuis 2017

Basée à Méagui au sud-est de la Côte d’Ivoire, ECAM dépasse les 3000 membres pour une capacité de production d’environ 7000 t de cacao.

Lors de ma visite dans les plantations de membres d’ECAM, je me suis rendu compte de la résilience de la coopérative car certaines parcelles sont touchées par la maladie swollen shoot depuis quelques années. Cette maladie, incurable à ce jour, détruit les branches et les feuilles des cacaoyers, entrainant la chute de la production pour les producteurs et par conséquent, la baisse des revenus. Pour faire face à ce fléau, ECAM promeut la diversification des cultures en distribuant des semences des cultures maraichères pour suppléer le cacao dans les zones infectées. Ceci s’ajoute aux activités du programme de durabilité d’ECAM: la promotion des intrants bio pour soutenir la productivité, distribution d’arbres d’ombrage etc.

SCEB, une coopérative 100% bio qui pourrait être un nouveau partenaire

Cette mission m’a permis de rencontrer un potentiel nouveau partenaire pour la SIDI : SCEB, une coopérative 100% bio, assez différente de ce qu’on peut voir en Côte-d’Ivoire.

Pour la SIDI, c’est important de soutenir un partenaire qui fait le choix de l’agriculture biologique dans un contexte où moins de 10% des membres des coopératives partenaires sont bio, et où l’Union Européenne, principale acheteuse du cacao ivoirien, renforce ses dispositifs légaux de lutte contre la déforestation.

Le positionnement de la coopérative sur ce marché de niche dans un pays qui cultive presque exclusivement le cacao en conventionnel constitue un exemple pour d’autres coopératives.

Dans l’ensemble, c’est vraiment enrichissant pour la SIDI d’accompagner ces partenaires de la filière cacao en Côte d’Ivoire qui montrent une grande capacité d’adaptation. Ainsi, je suis convaincu que l’expérience ivoirienne peut être riche d’enseignements pour d’autres pays et d’autres filières.

 

Propos recueillis par Anne-Isabelle Barthélémy

Crédits images SIDI : plants de cacao, pépinière d’arbres d’ombrage, sur la route, cacaoyer atteint par le swollen shoot

 

Résister en temps de conflit : le témoignage d’Hekima, partenaire basé en République Démocratique du Congo, à l’Assemblée générale de la SIDI

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Hekima est intervenu dans le cadre de l’Assemblée générale de la SIDI le 11 juin afin de nous permettre de mieux comprendre le rôle des institutions de microfinance au Kivu, marqué par les conflits armés et une forte insécurité, ainsi que la manière dont Hekima parvient à poursuivre ses activités dans ce contexte.

Comme chaque année, l’Assemblée générale est l’occasion pour la SIDI d’inviter l’un de ses partenaires à témoigner. Cette année, nous avons eu le plaisir d’accueillir Laurent Daddy Yamba, Directeur général de l’institution de microfinance (IMF) Hekima, partenaire de la SIDI dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). 

Un partenariat entre Hekima et la SIDI basé sur la confiance  

Les premiers contacts entre Hekima et la SIDI remontent à 2013, et le partenariat a officiellement débuté en 2021. Il repose sur une grande confiance. En termes de financement, la SIDI et FEFISOL (Fonds européen de financement solidaire pour l’Afrique)financent Hekima à hauteur d’1,5 millions de dollars depuis 2021. Parallèlement, et à la demande d’Hekima, la SIDI a intégré son Conseil d’administration, contribuant au débat sur son développement stratégique et maîtrisé : croissance du portefeuille, digitalisation, expansion dans une zone à haut risque.  

Hekima et la situation au Kivu 

Laurent D. Yamba nous a expliqué comment Hekima continue de travailler dans un contexte difficile : depuis janvier 2025, l’offensive menée par le M23, groupe rebelle actif au Kivu soutenu par les soldats rwandais, a entraîné des exactions, déplacement de populations, pertes économiques et une insécurité généralisée ce qui fragilise les activités de l’IMF (voir notre article sur la prise Goma par le M23 et l’impact sur nos partenaires et la population). Le 27 juin, un accord de paix a été signé entre la RDC et le Rwanda mais la situation reste incertaine.  

Fondée en 2007, Hekima est une IMF dont le siège est à Goma et qui est implantée via trois autres agences à Bukavu, Kalemie et Lubumbsahi. Elle compte 8 119 emprunteurs actifs pour un portefeuille de crédits de 9,7 millions de dollars à la fin du premier trimestre 2025. L’IMF s’adresse principalement aux femmes entrepreneuses (78 % de sa clientèle), notamment à travers des crédits de groupe (inspirés des tontines locales) principalement en milieu urbain, en raison des risques liés au secteur agricole informel.  

Depuis janvier 2025, l’argent liquide se fait rare, les IMF deviennent donc des structures stratégiques, mais aussi particulièrement exposées, ce qui met en danger les activités et l’équipe d’Hekima. Entre les violences contre les clients, le pillage des activités des emprunteurs, le ralentissement économique et les difficultés logistiques, Hekima, comme toutes les IMF de la région, a dû réduire ses opérations.  

Laurent Daddy Yamba est actuellement à Kinshasa pour des raisons de sécurité. Les échanges avec les clients sont rendus difficiles, les rééchelonnements de crédits aussi. Si certaines IMF tiennent encore, beaucoup de structures mutualistes “ne tiennent plus que de nom. Elles sont mortes.”  

« Les institutions de microfinance agonisent et ont besoin de soutien – et elles en auront encore plus besoin demain, lorsque la crise sera passée, car il faudra relancer les activités. » 

Maintenir l’activité malgré le conflit 

Malgré tout, Hekima continue de fonctionner et de servir ses clients en s’adaptant constamment. Des points de repli sont organisés pour la collecte et la distribution de fonds, parfois dans des hôtels. L’équipe, bien que dispersée, poursuit ses missions en télétravail et organise des rendez-vous aux horaires les plus sûrs. Tous gardent espoir et restent engagés dans leur mission malgré la guerre civile. 

Ce maintien de l’activité a renforcé la confiance des clients envers Hekima. A Goma, de mars à mai 2025, l’IMF a ainsi pu financer 476 crédits pour un total de 246 000 dollars, sous la forme de petits prêts d’environ 500 dollars, dans une région où la monnaie liquide est rare et cruciale pour l’accès aux soins ou à l’alimentation. Dans cette période complexe, Laurent Daddy Yamba explique comment Hekima privilégie les prêts aux groupes car l’impact est plus important. 

Quelles solutions pour demain ? 

Laurent Daddy Yamba mène également un plaidoyer auprès des institutions internationales et nationales – FMI, Banque mondiale, Banque centrale du Congo – pour la création d’un fonds de relance pour l’après crise. En effet aucune IMF ne pourra faire face seule à la reprise d’activité. Ce fonds de relance comporterait trois volets : des emprunts à taux 0, des fonds de subventions – soit d’équipements, soit du portefeuille –  et des garanties financières rapidement utilisables. Pour Laurent Daddy Yamba, un tel fonds de relance est essentiel pour redémarrer les opérations dès que les conditions sécuritaires permettront le retour des clients en grand nombre. 

Un témoignage porteur de sens 

Inviter Hekima et son Directeur général Laurent Daddy Yamba à notre Assemblée générale est un honneur pour la SIDI, et également une manière forte d’exprimer notre solidarité avec notre partenaire, les populations congolaises et les acteurs de la microfinance au Kivu.  Aujourd’hui, l’enjeu est clair : se tenir aux côtés d’Hekima et préparer l’après-conflit. 

Au Liban, la fragile renaissance d’Al Majmoua et du microcrédit, malgré la crise financière et la guerre

Devant l échoppe

Retour de mission : chaque trimestre, un membre de l’équipe opérationnelle de la SIDI nous partage une mission réalisée auprès de partenaires et de leurs bénéficiaires. Pour sa première mission au Liban, Jean-Baptiste Cousin raconte sa découverte de notre partenaire Al Majmoua, dans un pays encore sous le choc de la crise financière et des récentes attaques israéliennes.

J’ai repris le suivi du partenariat SIDI pour le Liban depuis janvier 2025. Une première mission prévue en février, a dû être annulée au dernier moment en raison des trop nombreux bombardements Israéliens sur Beyrouth, en dépit de la trêve signée. Au mois de mai, je peux enfin partir, avec ma collègue Ariane Bevierre et une délégation de l’ADIE. Lors de cette mission, je découvre la résilience de Al Majmoua, première institution de microfinance au Liban, un partenaire que je connais peu, mais qui est tout à fait dans le ciblage de la SIDI.

Au Liban, les banques ne fonctionnent plus

A mon arrivée, je découvre un pays où il n’y a plus de services bancaires, ni d’activités financières. En 2020, à la suite d’une dévaluation massive, les banques ont confisqué les avoirs des épargnants (90 milliards de dollars !).  L’élite du pays a sorti son argent à temps. Mais le reste de la population s’est retrouvé avec ses comptes bloqués et l’impossibilité de retirer de l’argent, sauf au compte-goutte.  Ces derniers mois, il était encore interdit de retirer plus de 250 dollars par mois. A ce rythme-là, il faudrait 3 000 ans pour que Al Majmoua récupère les 9 millions de dollars séquestrés sur ses comptes. Résultat, plus personne ne dépose d’argent dans les banques, qui n’accordent aucun prêt.

Alors que les revenus moyens se sont effondrés et que 30% de la population vit sous le seuil de pauvreté, la demande de crédit est énorme. Les seuls recours possibles viennent de l’argent de la diaspora ou de la microfinance. Le problème ? Plus aucun bailleur ne veut aller au Liban à cause des pertes essuyées pendant la crise.

La crise financière libanaise a failli emporter totalement notre partenaire Al Majmoua

Avant la crise, Al Majmoua était une institution financière des plus performantes, qui gérait plus de 100 000 prêts. Au moment de la crise, elle se retrouve au bord de la faillite complète. Avec la dévaluation de la livre libanaise, son portefeuille a perdu 99% de sa valeur, vu le taux de change imposé. L’association perd tout son patrimoine financier dans la tourmente :  50 millions de dollars !

La faillite de l’association est évitée grâce à l’apurement de ses dettes par les bailleurs, qui vont assumer des pertes de 50 millions de dollars, dont un million de dollars pour la SIDI.

Des prêts remboursés rubis sur l’ongle

Après avoir failli disparaître, Al Majmoua continue aujourd’hui son activité prudemment. Avec le peu d’argent dont elle dispose, elle délivre des prêts modestes de l’ordre de 500 dollars en moyenne. Elle peut ainsi toucher plus de monde. En avril 2025, elle compte à nouveau 23 000 prêts en cours. Pour 85% d’entre eux, c’est pour soutenir une activité économique.

A Beyrouth, je visite une vendeuse de poulet palestinienne. Le plafond de sa boutique s’est effondré pendant les bombardements israéliens. Le prêt va lui permettre de réparer son plafond afin de poursuivre son activité économique, et rembourser peu à peu ses échéances.

Dans ce contexte de crise financière et de guerre que vit le Liban, je suis impressionné par le taux de recouvrement des prêts d’Al Majmoua qui atteint 98%. Y compris au Sud Liban et dans la plaine de la Bekaa ravagés par les bombardements.

Chez les bénéficiaires de prêts rencontrés, je ressens un fort sentiment d’identification à Al Majmoua et une reconnaissance. Pour eux rien n’est plus important de payer, car Al Majmoua est la seule entité qui peut leur prêter pour leurs projets. Ils espèrent que l’association pourra continuer de les aider à se relever.

Une vision globale de la lutte contre la pauvreté

Moi, je me suis totalement retrouvé dans l’approche d’Al Majmoua.

Pour Al Majmoua, le microcrédit n’est pas une fin en soi, mais d’abord un moyen de lutter contre la pauvreté. Il s’agit d’une association qui mène à la fois des activités financières et non financières. Pour accompagner ses membres, elle agit sur différents leviers : le financement, mais aussi l’éducation, et l’organisation. Elle propose par exemple un programme d’éducation financière : comment gérer un prêt, un budget, un prévisionnel. Toute une culture entrepreneuriale de base, extrêmement importante pour sortir de la pauvreté.

Cette posture n’est pas si fréquente dans le monde de la microfinance. Mais elle correspond totalement à la SIDI qui propose à la fois des services financiers et de l’accompagnement.

Pour moi, cette approche globale est la plus efficace pour lutter contre la pauvreté. Car la pauvreté a de nombreuses facettes et le crédit, seul, ne résout rien.

Accompagner Al Majmoua dans sa renaissance

Ce n’est pas facile d’envisager de prêter de nouveau au Liban. La SIDI (ou plutôt le FID, le fonds de garantie abondé par des congrégations, le CCFD-Terre Solidaire et la SIDI elle-même) a dû couvrir des pertes importantes. Mais cela me parait être le bon moment pour accompagner Al Majmoua dans son redéploiement, alors que si peu d’organisations la soutiennent. C’est une institution qui me semble détenir le potentiel et les qualités pour se redresser.

Dans un contexte où la pauvreté a explosé, la demande en microcrédit est très importante. Or jusqu’à maintenant personne ne veut retourner au Liban. Pour la SIDI qui « souhaite aller là où les autres ne vont pas », cela ne prendrait-il pas tout son sens de s’engager à nouveau ?

C’est notre job, en tant que chargé de partenariats, de maintenir cet équilibre entre préserver les ressources des actionnaires de la SIDI et répondre à la mission qu’ils nous confient.

 

Propos recueillis par Anne-Isabelle Barthélémy

Crédits photo : Philippe Lissac – agence Godong /SIDI; sauf photo couverture ADIE

SICSA, un acteur clé de la finance inclusive en Amérique Centrale

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Depuis 2015, la SIDI soutient SICSA, un acteur engagé aux côtés des institutions de microfinance en Amérique Centrale

SICSA est une institution de refinancement en microfinance enregistrée au Panama mais dont les bureaux sont basés au Honduras. Créée en 2006 à l’initiative du réseau centroaméricain de microfinance REDCAMIF, elle joue un rôle clé dans le soutien du secteur de la microfinance en Amérique Centrale. Cette région, marquée par de fortes inégalités et une instabilité politique chronique, reste très vulnérable au monde face aux chocs économiques et climatiques. Le rôle de la microfinance y est essentiel pour permettre aux populations exclues des circuits bancaires classiques de développer une activité et de renforcer leur résilience. 

Aujourd’hui active dans six pays, SICSA propose une gamme diversifiée de produits et services financiers à une trentaine de petites institutions de microfinance (IMF) de la région. Sa valeur ajoutée réside notamment dans sa capacité à servir d’intermédiaire pour ces IMF, qui ne sont généralement pas d’une taille suffisante pour attirer des fonds d’investisseurs internationaux. 

En soutenant financièrement ces IMF, SICSA touche les populations les plus vulnérables, contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté à travers le levier de l’inclusion financière. Son action se concentre en particulier sur les femmes, les jeunes et les communautés rurales. L’objectif est d’encourager leur autonomisation le long-terme en finançant des activités génératrices de revenus comme le commerce et l’agriculture. 

SICSA attache une importance particulière à la qualité de son offre et à la satisfaction des IMF partenaires, évaluée régulièrement via des enquêtes. Elle s’assure également que ces institutions partagent ses valeurs et ambitions sociales. Signataire de la Déclaration Conjointe sur la protection des clients, elle promeut activement les meilleures pratiques en la matière. En parallèle, SICSA intègre une dimension environnementale dans sa mission en accompagnant ses clients dans le développement de produits financiers verts.  

Un partenariat stratégique et durable 

Le partenariat entre SICSA et la SIDI a débuté en 2015 et s’est renforcé au fil des ans grâce à la stabilité et à l’engagement social de SICSA. En 2019, la SIDI est entrée au capital de l’institution, marquant ainsi une volonté d’inscrire cette collaboration dans la durée. Depuis, un consultant SIDI siège au conseil d’administration de SICSA et participe aux décisions stratégiques, notamment sur les enjeux sociaux et environnementaux. 

En 2022, sous l’impulsion de la SIDI, le comité de direction de SICSA a bénéficié d’une session de sensibilisation à la performance sociale et environnementale. Cet atelier a mis en lumière les bonnes pratiques déjà existantes au sein de l’institution et a souligné la nécessité de les formaliser pour mieux valoriser leur impact. 

À la suite de la planification stratégique de SICSA en 2023, la SIDI a proposé un accompagnement dédié pour structurer et mettre en avant l’engagement social et environnemental de l’organisation. Pendant un an, le pôle PSE de la SIDI a collaboré avec l’équipe de SICSA afin d’établir un cadre formel comprenant des objectifs sociaux et des indicateurs de suivi. L’ensemble de l’équipe de SICSA a été impliquée dans ce projet, qui a généré des échanges enrichissants sur la mission, les pratiques et les ambitions futures de l’organisation. 

Une fois les objectifs et indicateurs définis, un travail approfondi a été mené sur les outils de collecte et de consolidation des données pour assurer un suivi efficace de la performance sociale et environnementale sur le long terme. Après un premier test de ces nouveaux outils, et une collecte des données menée avec succès par l’équipe de Sicsa, le pôle PSE a continué son accompagnement en soutenant l’organisation dans l’élaboration de leur premier bilan social. 

Un engagement renforcé pour l’avenir 

Cette dynamique a débouché sur  un résultat concret : un premier bilan social qui illustre clairement le positionnement et l’impact social de SICSA en Amérique Centrale. Plus qu’un simple exercice de formalisation, ce travail a permis d’ancrer son engagement social et environnemental comme un axe stratégique central de son activité. 

Nous sommes fiers de soutenir SICSA dans cette démarche et convaincus que cet effort de structuration contribuera à renforcer son impact sur le terrain. Un grand merci à toute l’équipe de SICSA pour son engagement et sa vision, nous avons hâte de poursuivre cette belle collaboration ! 

Vanille de Madagascar, rencontre au bout du monde avec un nouveau partenaire

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Retour de mission : Gabrielle Orliange nous raconte son périple hors du commun pour remonter la route de la vanille et nouer un nouveau partenariat pour la SIDI.

Avant de sublimer nos glaces, cannelés et crèmes anglaises, saviez-vous que la vanille parcourait une route semée d’embûches ? Pour la SIDI, Gabrielle Orliange a remonté le chemin de la vanille à la rencontre des coopératives, depuis Tananarive, capitale de Madagascar, jusqu’à la jungle des environs de Mananara. Nous vous proposons de la suivre, notamment le jour où elle rejoint une zone particulièrement isolée, et découvrir ainsi également une nouvelle facette du métier de chargé de partenariats à la SIDI.

Je réside à Madagascar où je suis chargée de partenariats à mi-temps pour la SIDI. Après avoir identifié un nouveau partenaire possible dans le secteur agricole, j’avais besoin d’aller le rencontrer sur le terrain. MVE (Madagascar Vanilla Export) est une PME familiale qui transforme la vanille pour pouvoir l’exporter. Elle achète la vanille à deux coopératives de producteurs et productrices, et les aide aussi à se structurer.

Après quatre mois d’échanges par mail, j’ai organisé une mission de sept jours à leur rencontre afin de présenter un rapport détaillé au Comité de financement de la SIDI dans la perspective d’un prêt.

MVE est basée à Tamatave, à environ 400 kilomètres de Tananarive, la capitale de Madagascar où je vis. Parcourir cette distance m’a pris une journée entière de taxi brousse. Puis j’ai continué en 4X4 encore deux journées sur des chemins cahoteux, à la rencontre des producteurs des zones littorales.

Rencontre sur les hauts plateaux

En ce quatrième jour, je dois rejoindre un village près de Mananara, situé sur des “hauts plateaux”1, dans une forêt très dense. C’est ici, dans cette zone particulièrement reculée, que pousse la vanille de meilleure qualité.

La piste est trop étroite pour un 4X4, et nous commençons par deux heures de moto dans la boue.  Lorsque j’arrive au village, une quinzaine de producteurs de la coopérative Label Vavasaha, qui en compte environ 500, sont réunis dans la salle commune du village. Je sens qu’ils ont surtout très envie de me montrer leurs plantations. Pour cela il faut encore s’enfoncer plus dans la jungle. Nous commençons par emprunter une pirogue, avant de finir par ouvrir le chemin à la machette.

Une fois arrivés, ils sont très fiers de me montrer leurs parcelles, là où se cultivent la plus belle vanille de Madagascar !

Je vois comme des gros haricots verts qui pendent des lianes enroulées autour des arbres. La vanille est une culture très exigeante, qui demande un soin constant. Originaire du Mexique, il faut la bouturer et féconder à la main les fleurs qui donneront la vanille.

Au bout du monde

Je suis frappée par l’isolement de ces producteurs. On a l’impression d’être au bout du monde. Madagascar est déjà une ile solitaire. L’immensité de son territoire ­et le manque d’accessibilité de la zone accroissent encore cette sensation.

D’une certaine façon, cet isolement, qui les protège des vols, arrange les producteurs. Mais en arrivant après quatre jours de transports acrobatiques, je comprends le coût logistique de la culture de la vanille. J’ai encore plus de respect pour MVE, obligé de faire avec cette réalité et son lot d’imprévus : les voitures en panne, les problèmes d’approvisionnement en carburant. Ce n’est pas évident d’aller chercher la vanille aussi loin.

La deuxième chose qui me marque, c’est de voir comment la vanille, par sa valeur, a permis de générer de la richesse. Même si ces zones sont très enclavées, je vois des motos un peu partout, des antennes paraboliques, des 4X4. Des biens très rares sur les plateaux agricoles proches de Tananarive, une région moins enclavée, mais plus pauvre, essentiellement productrice de riz.

Ici, tout le monde fait de la vanille, de quelques gousses à plusieurs kilos. Cette manne profite à tous, même si certains en profitent plus que d’autres.

Pour les producteurs et productrices, la différence vient de la manière d’écouler leur production. Ceux qui sont seuls ont plus de difficultés à vendre leur marchandise à bon prix. Mais ceux qui arrivent à se mettre en coopérative parviennent à négocier et vendre leur production à un meilleur tarif. MVE est soucieuse d’acheter aux producteurs des coopératives la vanille à un prix plus élevé que les prix du marché.

Visite du site de transformation

Sur la route du retour, je passe voir le site de la transformation finale, à Tamatave. L’entrepôt de MVE est situé dans un lieu discret, sain et sécurisé, avec des gardes.

Ici la vanille est séchée au soleil pendant plusieurs semaines. Ensuite les gousses sont triées avant d’être affinées dans des caissons pour développer leur arôme. Après plusieurs mois, elles sont contrôlées et classées par qualité avant d’être conditionnées pour l’exportation.

Dernière étape, la vanille est envoyée à Tananarive avant d’être expédiée en Europe. Les gousses, fragiles, voyagent par avion. La poudre, plus résistante, peut voyager en bateau. Il ne faut pas moins de 90 jours en moyenne pour rejoindre la France depuis Tananarive.

Une mission hors du commun

Cette mission aura été une véritable découverte pour moi qui vit pourtant à Madagascar. Jamais je ne me suis enfoncée aussi loin dans le pays. Les autres partenaires avec qui nous travaillons sur l’île dans le secteur de la microfinance sont beaucoup plus accessibles. Cela nous permet de trouver un équilibre. Si le partenariat avec MVE est un plus risqué financièrement pour la SIDI, il répond à sa vocation de soutenir le secteur agricole et de solidifier ce genre d’entreprises.

Comme c’est une structure qui n’a jamais bénéficié d’investissements, le prêt de la SIDI représente une vraie valeur ajoutée pour elle. C’est ce que nous appelons un « partenaire à impact », dont j’ai pu mesurer sur place l’engagement social et environnemental.

Le prêt a été décaissé à l’été 2024. Grâce à lui, la vanille a pu être achetée aux producteurs. Comme chaque année à cette époque, MVE est en attente de l’agrément d’exportation aux acheteur européens. La vente de la vanille permettra à MVE de rembourser le prêt de la Sidi. S’ils arrivent à rembourser et à tenir les délais, le prêt pourra être renouvelé en 2025 pour leur permettre d’acheter la vanille cet été.

 

Propos recueillis par Anne-Isabelle Barthélémy

 

1. Ce sont des hauts plateaux mais qui n’ont rien à voir avec la région des hauts plateaux malagasy qui culminent à 1500 m

La prise de Goma par le M23 : un impact direct sur les populations et l’activité des partenaires de la SIDI au Kivu

Hekima RDC photo Philippe Lissac

Depuis plusieurs semaines, la région du Kivu, en République démocratique du Congo, traverse une nouvelle crise majeure. La prise de la ville de Goma par le groupe armé M23, soutenu par les soldats rwandais, plonge la population dans une situation dramatique : au moins 2900 personnes tuées selon les Nations Unies le 07 février 2025. Des déplacements massifs, des pertes économiques et une insécurité généralisée rythment le quotidien de milliers de familles.

Une région marquée par une instabilité chronique

Région frontalière de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, le Kivu est enlisé depuis plus de vingt ans dans une situation de conflit quasi permanente, qui entretient une instabilité chronique entravant le développement socio-économique du territoire et de ses habitants. Cette situation particulièrement complexe du Kivu, en a fait une région prioritaire pour la SIDI, qui compte sur place sept partenaires couvrant tous ses champs d’intervention : l’inclusion financière (institutions de microfinance comme Paidek, Guilgal, Hekima, union de coopératives de crédit comme COOCEC, promoteurs de mutuelles de solidarité), les chaines de valeur agricole (les coopératives de café bio et commerce équitable Muungano et CPNCK) et la lutte contre les changements climatiques (à travers le partenariat innovant avec la société Altech, fournisseur d’énergie renouvelable) .

Des partenaires SIDI directement impactés

La prise de Goma, capitale du Nord Kivu a des conséquences directes sur nos partenaires locaux, en particulier Hekima, une institution de microfinance (IMF) que la SIDI accompagne depuis plusieurs années et dont le siège est à Goma. Cette IMF joue un rôle essentiel : elle accorde des crédits de groupe à des femmes entrepreneuses. Hekima touche près de 15000 bénéficiaires dont 74% de femmes, qui grâce à des financements adaptés peuvent développer leurs activités et renforcer leur résilience économique. Mais aujourd’hui, les opérations sont à l’arrêt, et les équipes doivent s’adapter pour se protéger et protéger les bénéficiaires tout en assurant un minimum d’activité. Du côté des coopératives de café partenaires de la SIDI, la situation est également dramatique alors que la saison a démarré fin janvier. Muungano, la coopérative de café basée à Kiniezire n’a pas pu démarrer sa collecte de cerises de café auprès des 4245 producteurs membres en raison des combats. De son côté, la coopérative CPNCK, basée sur l’île d’Idjwi sur le lac Kivu, n’a plus accès aux ressources financières bloquées à Goma, et néanmoins nécessaires pour payer les 2300 producteurs

La SIDI, mobilisée aux côtés de ses partenaires

Au-delà de l’impact sur notre mission d’investisseur solidaire, ce sont avant tout le quotidien des populations qui est bouleversé. Dans ces périodes de crise, les besoins humanitaires et économiques sont immenses. À la SIDI, nous restons mobilisés pour accompagner nos partenaires du Kivu autant que possible, en espérant un retour rapide à la stabilité. Et nous saluons le courage des équipes locales et des populations qui continuent, malgré tout, à s’engager pour maintenir une activité économique au Kivu.

 

crédit photo : Philippe Lissac – agence Godong / SIDI