La SIDI a fait le choix d’appuyer des partenaires dans les territoires Palestiniens occupés par Israël, depuis 1988 ! Mais rapidement, la SIDI considère que tout investissement dans les micro-entreprises palestiniennes - extrêmement risqué en raison de l’absence de paix juste dans la région -, ne sera viable qu’avec un mécanisme de garantie permettant de sécuriser ces prêts et couvrir les institutions de microfinance des pertes liées à l’occupation.
Comprendre les outils financiers déployés par la SIDI
La SIDI dispose à son arc de plusieurs outils de financements pour soutenir les activités de ses partenaires. Les « prises de participation en capital » consistent pour la SIDI à entrer au capital des entreprises partenaires, afin de renforcer leurs fonds propres et les accompagner dans leur développement sur le long terme.
Les « prêts » quant à eux permettent à nos partenaires, en particulier les organisations de producteurs, de pouvoir préfinancer la récolte de leurs membres.
Mais alors qu’est-ce que Daman ? A travers cet article, nous souhaitons mettre en lumière ce fonds de garantie palestinien, un moyen de résistance financier peu commun et innovant, qui, à son échelle, tente de soutenir des populations civiles les plus vulnérables.
Un peu d’histoire…
Il aura fallu près de 10 ans avant de parvenir à la création de Daman en 2015, une compagnie palestinienne dont l’actionnariat est composé au départ par la SIDI, ACAD Finance et ASALA (ces deux dernières étant des institutions de microfinance palestiniennes partenaires de la SIDI). En 2019, le fonds de garantie Daman est abondé grâce à l’obtention d’un premier cofinancement du gouvernement du Luxembourg et grâce à l’ONG CPJPO[1], ce qui lui permet de changer d’échelle.
Une des principales forces du fonds de garantie Daman est d’avoir identifié le risque « politique », c’est-à-dire les effets délétères de l’occupation violente de la Palestine par l’armée Israélienne, comme le principal risque à couvrir pour les micro-entreprises Palestiniennes.
Bien sûr, les initiateurs de Daman, tant à la SIDI qu‘au sein d’ACAD Finance, n’avaient jamais imaginé qu’après la sanglante et meurtrière attaque du Hamas en 2023[2], la terreur imposée par Israël, qui relève de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et même de risque génocidaire, allait « rayer de la carte » une partie de la population[3] et la totalité des infrastructures[4] de la bande de Gaza.
Le fonds de garantie patiemment construit grâce aux subventions du Luxembourg s’est révélé bien insuffisant pour faire face aux besoins à Gaza mais aussi en Cisjordanie, où la pression conjointe des colons, de la police et de l’armée, conduisent à des événements violents et à un isolement physique des communautés et des villes Palestiniennes. C’est un défi pour Daman et surtout pour son financement futur, mais cela ne l’empêche pas de fonctionner et de « faire sa part » dans un contexte parfois dramatique.
[1] Comite pour une paix juste au Proche Orient – https://paixjuste.lu/
[2] Plus de 1 200 morts, principalement des civils Israéliens
[3] 72 000 morts et 180 000 blessés, en majorité des femmes et des enfants
[4] 92% des bâtiments détruits
Comment fonctionne le fonds de garantie Daman ?
Chaque année, en fonction des montants disponibles, Daman alloue une somme à chacune des trois institutions de microfinance palestiniennes : ACAD, ASALA et REEF. Ces trois institutions de microfinance informent Daman des prêts en cours qui bénéficieront de cette couverture et qui répondent aux critères de remboursement. Il n’y a aucun transfert d’argent. C’est une somme globale maximale que l’institution de microfinance pourra réclamer au fonds de garantie, si jamais elle démontre que son client n’a pu payer son prêt à cause de l’occupation Israélienne.
Les conditions de remboursement et d’annulation des dettes du fonds de garantie Daman
Le fonds de garantie Daman ne rembourse pas n’importe quoi et n’importe comment. Les prêts « assurés » doivent être inférieurs à 10 000 US $, d’une durée maximale de 48 mois pour des activités de génération de revenus. Les prêts à la consommation sont exclus. Daman ne rembourse que le capital, c’est-à-dire que les intérêts non payés sont assumés par l’institution de microfinance. Si le client n’a pas pu rembourser son prêt depuis plus d’un an, alors l’institution de microfinance peut se tourner vers le fonds de garantie Daman pour demander un remboursement. Et si le client était déjà en défaut (retards de paiements) avant « l’accident de vie » lié à l’occupation militaire, le prêt n’est pas éligible au remboursement.
De leur côté, les institutions de microfinance apportent une contribution aux frais de Daman de 1,5% du portefeuille garanti.
Sur le terrain, des exemples concrets pour illustrer la situation
Mohamed H a demandé un prêt de 4 000 US dollars pour son atelier de fabrique de cages qui lui permet d’élever de la volaille. Lors de l’attaque du camp de réfugiés de Tulkarem début 2025, les bulldozers Israéliens ont rasé son atelier. Mohamed H a tout perdu.
Il y a aussi l’histoire d’Assel A qui avait contracté un prêt pour investir dans ses activités de maraîchage avec l’installation d’une serre. Le village où elle habite a été « fermé » par des colons pendant quelques jours. Elle n’a pu y accéder et irriguer les champs. Toute la récolte a été perdue et les bâches ont été lacérées par les colons.
Ces deux clients sont dans l’incapacité de payer leur prêt et illustrent concrètement les difficultés colossales rencontrées par les Palestinien.nes afin de maintenir une activité génératrice de revenus dans ce contexte de guerre.
L’institution de microfinance à l’origine de l’octroi du prêt peut alors présenter une demande de remboursement auprès du fonds de garantie Daman en préparant un dossier. Si la demande est recevable, Daman mandate un « expert » pour vérifier la véracité des faits. Si le rapport est favorable, Daman peut alors verser ces fonds à l’institution de microfinance et annuler la dette du client. Environ 85% des dossiers présentés par les institutions de microfinance au fonds de garantie Daman sont acceptés.
Les institutions de microfinance palestiniennes peuvent ainsi se reposer plus facilement sur ce mécanisme qui couvre une partie des risques financiers engagés. En rassurant les institutions de microfinance palestiniennes, ce sont finalement les populations vulnérables qui bénéficient plus facilement de prêts pour investir dans des activités génératrices de revenus, malgré la guerre.
En 2024 (annus horribilis vu les pertes totales enregistrées à Gaza), ce sont 332 623 dollars de 386 client.es des trois institutions de microfinance que Daman a pu compenser[1]. Pour conclure cédons la parole à l’évaluateur missionné par :
L’évaluation du projet montre qu’en dépit de toutes les contraintes liées au contexte, Daman est resté opérationnel et a joué un rôle de stabilisateur en faisant bénéficier des IMF de sa couverture du risque. Cela permis à ces dernières de prêter à des clients très vulnérables, ce qui n’aurait sans doute pas été possible si Daman n’avait pas été là[2].
Le grand défi demeure : comment capitaliser Daman durablement pour faire face aux besoins très spécifiques d’une zone de guerre et d’occupation comme la Palestine ? C’est ce à quoi Daman et ses actionnaires doivent s’atteler !
[1] 634 000 US $ depuis le début de l’opération de Daman
[2] Projet evaluation of Daman for SME’s by MFR
































