Retour de mission : au Burkina Faso, la SIDI intervient là où peu d’investisseurs s’engagent

Mission Burkina Faso, Bobo Dioulasso, Gebana- Jacques Afetor 2025

Tous les trimestres, la SIDI publie un article qui met en lumière une mission terrain réalisée par l’un·e de ses chargé·es de partenariats. Aujourd’hui, la SIDI partage le récit de Jacques Afetor, chargé de partenariat Afrique de l’Ouest de la SIDI depuis 2023, et basé à Lomé, au Togo. Ces rencontres sur le terrain constituent des moments clé pour rendre compte des réalités locales, prendre la mesure des défis auxquels sont confrontés les acteurs, tout en échangeant sur les perspectives. C’est aussi l’occasion de partager plus largement les accomplissements réalisés par nos partenaires.

J’ai la chance de bien connaître le secteur de la microfinance en Afrique de l’Ouest puisqu’avant de rejoindre la SIDI, j’ai travaillé pendant plus de dix ans au sein d’Assilassimé, une institution de microfinance sociale partenaire de la SIDI. Se retrouver dans la position de financeur apporte une nouvelle dimension, en offrant l’opportunité de soutenir non seulement le développement des activités des institutions de microfinance partenaires, mais également celles des entités agricoles engagées sur différentes filières dans la sous-région.

Etant donné la situation sécuritaire et les informations transmises par le ministère des Affaires Etrangères qui déconseille tout déplacement, mon départ en mission au Burkina Faso demeurait assez incertain.

Toutefois, les échanges avec mes contacts sur place ont permis d’avoir une appréciation plus fidèle du contexte réel dans le pays, facilitant la planification de la mission et la prise de dispositions appropriées pour en limiter les risques.

Burkina Faso : le pays des hommes intègres face à plusieurs défis

Avant de vous parler des visites effectuées auprès de nos partenaires, il me semble important de revenir sur le contexte burkinabé. Le pays est confronté à un climat sécuritaire et politique particulièrement tendu ces dernières années. Bien qu’une amélioration soit observée en 2025 dans la capitale et le sud-ouest du pays, la situation reste très fragile.

En 2023, plus de 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté selon la Banque Mondiale. Le Burkina Faso se classe 186ème sur 193 pays selon l’Indice de Développement Humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le Développement.  Les investisseurs restent peu nombreux et inaccessibles à la plupart des institutions de microfinance comme des petites coopératives agricoles du pays.

Plus de deux millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées hors du pays, soit plus de 10% de la population. Malgré ce contexte, la SIDI reste fidèle à sa mission afin d’accompagner le développement d’activités génératrices de revenus auprès de celles et ceux qui en ont le plus besoin.

A la rencontre d’ACEP : l’Agence de Crédit pour l’Entreprise Privée du Burkina Faso

J’ai commencé ma série de visites par ACEP Burkina dont le siège se trouve à Ouagadougou avec deux de ses 14 agences basées à Bobo Dioulasso, dans l’Ouest du pays. Le cœur de métier de l’institution est le financement des très petites et moyennes entreprises, structures généralement délaissées par les banques.

ACEP Burkina Faso est partenaire de la SIDI depuis 2021. La SIDI est également rentrée au capital d’ACEP en 2022, confirmant son choix de renforcer ce partenariat et d’accompagner au mieux les décisions stratégiques de l’institution de microfinance.

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Acep burkina faso 2025

ACEP rencontre des difficultés de trésorerie liées à la rareté des investissements étrangers au Burkina Faso, ce qui a entraîné un ralentissement dans le développement de ses activités en 2025, comparativement aux prévisions initiales.

Lors de ma visite, j’ai néanmoins été impressionné par la résilience de notre partenaire qui a su développer de nouveaux produits financiers adaptés aux clients individuels et ainsi diversifier ses sources de revenus. En guise d’exemple, ACEP propose des solutions de crédit via le mobile ne nécessitant pas de garantie. Elle met aussi à disposition des automates de dépôt d’argent pour faciliter l’épargne à ses clients et a lancé le déploiement de son nouveau produit d’épargne tontine qui consiste à faire la collecte de la petite épargne régulière auprès de ses clients. Le leadership de l’équipe dirigeante, ainsi que la détermination et l’engagement du personnel, permettent à ACEP de conserver un ancrage solide dans le secteur de la microfinance au Burkina Faso, malgré un environnement particulièrement contraignant. Cette résilience motive en partie la SIDI à poursuivre son accompagnement via son fonds FEFISOL.

Gestion de la performance environnementale et sociale d’ACEP

Depuis ma dernière visite il y a moins de deux ans, ACEP a renforcé son engagement en matière de gestion de sa performance sociale et environnementale, en désignant une personne dédiée à ces enjeux. Elle a aussi réalisé une étude d’impact avec le cabinet 60 decibels ayant permis d’évaluer les effets de ses services financiers auprès de ses clients.

Ainsi 41% d’entre eux déclarent que leur niveau de vie s’est amélioré grâce au développement de leurs activités avec un impact positif sur leur ménage, et 73 % des clients ont bénéficié pour la première fois d’un prêt.

Pour moi, c’est un bon signal : ces résultats confirment l’alignement de la stratégie d’ACEP avec la mission de la SIDI qui vise en priorité des populations exclues des circuits économiques et financiers conventionnels, notamment les populations rurales, les femmes et les jeunes.

Par ailleurs, ACEP accomplit également un travail remarquable avec le financement des acteurs des chaînes de valeur agricole locales, en particulier les PME intervenant dans différentes filières telles que le riz, le coton, le cajou, les fruits et légumes. Le financement de ces PME permet à ACEP de toucher indirectement des milliers de petits producteurs qui contribuent au renforcement de la sécurité alimentaire des populations.

2ème escale pour la visite de Gebana Faso : une révolution agricole 100% biologique au service des communautés locales

J’ai pu rencontrer l’équipe de Gebana Faso, entreprise spécialisée dans la transformation des noix de cajou et des mangues séchées. Gebana Faso est partenaire de la SIDI depuis 2019. Nos deux structures partagent des valeurs fortes en faveur d’une agriculture familiale respectueuse de l’environnement capable de renforcer le tissu économique local avec la création d’emplois pérennes sur les territoires.

Aujourd’hui, 100% de la production est certifiée biologique. Gebana Faso s’approvisionne dans plusieurs régions du pays, essentiellement auprès de plus de 5000 agriculteurs familiaux regroupés dans des coopératives de producteurs.

La « Belle Usine » : concrétisation d’un projet d’ampleur

La construction de la Belle Usine, comme j’aime l’appeler, a été finalisée en début d’année 2026 et j’ai eu la chance de pouvoir la visiter : elle permettra d’accroître les capacités de production, d’augmenter les volumes transformés (de 1500 tonnes de noix brutes transformées dans l’ancienne usine à une capacité de 7000 tonnes dans la nouvelle), de créer plus de 100 nouveaux emplois locaux supplémentaires tout en augmentant le nombre de petits producteurs partenaires de plus de 20%. Pour le séchage des mangues, on comptabilise 60 transformateurs employant plus de 4 000 personnes. En 2026, cette nouvelle usine permettra de prendre en charge une partie de cette activité habituellement externalisée. Au total, l’activité de Gebana Faso génère des revenus pour plus de 1 000 ménages.

Usine Gebana Faso 2026 ©Gebana
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La Belle Usine Gebana Faso 2025

Une filière économique plus juste pour les producteurs locaux et les salarié·es

Gebana Faso a su développer des chaines d’approvisionnement où les producteurs locaux tiennent une place primordiale. Ils bénéficient par exemple de plusieurs avantages financiers : une prime de 15€ par tonne vendue, une prime d’impact de 75€ ainsi qu’un prix de vente à Gebana Faso supérieur de 10% par rapport aux prix moyens du marché.

Les employé·es de Gebana Faso bénéficient de droits sociaux, de congés payés, et se rendent tous les jours sur le site de production grâce à des navettes spéciales affrétées depuis la ville de Bobo Dioulasso située à une vingtaine de kilomètres.

Réduire l’impact environnemental et climatique

  • Avec sa nouvelle usine, Gebana Faso pourra désormais valoriser la totalité de ses déchets de production (les coques de noix de cajou brutes et la peau des mangues), qui seront utilisés pour la cuisson des noix. Cette pratique contribue à une réduction significative de la pollution atmosphérique, notamment en limitant les émissions de CO₂.
  • En parallèle, Gebana Faso met en place des « champs écoles » qui permettent de former les producteurs aux pratiques de l’agroforesterie, un mode d’exploitation des terres agricoles qui permet une meilleure protection des sols et limite l’impact carbone.
  • Un projet de création d’un centre de compostage d’épluchures de mangue est également en cours de développement avec des tests réalisés qui sont déjà concluants.
  • Des formations en agroécologie sont dispensées auprès des producteurs afin de les accompagner sur le plan technique et opérationnel

A travers ses activités, Gebana Faso démontre qu’il est possible de développer une filière agricole ambitieuse sur le plan économique, social et environnemental, malgré un contexte difficile.

Suite à cette mission terrain et aux différentes analyses effectuées, il a été décidé d’octroyer de nouveaux prêts financiers à hauteur d’1 million d’euros via le fonds FEFISOL II pour Gebana Faso et ACEP, faisant de la SIDI l’unique investisseur étranger à s’engager auprès d’eux.

C’est un gage de confiance qui s’inscrit dans l’ADN de la SIDI : accompagner en faisant preuve de flexibilité, d’audace et d’innovations pour soutenir nos partenaires malgré les risques et le contexte fragile dans lequel ils s’inscrivent.

J’ai vraiment espoir pour le Burkina Faso et sa population car il y a un dynamisme palpable. Lorsque l’on rencontre les personnes sur place, on mesure réellement la forte volonté qui existe de faire bouger les lignes, de créer de la valeur, d’améliorer les conditions de vie des personnes.